Spotify Augmente Ses Prix aux USA en 2026
Vous souvenez-vous du temps où Spotify coûtait seulement 9,99 $ par mois aux États-Unis ? C’était il y a quatorze ans. Aujourd’hui, l’abonnement individuel est déjà passé à 11,99 $… et ça ne va pas s’arrêter là. Selon le Financial Times, la plateforme suédoise prépare une nouvelle augmentation dès le premier trimestre 2026. La question n’est plus de savoir si vous allez payer plus cher votre musique, mais de combien et jusqu’à quand.
Une hausse qui tombe au pire moment pour les abonnés
Le timing est presque cruel. À peine dix-huit mois après la précédente augmentation de juillet 2024, Spotify revient à la charge. Les analystes de JPMorgan estiment qu’un dollar supplémentaire par mois générerait environ 500 millions de dollars de revenus annuels supplémentaires. Une somme rondelette qui fait rêver les actionnaires, mais beaucoup moins les 200 millions d’abonnés payants dans le monde.
Car rappelons-le : nous sommes en pleine période d’inflation persistante, les salaires stagnent pour beaucoup, et les plateformes de streaming vidéo (Netflix, Disney+, Apple TV+) ont déjà habitué leurs clients à des hausses régulières. Spotify va-t-il franchir la barre psychologique des 13 $ ? Des 15 $ ? Rien n’est encore officiel, mais le précédent européen laisse peu de place au doute.
« Les prix du streaming musical n’ont pas suivi l’inflation depuis plus de dix ans. Ils restent ridiculement bas comparés à Netflix ou YouTube Premium. »
– Un dirigeant de major anonyme, cité par le Financial Times
Pourquoi maintenant ? La pression inédite des majors
Derrière cette décision se cache une réalité brutale : les trois grandes maisons de disques (Universal, Sony, Warner) possèdent ensemble plus de 80 % du catalogue mondial. Et elles n’ont jamais digéré que Spotify verse environ 70 % de ses revenus en royalties tout en gardant des marges bénéficiaires encore fragiles.
Depuis deux ans, les négociations sont tendues. Les labels exigent une revalorisation des tarifs abonnés pour compenser l’inflation et financer les artistes (du moins officiellement). En coulisses, ils menacent de retirer leurs catalogues ou de privilégier leurs propres plateformes (YouTube Music pour Universal et Sony, par exemple).
Résultat ? Spotify a déjà cédé dans plusieurs pays cet automne : +1 à +2 € en Europe, au Royaume-Uni, en Suisse, en Australie… Les États-Unis, marché le plus rentable, étaient la dernière forteresse. Elle est en train de tomber.
Un changement de gouvernance qui sent la poudre
Le timing n’est pas anodin non plus sur le plan interne. Daniel Ek, fondateur charismatique et visage de Spotify depuis 2006, vient d’annoncer son retrait du poste de CEO. Il laisse la place à un duo : Gustav Söderström (produit et tech) et Alex Norström (business).
Cette passation arrive pile au moment où l’entreprise doit prendre des décisions impopulaires. Difficile de ne pas y voir une stratégie : Daniel Ek préserve son image auprès des utilisateurs pendant que les nouveaux co-CEO assument les coups durs. Classique dans la Silicon Valley.
Et les abonnés dans tout ça ?
La grande question reste la réaction des utilisateurs. Jusqu’à présent, Spotify a toujours réussi à faire passer la pilule grâce à :
- Des fonctionnalités exclusives (podcasts, Spotify HiFi promis depuis… 2021)
- Des playlists ultra-personnalisées dopées à l’IA
- Un catalogue imbattable (100 millions de titres)
- Des offres famille et duo très compétitives
Mais la corde commence à être tendue. Sur Reddit et Twitter, les threads « Je retourne sur Apple Music » ou « Deezer redevient intéressant » se multiplient à chaque annonce de hausse. Et la concurrence n’a jamais été aussi agressive :
Apple Music reste à 10,99 $ avec audio spatial et lossless inclus. YouTube Premium (qui inclut YouTube Music) est à 13,99 $ mais supprime les pubs sur toute la plateforme vidéo. Amazon Music Unlimited est souvent à 9,99 $ pour les abonnés Prime. Tidal maintient ses 10,99 $ avec une qualité supérieure.
Vers un streaming à 20 dollars ? Le scénario cauchemar
Si l’on suit la logique actuelle, rien n’empêche Spotify d’atteindre les 15-18 $ d’ici 2028-2030. C’est exactement ce qui s’est passé avec Netflix : parti de 7,99 $ en 2011, l’abonnement standard est aujourd’hui à 17,99 $ aux États-Unis.
Et comme pour Netflix, la justification sera toujours la même : « plus de contenu exclusif, meilleure qualité, expérience améliorée ». Sauf que la musique, contrairement aux séries, n’a pas besoin de centaines de millions pour être produite. Le cercle vicieux est lancé : plus les prix montent, plus Spotify doit justifier la hausse par des exclus (podcasts à 100 millions de dollars, audiobooks, concerts live…) qui coûtent cher et nécessitent… de nouvelles hausses.
Les alternatives qui gagnent du terrain
Face à cette spirale, certains utilisateurs reviennent aux sources :
- Achat de vinyles et CD (le marché physique explose chez les jeunes)
- Retour sur Bandcamp ou Qobuz pour soutenir directement les artistes
- Piratage (oui, ça revient aussi, surtout chez les moins de 25 ans)
- Utilisation massive de YouTube gratuit (avec pubs)
Spotify le sait. C’est pourquoi la plateforme mise tout sur l’IA (DJ AI, playlists quotidiennes ultra-précises) et les formats verticaux à la TikTok pour garder les jeunes accrochés. Mais quand le prix devient un frein, même la meilleure recommandation du monde ne suffit plus.
Conclusion : le prix de la musique dans dix ans
En 2030, il est probable que l’abonnement musical premium coûte entre 18 et 25 dollars par mois aux États-Unis. Soit l’équivalent d’un repas au restaurant pour écouter autant de musique qu’on veut. Absurde ? Peut-être. Inévitable ? Probablement.
Spotify a réussi l’impossible : transformer la musique en service d’abonnement de masse. Mais comme tous les pionniers, il risque de devenir victime de son succès. Quand le prix devient trop élevé, les utilisateurs redécouvrent qu’on peut très bien vivre avec Apple Music, YouTube, ou même… sa propre bibliothèque.
La vraie question n’est plus « combien va coûter Spotify demain ? » mais « à partir de quel prix les gens diront-ils stop ? ». La réponse arrive plus vite qu’on ne le pense.