OpenText Parie Tout sur l’IA
Imaginez une entreprise canadienne de 22 000 personnes qui décide, du jour au lendemain, de faire de l’intelligence artificielle sa priorité numéro un. Pas juste un petit projet pilote, non : une refonte complète de l’organisation. C’est exactement ce qu’a vécu OpenText ces derniers mois.
OpenText : quand l’IA devient le cœur battant de l’entreprise
À Waterloo, en Ontario, OpenText n’est plus seulement le géant discret du gestion de contenu et de l’information d’entreprise. L’entreprise s’est lancée dans une métamorphose profonde où l’intelligence artificielle n’est plus un outil parmi d’autres, mais le moteur principal de sa croissance future.
Shannon Bell, EVP, Chief Digital Officer et CIO, l’a dit sans détour lors de la conférence SAAS NORTH : son rôle a radicalement changé. Elle ne gère plus seulement des équipes humaines. Elle pilote désormais des ressources digitales à part entière.
« La technologie est là, tout le monde adore les gadgets sympas, mais ça ne doit pas rester un tour de magie. Il faut que ça génère un résultat business significatif. Choisissez vos problèmes difficiles. »
– Shannon Bell, OpenText
Des coupes franches, mais pas là où on l’attendait
Oui, OpenText a réduit ses effectifs. L’entreprise visait 1 milliard de dollars d’économies hors salaires, mais l’IA a aussi automatisé de nombreuses tâches juniors. Ce qui aurait pu ressembler à une vague classique de licenciements a pris une tournure inattendue.
Les postes juniors supprimés ont été largement compensés par des embauches dans des rôles seniors et ultra-spécialisés. Et devinez quoi ? Une partie significative de ces nouveaux talents est recrutée… au Canada.
C’est ce qu’on appelle du reshoring intelligent : profiter de l’IA pour rapatrier des compétences stratégiques sur le sol national plutôt que de continuer à délocaliser.
Humains + agents IA : la nouvelle équipe gagnante
Chez OpenText, on ne parle plus seulement d’employés. On parle d’agents humains et d’agents IA. Les deux cohabitent, collaborent, se complètent.
Concrètement, cela signifie :
- Des tâches répétitives ou analytiques massives confiées aux modèles d’IA propriétaires
- Des humains recentrés sur la stratégie, la créativité et la relation client
- Des agents IA supervisés et entraînés en continu par des experts seniors
- Une gouvernance claire : qui décide, qui valide, qui est responsable
Shannon Bell le résume parfaitement : « Mon job, c’est devenu du human and digital resource management. » Une phrase qui en dit long sur la réalité des grandes entreprises en 2025.
Le Canada, grand bénéficiaire de cette révolution
Ce qui frappe dans l’histoire d’OpenText, c’est le cercle vertueux créé pour le pays.
L’automatisation a libéré du budget. Ce budget a servi à recruter des profils rares et coûteux. Et plutôt que de les chercher exclusivement aux États-Unis ou en Asie, l’entreprise a choisi de renforcer ses équipes à Waterloo, Toronto et ailleurs au Canada.
Résultat ? Des salaires élevés, des expertises pointues et des centres de décision qui restent au nord de la frontière. Un modèle que beaucoup d’entreprises tech canadiennes observent avec intérêt.
Les leçons à retenir pour toute entreprise
Derrière l’exemple OpenText, il y a des enseignements universels :
- L’IA n’est pas forcément synonyme de destruction nette d’emplois quand on la déploie à l’échelle d’un grand groupe
- La vraie valeur réside dans la combinaison homme-machine, pas dans le remplacement pur et simple
- Les entreprises qui maîtrisent l’IA tôt peuvent transformer une menace (délocalisation) en opportunité (rapatriement de talents)
- La clé du succès ? Choisir les bons problèmes à résoudre, ceux qui génèrent un ROI mesurable rapidement
En résumé, OpenText ne s’est pas contenté d’adopter l’IA. L’entreprise a réinventé son modèle opérationnel autour d’elle. Et le Canada, souvent discret sur la scène mondiale de la tech, se retrouve avec un champion qui montre la voie.
Une chose est sûre : dans les années à venir, les entreprises qui sauront gérer aussi bien leurs talents humains que leurs agents IA seront celles qui domineront leur marché. OpenText vient de poser un jalon majeur dans cette direction.