Bioéconomie Canadienne : Retours Massifs des Startups
Imaginez qu’une simple bactérie intestinale puisse un jour aider à traiter la dépression ou l’anxiété. Cela peut sembler futuriste, pourtant c’est déjà le pari audacieux d’une chercheuse canadienne qui a transformé ses découvertes scientifiques en une startup prometteuse. Derrière cette histoire personnelle se cache une réalité économique bien plus large : la bioéconomie canadienne connaît une croissance spectaculaire, portée par des entreprises très jeunes mais déjà très rentables pour le pays.
Quand la biologie devient un moteur économique puissant
Le terme « bioéconomie » reste encore mystérieux pour beaucoup. Il désigne simplement l’ensemble des activités économiques qui s’appuient sur des processus biologiques plutôt que sur des produits chimiques ou pétroliers traditionnels. Cela va des probiotiques de nouvelle génération aux ingrédients fonctionnels alimentaires, en passant par les cosmétiques naturels, les solutions agricoles biologiques ou encore certaines innovations cleantech.
Dans un monde confronté à l’urgence climatique, les consommateurs, les gouvernements et les industriels réclament massivement des alternatives plus propres, plus durables et plus naturelles. C’est précisément ce virage que la Canada est en train de prendre avec une efficacité remarquable, comme le démontre une étude récente très parlante.
84 entreprises, 900 millions de dollars de richesse créée
Entre 2021 et 2025, seulement 84 jeunes entreprises soutenues par Natural Products Canada (NPC) ont contribué à hauteur de près de 900 millions de dollars canadiens au PIB du pays. Ce chiffre impressionnant provient d’un rapport blanc intitulé Proof Beyond Potential, commandé par NPC.
Pour mieux saisir l’ampleur du phénomène : la contribution au PIB de ces sociétés est passée de 67 millions $ en début de période à 256 millions $ en 2025. Parallèlement, le nombre d’emplois à temps plein soutenus par ces entreprises a bondi de 552 à presque 2 000 postes. Des retours économiques qui dépassent largement les investissements initiaux consentis.
« Chaque dollar investi par NPC a généré en moyenne 3,10 $ de nouveaux revenus pour les entreprises, 2,70 $ de PIB additionnel et surtout 52 $ de capitaux levés ensuite par ces sociétés auprès d’investisseurs privés. »
Extrait du rapport Proof Beyond Potential – Natural Products Canada
Ces ratios démontrent une efficacité exceptionnelle pour un secteur où les cycles de développement sont longs et les risques élevés.
Taylored Biotherapeutics : quand le microbiome soigne l’esprit
Parmi ces success stories, celle de la Dre Valerie Taylor illustre parfaitement le potentiel de la bioéconomie. Psychiatre et professeure à l’Université de Calgary, elle a consacré des années à étudier le lien entre le microbiote intestinal et les troubles de l’humeur.
Ses expériences les plus marquantes ont consisté à transférer des bactéries issues de selles de personnes dépressives à des souris stériles. Résultat : ces rongeurs ont développé des symptômes dépressifs. Une prise de conscience forte : si la maladie peut se « transmettre » par les bactéries, peut-être le bien-être aussi ?
Cette hypothèse a donné naissance à Taylored Biotherapeutics en 2020. La startup développe aujourd’hui des probiotiques ciblés pour la gestion et la prévention des troubles de l’humeur. Avec l’appui financier et stratégique de NPC (25 000 $ au départ), l’entreprise boucle actuellement un tour de seed à 1,5 million $ et dispose d’un million supplémentaire en fonds non dilutifs.
Un écosystème qui dépasse largement la santé
Si le domaine de la santé mentale attire l’attention, la bioéconomie canadienne couvre bien d’autres secteurs. Parmi les entreprises soutenues par NPC, on trouve :
- des acteurs de l’AgTech qui développent des biopesticides ou des engrais biologiques
- des sociétés de cleantech produisant des matériaux biosourcés
- des marques de boissons innovantes, comme Partake, qui propose des bières artisanales sans alcool à base d’ingrédients fonctionnels
- des entreprises de cosmétiques et d’ingrédients actifs naturels
- des pionniers de la lutte contre l’antibiorésistance, comme MHCombiotic en Alberta
Cette diversité montre que la bioéconomie ne se limite pas à la santé humaine, mais touche à l’alimentation, à l’environnement, à l’agriculture et même à l’industrie.
Le chaînon manquant : le capital patient précoce
Le principal obstacle pour ces entreprises reste le temps. Développer un probiotique, un ingrédient bioactif ou une solution biosourcée peut prendre entre quatre et sept ans avant d’atteindre le marché. Les investisseurs privés classiques rechignent souvent à financer des projets aussi longs et incertains à très stade précoce.
C’est là que Natural Products Canada joue un rôle décisif depuis sa création en 2016. En apportant des fonds seed, des subventions non dilutives et surtout un accompagnement stratégique (propriété intellectuelle, réglementation canadienne et américaine), NPC permet à ces entreprises de « dé-risquer » suffisamment leur projet pour attirer ensuite des investisseurs privés plus importants.
Résultat concret : les 84 entreprises du portefeuille NPC ont levé collectivement 622 millions de dollars en capitaux subséquents, dont 83 % proviennent d’investisseurs privés.
Vers un modèle de « capital stack » plus flexible
Consciente de ces dynamiques, NPC ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’organisation pivote actuellement vers un modèle de « capital stack » de 35 millions de dollars. Ce mécanisme combine plusieurs instruments financiers (dette, quasi-fonds propres, subventions, prises de participation minoritaires) pour offrir à chaque entreprise le cocktail de financement le plus adapté à son stade et à ses besoins.
Selon les projections internes, ce nouveau modèle pourrait quadrupler l’impact économique attendu d’ici 2030 : 4 milliards de dollars de contribution cumulée au PIB et près de 7 600 emplois créés ou maintenus.
Un signal fort pour l’avenir de l’innovation canadienne
La bioéconomie représente bien plus qu’un simple secteur d’avenir. Elle incarne la convergence entre urgence climatique, attentes sociétales et opportunités économiques. En misant sur des solutions biologiques plutôt que pétrochimiques, le Canada développe une économie plus résiliente, plus verte et créatrice de valeur locale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec des investissements relativement modestes en phase très précoce, combinés à un accompagnement expert, il est possible de générer des retours économiques massifs tout en répondant à des enjeux sociétaux majeurs. Une équation gagnante que d’autres pays observent désormais avec attention.
Alors que la planète cherche désespérément des alternatives durables, la bioéconomie canadienne montre la voie : investir tôt, investir intelligemment, et laisser la biologie faire le reste.