
Le F-35 en Europe : Une Offensive Commerciale Décryptée
Pourquoi le F-35, ce chasseur furtif américain, suscite-t-il autant de débats en Europe ? Avec ses lignes futuristes et sa technologie de pointe, cet avion de Lockheed Martin ne laisse personne indifférent. Entre ses performances impressionnantes, son coût astronomique et son rôle dans la diplomatie musclée des États-Unis, le F-35 redessine les équilibres géopolitiques et industriels du continent. Cet article vous emmène dans un tour d’horizon complet, pays par pays, pour comprendre où en est cette offensive commerciale et ce qu’elle révèle des enjeux de défense européens.
Le F-35 : Un Géant Controversé au Cœur de l’Europe
Le F-35 n’est pas qu’un avion : c’est un symbole. Conçu pour être un chasseur de cinquième génération, il combine furtivité, polyvalence et connectivité avancée. Pourtant, son développement, estimé à plus de 1000 milliards de dollars, et ses déboires techniques font jaser. En Europe, il s’impose comme un outil stratégique pour l’OTAN, mais aussi comme un levier de la diplomatie américaine, notamment sous l’impulsion de figures comme Donald Trump. Alors, quels pays ont succombé à son attrait, et pourquoi d’autres résistent ?
Les Pionniers : Les Pays Où le F-35 Est Déjà en Service
Plusieurs nations européennes ont déjà intégré le F-35 dans leurs forces armées, séduites par ses capacités ou contraintes par des impératifs géopolitiques. Voici un état des lieux détaillé.
Royaume-Uni : Un Partenaire Historique
Le Royaume-Uni est un acteur clé du programme F-35 depuis ses débuts en 2001. Avec 37 F-35B en service dans la Royal Air Force et la Royal Navy, le pays utilise cet avion pour des missions variées, y compris des frappes en Irak et en Syrie en 2021. Une commande supplémentaire de 12 F-35A a été annoncée en 2025 pour renforcer la dissuasion nucléaire britannique.
Le F-35 est un atout stratégique pour notre défense, mais aussi un moteur économique pour l’industrie britannique.
– Keir Starmer, Premier ministre britannique
L’industrie britannique joue un rôle majeur : BAE Systems produit 15 % des composants de l’avion, employant plus de 1000 personnes dans son usine de Samlesbury. Ce partenariat industriel explique en partie l’engagement précoce du pays.
Italie : Un Hub Européen pour le F-35
L’Italie, avec une quarantaine de F-35A et F-35B, est un autre pilier du programme. Ses avions opèrent depuis le porte-aéronefs Cavour et participent à des missions OTAN en Europe de l’Est. Le pays abrite également la seule usine d’assemblage européenne, gérée par Leonardo, qui produit des ailes et assure la maintenance pour les clients européens.
Un centre de formation international a ouvert en Sicile en 2025, renforçant le rôle de l’Italie comme hub régional. Ce choix stratégique s’accompagne d’un impact économique : plus de 700 emplois sont liés à cette usine.
Norvège et Pays-Bas : Les Précurseurs du Continent
La Norvège et les Pays-Bas ont remplacé leurs F-16 par le F-35A, devenant les premiers pays européens à s’appuyer exclusivement sur cet avion. La Norvège dispose de 52 appareils, déployés en Pologne en 2025, tandis que les Pays-Bas prévoient une flotte de 58 F-35. Ces derniers ont intercepté des avions russes en mer Baltique en 2024, prouvant leur efficacité opérationnelle.
Danemark : Entre Engagement et Tensions
Le Danemark, client depuis 2016, compte 11 F-35A sur les 27 commandés, avec une possible extension de 10 appareils. Cependant, les ambitions de Donald Trump sur le Groenland ont créé des tensions, illustrant les enjeux géopolitiques liés à l’achat de cet avion.
Belgique : Un Choix Controversé
La Belgique, fidèle cliente du F-16, a commandé 30 F-35A, avec un contrat supplémentaire pour 11 unités en 2025. Si les premiers avions sont encore aux États-Unis pour la formation, leur arrivée est prévue d’ici fin 2025. Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a vanté la supériorité du F-35 :
Poutine craint le F-35, car il est invisible. Sa supériorité est indiscutable.
– Theo Francken, ministre belge de la Défense
Ce choix a irrité la France, partenaire du programme SCAF, qui voit d’un mauvais œil l’alignement belge sur les États-Unis.
Pologne : Une Première dans l’Est
La Pologne, fidèle alliée des États-Unis, a reçu ses premiers 32 F-35A en 2025. Bien que le pays produise des missiles Patriot localement, il n’a pas obtenu de retombées industrielles pour le F-35, ce qui suscite des débats internes.
Les Futurs Utilisateurs : Commandes en Cours
D’autres pays européens ont signé pour le F-35, mais attendent encore leurs livraisons. Voici les principaux acteurs.
Finlande : Un Choix Stratégique
La Finlande a commandé 64 F-35A, attendus d’ici fin 2025. Face à des concurrents comme le Rafale ou le Gripen, le F-35 a séduit par son potentiel d’évolution et ses coûts d’entretien. L’argument industriel a pesé : environ 6000 emplois locaux devraient être créés pour la production de composants.
Allemagne : Un Virage Controversé
L’Allemagne, impliquée dans le programme SCAF et productrice de l’Eurofighter Typhoon, a surpris en commandant 35 F-35A après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Cette décision vise à maintenir la capacité nucléaire de l’OTAN, mais elle a suscité des critiques face à l’engagement européen.
Autres Pays en Lice
La République tchèque (24 unités), la Roumanie (32 unités, plus 16 en option) et la Grèce (20 unités, plus 20 en option) ont également passé commande. Ces pays, souvent proches des États-Unis, renforcent l’influence du F-35 dans l’Est et le Sud de l’Europe.
Les Réticents et les Refus
Tous les pays européens ne sont pas séduits par le F-35. Certains privilégient leur souveraineté industrielle ou des alternatives européennes.
Espagne : Un Refus Net
L’Espagne, un temps proche d’un accord pour 50 F-35, a finalement renoncé en 2025, préférant investir dans des équipements européens. Cette décision s’inscrit dans une volonté de soutenir l’industrie locale et les programmes comme le SCAF.
Suisse : Un Achat Polémique
La Suisse a choisi 36 F-35A en 2022, malgré une préférence militaire pour le Rafale. Le coût, initialement fixé à 6 milliards de francs suisses, a grimpé d’un milliard, provoquant un scandale qualifié de « malentendu » par l’administration Trump. Les pressions économiques américaines compliquent les négociations.
Autriche et Portugal : Discussions en Suspens
L’Autriche et le Portugal restent indécis. Le Portugal a temporisé, mais un accord d’intention avec Lockheed Martin pourrait relancer les discussions. L’Autriche, quant à elle, n’a pas encore tranché, pesant entre souveraineté et pressions de l’OTAN.
Pourquoi le F-35 Divise-t-il Autant ?
Le succès du F-35 en Europe repose sur plusieurs facteurs :
- Une furtivité avancée, qui le distingue des concurrents comme le Rafale ou l’Eurofighter.
- Des exigences de l’OTAN, notamment pour les bombes nucléaires tactiques américaines.
- Un impact économique, avec des emplois créés dans les pays partenaires.
Cependant, les critiques sont nombreuses : coûts exorbitants, problèmes techniques et dépendance envers les États-Unis. La France, promoteur du Rafale et du SCAF, voit dans le F-35 une menace pour l’autonomie européenne.
Quel Avenir pour la Défense Européenne ?
Avec 666 F-35 commandés en Europe, contre 585 Eurofighter et 270 Rafale, le chasseur américain domine le marché. Mais cette hégémonie soulève des questions. Les pays européens parviendront-ils à concilier leurs engagements OTAN avec leur volonté d’autonomie stratégique ? Le programme SCAF, qui vise à remplacer le Rafale d’ici 2045, pourrait être une réponse, mais ses défis techniques et politiques restent nombreux.
En attendant, le F-35 continue de s’imposer comme un acteur incontournable, redessinant les alliances et les priorités industrielles du continent. Son succès commercial cache pourtant une réalité complexe, où chaque contrat signé reflète un arbitrage entre souveraineté, diplomatie et innovation.