Code Ninjas : Former les Enfants à Maîtriser l’IA
Imaginez un enfant de 9 ans qui ouvre un outil d'intelligence artificielle et, en quelques secondes, obtient un petit jeu vidéo fonctionnel. Magique ? Peut-être. Mais demain, quand 80 % des applications seront générées en partie par IA, que restera-t-il vraiment de sa compréhension du code ? C'est précisément cette question qui préoccupe de plus en plus de parents et d'éducateurs en 2026.
Dans un coin discret de Kanata, quartier technologique d'Ottawa, une petite équipe tente d'apporter une réponse concrète et ambitieuse à ce défi majeur de notre époque.
Quand le dojo du code rencontre l'ère de l'IA
Code Ninjas n'est pas une école de programmation comme les autres. Le concept, né aux États-Unis et décliné en franchises partout dans le monde, adopte volontairement les codes visuels et narratifs des arts martiaux. Ici, on ne suit pas des cours classiques : on gagne des ceintures.
Le parcours commence par la ceinture blanche, avec des notions très simples de positionnement d'un sprite pixel art, et peut aller jusqu'à la ceinture noire où l'on manipule Python, C#, Godot, Lua et autres langages professionnels. Mais depuis septembre 2025, une nouvelle dimension s'est ajoutée au programme canadien : le module IA.
Les fondamentaux avant l'assistant magique
Shauna et Ian Chan, propriétaires de la franchise Kanata, défendent une position très claire : l'IA est un outil extraordinaire, mais un outil dangereux s'il devient une béquille avant que l'enfant n'ait acquis les bases.
« Les enfants vont utiliser l'IA pour écrire du code, c'est certain. Mais à la fin, c'est eux qui doivent rester maîtres de la situation, pas l'outil. »
– Shauna Chan, co-propriétaire Code Ninjas Kanata
Cette conviction guide toute la pédagogie du centre. Le système d'apprentissage est conçu comme un environnement fermé : impossible de copier-coller du code depuis ChatGPT ou Claude sans que l'instructeur ne s'en rende compte rapidement.
Apprivoiser l'IA sans en devenir dépendant
Le module IA récemment intégré ne cherche pas à interdire l'usage des grands modèles de langage. Au contraire. Il veut apprendre aux enfants à les utiliser intelligemment et surtout à en comprendre les limites.
Plusieurs activités ont été spécialement créées pour cela :
- Quick, Draw! revisité : l'enfant dessine, l'IA devine. On lui montre ensuite les centaines de dessins qui ont servi à l'entraînement → révélation sur le fonctionnement des modèles.
- Le jeu du vrai ou faux : mélange d'images réelles, de deepfakes et de générations Midjourney / Flux. L'enfant doit justifier son choix.
- Le module « debug avec IA » : autorisé seulement après avoir atteint un certain niveau. L'enfant peut poser une question à un chatbot contrôlé, mais doit ensuite expliquer la réponse à son sensei.
Ces exercices, apparemment ludiques, développent en réalité un muscle essentiel pour les décennies à venir : le sens critique algorithmique.
Pourquoi les parents canadiens sont de plus en plus nombreux à choisir cette approche
Hong Le, mère d'une jeune apprenante, résume bien le sentiment dominant en 2026 :
« Parfois je vois que l'IA donne directement la réponse et je me demande si ma fille pense encore par elle-même. Mais en même temps… c'est l'avenir. Il faut s'adapter. »
– Hong Le, maman d'une élève Code Ninjas
Ce tiraillement est devenu le quotidien de beaucoup de familles. D'un côté la peur d'une génération qui ne saura plus coder sans IA, de l'autre la crainte qu'en interdisant ces outils, on rende les enfants moins compétitifs dans le monde réel.
Code Ninjas Kanata propose une troisième voie : maîtrise des fondamentaux + usage raisonné + développement du jugement critique.
Les compétences invisibles que l'IA ne remplacera pas (ou pas tout de suite)
Au-delà du code lui-même, les éducateurs de Code Ninjas insistent sur plusieurs compétences transversales qui deviennent stratégiques dans un monde saturé d'IA :
- Formuler la bonne question (prompt engineering de niveau enfant)
- Détecter les biais et les erreurs grossières dans les réponses de l'IA
- Comprendre quand l'IA est vraiment plus rapide et quand elle fait perdre du temps
- Accepter de repartir de zéro quand la solution proposée par l'IA est une impasse
- Expliquer son raisonnement à un humain (le sensei), ce que l'IA ne demande jamais
Ces compétences « meta » pourraient bien devenir plus précieuses que la simple capacité à écrire des boucles for sans faute.
Un modèle qui commence à essaimer dans tout le Canada
Avec 65 franchises actives au Canada en janvier 2026, Code Ninjas fait partie des acteurs les plus visibles de l'éducation au code pour les 5-14 ans. Le déploiement du module IA se fait progressivement mais sûrement dans l'ensemble du réseau.
Les retours des parents semblent globalement très positifs, même si certains pédagogues plus traditionnels restent sceptiques et craignent une forme de « gamification » excessive ou une dilution des apprentissages fondamentaux.
Vers une citoyenneté numérique dès 8 ans ?
Ce qui se joue actuellement dans ces petites salles aux lanternes japonaises dépasse largement la simple question du code. Il s'agit de former les premiers véritables citoyens natifs IA : des enfants capables de bénéficier des formidables opportunités de l'intelligence artificielle sans en devenir les otages inconscients.
Dans un monde où la frontière entre réel et synthétique devient floue, savoir coder n'est déjà plus assez. Il faut aussi savoir douter intelligemment, questionner les sources, maîtriser ses outils plutôt que de les subir.
Et si, finalement, le plus beau karaté que ces jeunes ninjas pouvaient apprendre… c'était celui de l'esprit critique face à la toute-puissance apparente des algorithmes ?
À suivre, ceinture par ceinture.