Le Conflit Entre la Filière du Recyclage et Renault pour les Véhicules Hors d’Usage
L'automobile est un secteur en pleine mutation, confronté aux défis de la transition écologique. Parmi les enjeux clés : le recyclage des véhicules hors d'usage (VHU). Un domaine où la filière spécialisée et les constructeurs comme Renault s'affrontent aujourd'hui sur le partage de ce "gisement" stratégique, menaçant l'équilibre de tout un écosystème.
La Filière du Recyclage Inquiète pour son Avenir
La Fédération Professionnelle des Entreprises du Recyclage (Federec) tire la sonnette d'alarme. Ses adhérents craignent d'être dépossédés d'une part importante de leurs revenus avec la mise en place de la responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les VHU. Renault a en effet obtenu l'agrément pour gérer lui-même la collecte et le traitement d'une partie du gisement, grâce à sa filiale Indra.
C'est une dérive totale qui paupérise les entreprises françaises. Nous demandons le retrait du droit de préférence avant toute discussion. Sinon, nous porterons cette affaire au niveau juridique.
François Excoffier, président de la Federec
Un Équilibre Fragile Menacé
Le modèle économique des recycleurs repose en effet sur la revente des pièces détachées et des matières de valeur (cuivre, aluminium...) issues des VHU. Si les constructeurs comme Renault s'accaparent les gisements les plus intéressants via un "droit de préférence", c'est toute la filière qui pourrait être fragilisée. D'autant que Renault fournirait aujourd'hui 30 à 40% des volumes traités selon la Federec.
La Position de Renault
De son côté, le constructeur assure respecter ses obligations réglementaires avec un dossier agréé par l'État. Il réfute toute volonté hégémonique et affirme vouloir au contraire réguler les filières illégales qui prospèrent aujourd'hui. Quant au droit de préférence, Renault le juge fondé alors que la Federec menace d'une action en justice.
Vers un Bras de Fer Juridique
Le dialogue semble dans l'impasse entre les deux parties. La voie judiciaire apparaît inéluctable pour trancher le conflit, même si Renault se veut rassurant :
Nous n'avons aucun intérêt à affaiblir la filière. La loi Agec a été mise en place pour réguler cette activité. Nous prenons acte de ce projet de recours devant la justice mais nous avons l'agrément pour notre système individuel.
Les Enjeux pour l'Économie Circulaire
Au-delà d'une simple bataille commerciale, ce conflit cristallise les difficultés à mettre en place une véritable économie circulaire dans l'automobile. L'objectif de la REP VHU était d'améliorer la collecte et le recyclage, en responsabilisant les constructeurs. Mais la loi semble avoir sous-estimé les impacts pour les acteurs historiques du secteur.
Il faudra sans doute revoir le dispositif pour trouver un équilibre entre :
- La nécessité de lutter contre les pratiques illégales
- La viabilité économique des entreprises du recyclage
- Le besoin des constructeurs d'accéder à la matière recyclée
Un vrai casse-tête qui appelle une concertation de l'ensemble de la filière automobile. Car c'est bien une approche systémique qui permettra de construire une économie plus vertueuse et durable, réconciliant les intérêts de chaque maillon de la chaîne.