Amazon Veut Révolutionner la Livraison Postale
Imaginez un monde où votre colis Amazon n’arrive plus grâce au facteur classique en uniforme bleu, mais via un immense réseau 100% contrôlé par le géant de Seattle. Un scénario qui semblait relever de la science-fiction il y a encore quelques années devient aujourd’hui une hypothèse très sérieuse. Selon des informations révélées par le Washington Post, Amazon étudierait activement la possibilité de mettre fin à son partenariat historique avec le United States Postal Service.
Un divorce qui pourrait tout changer
Le contrat actuel liant les deux entités arrive à échéance en octobre 2026. Pendant de longs mois, les négociations ont patiné. Elles se sont même complexifiées avec l’arrivée d’une nouvelle donne politique : la volonté affichée par l’administration Trump de pousser vers une privatisation partielle ou totale du service postal américain.
Pour Amazon, qui représente environ 7,5 % des revenus de l’USPS grâce aux milliards de dollars versés chaque année pour acheminer ses colis, cette incertitude est devenue inacceptable. La perspective d’un appel d’offres pour une partie des capacités de livraison du service postal a particulièrement déplu aux dirigeants de l’entreprise.
Nous sommes surpris d’apprendre que l’USPS souhaite organiser une enchère pour une partie de ses capacités d’expédition.
– Steve Kelly, porte-parole d’Amazon
Cette phrase, prononcée avec une retenue toute corporate, cache mal une forme d’agacement. Derrière ces mots policés se dessine peut-être l’une des décisions stratégiques les plus importantes des prochaines années pour le commerce en ligne.
Un empire logistique déjà impressionnant
Il serait faux de croire qu’Amazon partirait de zéro. Le géant possède déjà l’une des infrastructures de transport les plus impressionnantes au monde :
- Des centaines d’avions cargo opérant sous la marque Amazon Air
- Des dizaines de milliers de camionnettes électriques Rivian déjà en circulation
- Un programme de livraison par drone Prime Air, malgré les nombreux obstacles réglementaires et techniques rencontrés
- La filiale Zoox qui développe des véhicules autonomes de niveau 4
- Des centaines de centres de tri et de stations de livraison locales
En combinant ces différentes briques, Amazon possède déjà les fondations d’un réseau de livraison extrêmement puissant. Il ne lui manquerait finalement « que » la dernière étape : pénétrer réellement dans les zones rurales et les petites villes américaines, là où l’USPS reste imbattable grâce à son obligation de service universel.
Les véritables enjeux derrière cette décision
Si Amazon décidait réellement de créer son propre service postal, les conséquences seraient multiples et profondes :
1. Pour les consommateurs
Des délais potentiellement plus courts et une meilleure traçabilité, mais peut-être aussi des tarifs différents selon les zones géographiques. Exit la fameuse égalité tarifaire nationale garantie par l’USPS ?
2. Pour les e-commerçants concurrents
Ils perdraient l’accès à un partenaire logistique majeur et financièrement très compétitif. Ils devraient alors se tourner vers UPS, FedEx… ou négocier avec le futur réseau Amazon, ce qui créerait une position de dépendance encore plus forte vis-à-vis du leader du secteur.
3. Pour l’USPS lui-même
La perte d’un client représentant 7,5 % de son chiffre d’affaires serait un coup très dur, surtout dans un contexte où l’agence est déjà déficitaire depuis de longues années.
Un précédent qui pourrait faire école
Ce mouvement d’Amazon s’inscrit dans une tendance plus large observée chez les géants du numérique : la volonté de maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur, du produit jusqu’à la dernière livraison.
En Chine, JD.com a déjà franchi ce cap depuis plusieurs années avec son propre réseau logistique extrêmement dense. Alibaba, via Cainiao, fait de même, même si le partenariat avec les services postaux chinois reste important.
Aux États-Unis, Walmart accélère également ses investissements dans la logistique propriétaire. Si Amazon passait à l’acte, il créerait un précédent majeur qui pourrait pousser d’autres acteurs à franchir le pas.
Les obstacles majeurs à surmonter
Construire un réseau postal national n’est pas une mince affaire. Plusieurs défis de taille attendent Amazon :
- La couverture des zones rurales et très peu denses (l’USPS dessert plus de 160 000 points de livraison quotidiens)
- Le coût faramineux de la construction et de l’entretien des infrastructures
- Les contraintes réglementaires et syndicales très fortes dans le secteur postal américain
- La nécessité de recruter et former des dizaines de milliers de livreurs supplémentaires
- La gestion des pics saisonniers (Black Friday, Noël…)
Malgré ces obstacles, l’histoire d’Amazon montre que lorsque Jeff Bezos et ses équipes décident d’investir massivement dans un domaine, ils parviennent souvent à bouleverser les équilibres établis.
Vers la fin du monopole postal historique ?
Créé en 1775 par Benjamin Franklin, l’USPS est l’une des plus anciennes institutions continues des États-Unis. Son statut hybride (agence indépendante du gouvernement mais avec une mission de service public) a toujours suscité des débats passionnés.
Si Amazon décidait réellement de créer un concurrent direct, cela pourrait accélérer les discussions sur l’avenir du service postal public américain. Faut-il maintenir un service universel coûteux ? Doit-on ouvrir complètement le marché ? Doit-on conserver un opérateur historique subventionné ?
Ces questions, déjà sensibles, deviendraient explosives si le principal acteur du e-commerce décidait de jouer sa propre partition.
Et en Europe dans tout ça ?
Pour l’instant, aucune information ne laisse penser qu’Amazon envisage une stratégie similaire sur le Vieux Continent. Les services postaux européens sont généralement plus intégrés aux États et les réglementations plus strictes.
Cependant, le précédent américain pourrait inspirer les équipes européennes du groupe. Dans plusieurs pays, Amazon a déjà développé des réseaux de livraison propriétaires très importants (notamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en France).
La question n’est peut-être pas de savoir si cela arrivera un jour en Europe, mais plutôt quand et dans quelles proportions.
Conclusion : une rupture stratégique historique en gestation
Que la rumeur se confirme ou non, le simple fait qu’Amazon envisage sérieusement cette option constitue déjà un signal fort. Le géant de Seattle ne se contente plus de disrupter la distribution : il envisage désormais de disrupter l’un des piliers les plus anciens et les plus symboliques du service public américain.
Dans un contexte où la maîtrise de la logistique est devenue le nerf de la guerre du commerce en ligne, cette décision pourrait marquer un tournant majeur. Non seulement pour Amazon et l’USPS, mais pour l’ensemble de l’écosystème du e-commerce mondial.
Reste à savoir si octobre 2026 marquera la fin d’une collaboration historique… ou le début d’une concurrence sans merci entre deux géants de la livraison.
Les prochains mois seront décisifs.