10 Ans d’Uber Eats : L’Aventure Torontoise
Imaginez une ville bouillonnante, des restaurants hésitants face à un concept révolutionnaire, et une petite équipe qui décide de tout inventer de zéro. En 2015, Toronto devient le laboratoire improbable d'une idée folle : transformer les voitures qui transportent des gens en messagers de plats chauds. Ce qui commence comme un test timide à l'heure du déjeuner va exploser pour devenir une plateforme incontournable, livrant plus d'un milliard de commandes à travers le Canada. Plongeons dans cette décennie d'audace entrepreneuriale.
De l'expérimentation à l'empire de la livraison
À ses débuts, Uber n'est connu que pour ses trajets en voiture. Pourtant, une équipe discrète, baptisée Uber Everything, explore ce que l'infrastructure existante pourrait encore supporter. C'est dans ce contexte que naît Uber Eats Instant, un prototype limité à des menus fixes préparés à l'avance et livrés dans des fenêtres horaires précises. Toronto, avec sa densité urbaine et sa scène culinaire riche, est choisie comme terrain d'essai privilégié.
Les premiers retours sont encourageants. Les restaurateurs voient une opportunité de croissance, les livreurs apprécient les courses supplémentaires, et les clients découvrent le plaisir de recevoir un repas sans bouger de chez eux. Mais tout reste artisanal : tableurs Excel, appels téléphoniques, ajustements manuels. Rien n'est standardisé, et pourtant, l'étincelle est là.
Si le produit marchait à Toronto, on avait une bonne confiance qu'il pouvait réussir dans beaucoup d'autres grandes villes nord-américaines.
– Bowie Cheung
Cette validation pousse la direction globale à accélérer. Une décision stratégique tombe : développer une application dédiée. S'ensuit un sprint intense de 100 jours où l'équipe torontoise, encore modeste, construit littéralement un marché à deux faces depuis rien.
Le lancement explosif de décembre 2015
L'application voit le jour en décembre 2015. Dès les premiers jours, la demande dépasse toutes les prévisions. Les serveurs chauffent, les livreurs courent, les restaurants improvisent. C'est le chaos organisé, mais surtout la preuve que les Canadiens sont prêts pour cette révolution.
Ce lancement marque un tournant. Toronto n'est plus seulement un marché test ; elle devient le cœur battant du développement canadien. Les leçons apprises ici irriguent ensuite les autres villes.
Prouver la viabilité économique
En 2016, la pression monte. Les investissements sont lourds, et il faut démontrer que le modèle est rentable. Une nouvelle direction arrive avec une mission claire : stabiliser les finances tout en accélérant l'expansion.
Chaque fois que vous doublez une entreprise, tout casse. Casser était vu comme un bon signe : cela signifiait qu'on testait les limites.
– Dan Park
En huit semaines seulement, l'équipe standardise les commissions restaurateurs, affine les unités économiques et prouve la soutenabilité. Parallèlement, le déploiement s'accélère : grandes métropoles, puis villes moyennes, jusqu'à un lancement simultané dans 30 localités en une seule journée. Un exploit logistique qui force à inventer des processus en temps réel.
Les partenariats se multiplient, des restos locaux aux grandes chaînes nationales. Chaque ajout dope les volumes et renforce la position de la plateforme.
Construire la machine scalable
Vers 2019, la maturité arrive. La concurrence s'intensifie, les attentes clients grimpent. Il faut passer d'une croissance brute à une organisation fluide et prévisible.
Il s'agissait vraiment de bâtir des systèmes scalables et d'élever notre façon de penser la stabilité de l'entreprise.
– Faye Pang
L'équipe instaure des rythmes opérationnels quotidiens et hebdomadaires, optimise l'équilibre entre offre et demande sur des dizaines de villes. Les programmes de co-marketing permettent aux restaurateurs de mieux contrôler leur visibilité. Toronto reste le banc d'essai privilégié pour les nouveautés mondiales.
Le choc pandémique et l'hypercroissance
Début 2020, un nouveau leadership prend les rênes avec l'objectif de croissance durable. Quelques semaines plus tard, le monde s'arrête. Les confinements transforment Uber Eats en bouée de sauvetage pour des milliers de restaurants.
Notre priorité était : comment aider le plus de restaurants possible à rejoindre Uber Eats ?
– Lola Kassim
Les équipes travaillent sept jours sur sept pour numériser menus, former restaurateurs, déployer contactless delivery. La plateforme s'ouvre aux courses, alcools, produits du quotidien, puis cannabis. La demande explose, obligeant à innover à une vitesse folle.
Malgré le stress et le passage au télétravail, l'équipe reste soudée autour d'une mission qui dépasse le business : soutenir l'industrie de la restauration en crise.
Vers une plateforme du quotidien
Ce qui naît de la pandémie devient habitude. Les Canadiens attendent désormais tout, partout, en un clic. Uber Eats répond en élargissant massivement son catalogue : partenariats avec Loblaws, Sephora, PetSmart, et bien d'autres.
Les dernières années voient un déploiement impressionnant dans les petites villes et régions éloignées. Aujourd'hui, la plateforme couvre plus de 400 villes canadiennes, touchant 85 % de la population, y compris des endroits comme Whitehorse ou Yellowknife. Ce modèle d'expansion nationale inspire désormais le reste du monde.
Avec plus d'un milliard de commandes livrées, Uber Eats s'impose comme leader incontesté au Canada. Mais au-delà des chiffres, c'est l'esprit entrepreneurial qui perdure.
L'héritage des pionniers torontois
Beaucoup de ceux qui ont bâti cette success story ont depuis lancé leurs propres ventures. Ils emportent avec eux une culture d'expérimentation rapide, d'appropriation totale et d'énergie communicative.
- Une conviction forte que l'action précède la perfection
- Une capacité à pivoter vite face aux imprévus
- Un attachement viscéral à l'impact réel sur les partenaires et clients
- La fierté d'avoir construit quelque chose d'utile à grande échelle
Cette décennie montre qu'une grande idée, couplée à une équipe audacieuse dans un écosystème dynamique comme Toronto, peut transformer un secteur entier. Uber Eats n'est plus seulement une application ; c'est une infrastructure quotidienne qui connecte restaurants, livreurs et consommateurs.
Et demain ? Les défis restent nombreux : concurrence accrue, attentes toujours plus hautes, équilibre économique pour tous les acteurs. Mais si l'histoire des dix dernières années nous apprend quelque chose, c'est que l'innovation made in Toronto a encore de beaux jours devant elle.
Une chose est sûre : ce qui a commencé par un simple test déjeuner a changé à jamais notre façon de manger, de consommer et de vivre en ville.