2025 : L’Exode des Jeunes Entrepreneurs Canadiens

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janvier 5, 2026

2025 : L’Exode des Jeunes Entrepreneurs Canadiens

Imaginez un jeune de 27 ans, brillant développeur d’IA, qui a grandi à Toronto ou à Montréal, qui a passé des nuits blanches sur son projet révolutionnaire. Un matin de 2025, il range son ordinateur dans un sac, réserve un billet pour San Francisco et murmure à ses proches : « Je reviens quand les conditions seront meilleures ici. » Ce scénario, loin d’être isolé, est devenu une vague silencieuse qui inquiète profondément l’écosystème technologique canadien.

Les chiffres sont implacables et parlent d’eux-mêmes. Selon des données révélées fin 2025, seulement un tiers des startups à haut potentiel créées en 2024 étaient encore basées au Canada en 2025. Parmi celles qui ont disparu du paysage national, la moitié a migré directement vers les États-Unis. Cette statistique, glaçante, marque un tournant historique pour le pays.

Un malaise profond chez les moins de 30 ans

Pour comprendre cet exode, il faut plonger dans le moral des jeunes Canadiens. En quelques années seulement, la génération des moins de 30 ans est passée du statut de la plus heureuse à celui de la plus malheureuse du pays. Cette chute vertigineuse n’est comparable qu’à celle observée dans des nations en crise majeure comme le Venezuela, le Liban ou l’Afghanistan.

Ce pessimisme n’est pas seulement émotionnel. Il se traduit concrètement dans le monde du travail : plus d’un quart des Canadiens se disent incertains quant à leur situation professionnelle pour 2026, et plus de la moitié des membres de la Gen Z cherchent activement un nouvel emploi. Dans ce contexte, l’entrepreneuriat, qui devrait être synonyme d’espoir et de liberté, devient pour beaucoup une porte de sortie plutôt qu’un projet ancré dans le sol canadien.

Les raisons concrètes qui poussent au départ

Les jeunes fondateurs ne partent pas par caprice. Plusieurs facteurs structurels expliquent ce mouvement :

  • Accès au capital beaucoup plus fluide et massif aux États-Unis
  • Marché unique de 330 millions de consommateurs contre 40 millions au Canada
  • Écosystèmes d’innovation ultra-concentrés (Silicon Valley, New York, Austin…)
  • Programmes d’immigration entrepreneuriale plus rapides et attractifs
  • Perception d’un environnement réglementaire et fiscal plus favorable

Ces éléments, pris ensemble, créent un appel d’air puissant. Quand un jeune entrepreneur voit ses homologues américains lever des dizaines de millions en quelques mois alors que lui galère pour boucler un tour de table de 2 millions, la tentation devient presque irrésistible.

Le symbole Groq : quand le talent canadien s’exporte massivement

L’histoire récente de Groq illustre parfaitement ce phénomène. Cette startup d’infrastructure IA basée à San Jose a conclu fin 2025 un partenariat stratégique avec Nvidia évalué à plusieurs milliards de dollars. Parmi les investisseurs ayant soutenu Groq dès ses débuts, plusieurs fonds canadiens de premier plan sont aujourd’hui en position de réaliser des plus-values historiques.

Mais le vrai enseignement réside ailleurs : les cerveaux et les idées à l’origine de Groq auraient-ils pu éclore et grandir au Canada ? La réponse, pour beaucoup d’observateurs, est malheureusement négative. Les contraintes de financement, de recrutement et de marché intérieur auraient probablement ralenti, voire empêché, une telle trajectoire.

« Beaucoup de jeunes entrepreneurs me disent clairement qu’ils seraient mieux ailleurs. »

Douglas Soltys, rédacteur en chef de BetaKit

Cette phrase, prononcée par l’un des journalistes les plus respectés du milieu tech canadien, résonne comme un aveu douloureux. Elle traduit un sentiment largement partagé dans les cercles d’innovation du pays.

Suspension du Start-up Visa : un signal désastreux

Pour couronner le tout, le gouvernement fédéral a annoncé fin 2025 la suspension du programme Start-up Visa. Les délais d’attente avaient atteint plus de dix ans pour les nouveaux candidats. Cette décision, justifiée par la volonté de créer un « nouveau programme pilote plus ciblé » en 2026, laisse des centaines d’entrepreneurs immigrants dans l’incertitude.

Alors que le Canada a longtemps mis en avant sa politique d’immigration accueillante pour les talents entrepreneuriaux, ce coup d’arrêt envoie un message paradoxal : nous voulons des entrepreneurs étrangers… mais pas tout de suite.

Et si 2026 devenait l’année des scale-ups ?

Certains observateurs, comme Adam Froman, PDG de Delvinia, appellent de leurs vœux une année 2026 centrée sur les scale-ups plutôt que sur les startups. Selon lui, l’avenir économique du Canada repose sur une poignée d’entreprises qui ont dépassé le stade précoce et qui doivent maintenant scaler massivement… ou se faire racheter par des géants étrangers.

Mais pour que ces scale-ups restent et grandissent au Canada, il faudra répondre à plusieurs défis majeurs :

  • Créer des mécanismes de financement massifs pour les phases de croissance
  • Améliorer drastiquement la fluidité administrative et réglementaire
  • Renforcer les incitatifs fiscaux pour les entreprises en hypercroissance
  • Investir massivement dans les infrastructures numériques et physiques
  • Redonner confiance et optimisme à la jeune génération

Ces chantiers sont immenses. Ils exigent une mobilisation collective : pouvoirs publics, grands investisseurs institutionnels, entreprises établies et… les jeunes entrepreneurs eux-mêmes.

Une lueur d’espoir malgré tout

Malgré ce constat sombre, plusieurs signaux positifs subsistent. Des voix comme celle d’Amoye Henry, fondatrice de Pitch Better, soulignent des progrès, même fragiles, dans l’inclusion et la diversité au sein du capital-risque canadien. Des initiatives locales continuent de produire des talents exceptionnels. Et surtout, la prise de conscience semble enfin émerger.

En 2025, le Canada a commencé à réaliser qu’il devait construire et acheter « canadien ». Les discussions autour de la souveraineté technologique, de l’investissement dans la défense tech et de la lutte contre l’enshittification des plateformes numériques montrent qu’une réflexion profonde est en cours.

Reste à transformer ces prises de conscience en actes concrets, rapides et ambitieux. Car la fenêtre d’opportunité se referme. Les meilleurs talents n’attendront pas indéfiniment. 2026 pourrait être l’année de vérité : soit le Canada parvient à inverser la tendance, soit l’exode se transforme en hémorragie durable.

La balle est désormais dans le camp des décideurs. Et dans celui des jeunes entrepreneurs qui, malgré tout, continuent d’y croire… pour l’instant.

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