Miovision et TomTom Révolutionnent la Circulation
Et si la prochaine fois que vous restez coincé à un feu rouge interminable, ce n’était plus une fatalité ? Chaque jour, des millions de conducteurs perdent un temps fou dans des embouteillages qui semblent inévitables. Pourtant, une entreprise canadienne est en train de changer la donne, et elle ne le fait pas seule.
Imaginez un monde où les feux de circulation s’adaptent en temps réel à la densité du trafic, où les données de millions de véhicules permettent d’anticiper les bouchons avant même qu’ils ne se forment. C’est précisément ce que promet l’alliance récemment annoncée entre Miovision Technologies et TomTom. Une collaboration qui pourrait bien redessiner la mobilité urbaine à l’échelle planétaire.
Une alliance stratégique au service de la fluidité urbaine
Basée à Kitchener, en Ontario, Miovision Technologies n’est pas une nouvelle venue dans le domaine de la gestion intelligente du trafic. Depuis 2005, cette société développe des solutions combinant matériel et logiciel pour permettre aux villes de mieux comprendre et contrôler leurs réseaux routiers. Grâce à des capteurs équipés de vision par ordinateur et d’intelligence artificielle, Miovision collecte des données précises sur le passage des véhicules, piétons et cyclistes.
De son côté, TomTom, le géant néerlandais bien connu pour ses systèmes de navigation GPS, dispose d’une quantité phénoménale de données de localisation anonymisées provenant de millions d’appareils mobiles et de véhicules connectés. Ces informations en temps réel et historiques constituent une mine d’or pour analyser les patterns de circulation à grande échelle.
En unissant leurs forces, les deux entreprises multiplient par cinq la portée de la plateforme Miovision One. Alors que celle-ci couvrait déjà plus de 60 000 intersections, elle devrait désormais atteindre plus de 300 000 carrefours à travers le monde. Un saut quantitatif impressionnant qui s’accompagne d’une amélioration qualitative majeure.
Comment fonctionne concrètement cette synergie ?
Les capteurs Miovision installés sur les poteaux ou feux de signalisation observent en direct ce qui se passe à chaque intersection : nombre de véhicules par direction, vitesse moyenne, présence de piétons, vélos, bus, camions… Ces données ultra-locales sont ensuite enrichies par les flux massifs de TomTom qui apportent le contexte global : tendances sur les autoroutes voisines, corridors principaux, comportements à plus grande échelle.
Le résultat ? Des algorithmes capables de prédire avec une précision accrue les besoins en temps de passage au vert pour chaque mouvement de trafic. Les feux ne restent plus figés sur des cycles prédéfinis ; ils s’ajustent dynamiquement, parfois seconde par seconde, pour minimiser les attentes inutiles.
« En intégrant les données de trafic en direct et historiques de pointe de TomTom, nous pouvons réaliser des analyses plus approfondies des tendances et améliorer considérablement nos prédictions de calage des feux. »
– Thomas Bauer, Vice-président V2X chez Miovision
Cette citation illustre parfaitement l’apport fondamental de TomTom : passer d’une vision très locale (une intersection ou un corridor) à une compréhension systémique du réseau routier.
Des résultats déjà mesurables dans plusieurs métropoles
Avant même cette collaboration, Miovision avait démontré son efficacité dans plusieurs villes nord-américaines d’envergure. À Boston, Pittsburgh et Portland, l’entreprise a permis de réduire le temps de parcours moyen de 25 % sur les corridors équipés. Mieux encore : les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 20 % sur ces mêmes axes grâce à la diminution des arrêts et des accélérations inutiles.
Ces chiffres ne sont pas anodins. Dans un contexte où les villes cherchent désespérément à réduire leur empreinte carbone tout en améliorant la qualité de vie, des gains de cette ampleur représentent une avancée concrète et mesurable.
Avec l’apport massif de données TomTom, ces performances pourraient désormais se déployer à une échelle beaucoup plus vaste, y compris sur des réseaux autoroutiers et des corridors interurbains.
Les bénéfices multiples pour les collectivités
- Réduction significative des temps de trajet quotidiens
- Diminution des émissions polluantes et du bruit
- Meilleure prise en compte des modes actifs (piétons, cyclistes)
- Optimisation des passages pour les transports en commun
- Cartographie précise des zones de congestion récurrentes
- Données fiables pour planifier les futurs aménagements routiers
Ces avantages ne profitent pas seulement aux automobilistes. Les commerçants riverains voient leur accessibilité améliorée, les services d’urgence gagnent en rapidité d’intervention, et la qualité de l’air s’en trouve nettement meilleure pour tous les habitants.
Un modèle économique qui séduit les municipalités
Miovision ne se contente pas de vendre du matériel. La société propose un modèle SaaS (Software as a Service) via sa plateforme Miovision One. Les villes paient un abonnement qui inclut l’installation, la maintenance des capteurs, l’accès aux analyses et désormais l’intégration des données TomTom.
Ce modèle est particulièrement attractif pour les budgets publics contraints : pas d’investissement massif initial, des résultats mesurables rapidement, et une scalabilité aisée. Une fois l’infrastructure de base en place, ajouter de nouvelles intersections ou corridors devient relativement simple et économique.
L’origine d’une vocation née d’une frustration personnelle
L’histoire de Miovision est intimement liée à celle de son fondateur, Kurtis McBride. Étudiant, il décroche un emploi d’été consistant à compter manuellement les véhicules à une intersection pour ajuster les feux. Jour après jour, il observe que les données sont souvent biaisées ou incomplètes, et que les décisions sont prises à l’aveugle.
Frustré par cette approche archaïque, il décide de créer une solution moderne basée sur la vision par ordinateur. Ce qui n’était au départ qu’une révolte contre un système inefficace est devenu, vingt ans plus tard, l’une des références mondiales en matière de gestion intelligente du trafic.
Un déploiement déjà mondial
Aujourd’hui, Miovision revendique plus de 5 000 clients répartis dans 68 pays. Ses capteurs ont détecté plus de 77 milliards de véhicules et 3 milliards de piétons et cyclistes. Des chiffres qui donnent le vertige et témoignent de l’adoption massive de la technologie.
Avec des bureaux au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, à Singapour et aux Émirats arabes unis, l’entreprise est solidement implantée sur les marchés stratégiques. L’arrivée de TomTom devrait accélérer encore cette expansion, notamment en Europe et en Asie où les problématiques de congestion sont particulièrement aiguës.
Vers des villes véritablement intelligentes ?
Cette alliance intervient à un moment où les concepts de smart cities passent progressivement du stade de la théorie à celui de la réalité concrète. Les municipalités ne cherchent plus seulement à installer des capteurs ; elles veulent des plateformes capables d’orchestrer l’ensemble des flux de mobilité.
En combinant la précision locale de Miovision et la vision macro de TomTom, cette collaboration pose une pierre importante dans la construction de systèmes de mobilité plus résilients, plus durables et plus équitables. Car au-delà des gains de temps et de carburant, c’est aussi une question de justice sociale : les quartiers les plus défavorisés souffrent souvent le plus des embouteillages et de la pollution associée.
Dans les années à venir, on peut raisonnablement penser que les intersections équipées de ce type de technologie deviendront la norme plutôt que l’exception. Et lorsque vous circulerez dans une grande ville sans presque jamais vous arrêter à un feu rouge inutile, vous saurez que deux entreprises – l’une canadienne, l’autre néerlandaise – ont joué un rôle déterminant dans cette petite révolution du quotidien.
La bataille contre la congestion urbaine n’est pas gagnée, loin de là. Mais grâce à des initiatives comme celle-ci, elle semble soudain beaucoup moins insurmontable.