Québec Adopte sa Tech pour Booster la Productivité
Imaginez un Québec où les entreprises, grandes comme petites, choisissent systématiquement des solutions technologiques développées ici même, plutôt que de se tourner vers des géants étrangers. C’est précisément l’ambition audacieuse de la nouvelle campagne lancée en janvier 2026. Dans un contexte où la productivité du Québec stagne depuis trop longtemps, cette initiative collective pourrait bien marquer un tournant décisif pour l’économie provinciale.
Le lancement d’une mobilisation pour l’innovation locale
Le 22 janvier 2026, trois acteurs majeurs du paysage économique québécois ont uni leurs forces pour donner naissance à la campagne « I Adopt Québec’s Tech ». Québec Tech, l’organisme à but non lucratif financé par la province, s’est associé à Investissement Québec et au Fonds de solidarité FTQ pour porter ce message fort : il est temps d’adopter massivement les technologies d’ici.
Cette initiative ne se contente pas de slogans accrocheurs. Elle propose un véritable écosystème de soutien aux entreprises qui s’engagent dans cette voie. En rejoignant le mouvement, les organisations accèdent à un répertoire privilégié de produits et services québécois, bénéficient d’un accompagnement personnalisé pour l’intégration de ces technologies, et profitent de ressources supplémentaires via divers programmes gouvernementaux.
« Le talent est indéniable. Cependant, le vrai défi réside dans l’adoption. Pour stimuler la productivité, nous devons embrasser nos propres innovations. »
– Richard Chénier, directeur général de Québec Tech
Cette citation résume parfaitement l’enjeu central. Le Québec regorge de talents et d’innovations de pointe, mais trop souvent, ces solutions restent méconnues ou sous-utilisées par les acteurs économiques locaux.
Pourquoi la productivité québécoise préoccupe tant ?
Depuis des années, la productivité du travail au Québec fait l’objet de toutes les attentions. Les ministres de l’Économie et de l’Innovation successifs sous le gouvernement Legault ont multiplié les initiatives pour inverser la tendance. En 2024, la croissance de la productivité québécoise a même dépassé celle de l’ensemble du Canada, selon Statistique Canada. Un signe encourageant, mais insuffisant face au retard accumulé.
Le défi est structurel : faible investissement dans les technologies innovantes, adoption lente des outils numériques, et dépendance excessive aux fournisseurs étrangers. Résultat ? Une économie qui peine à générer autant de valeur par heure travaillée que ses voisins ontariens ou que les leaders mondiaux.
En encourageant l’achat local, la campagne vise directement ce maillon faible. En intégrant des solutions québécoises, les entreprises pourraient non seulement améliorer leur efficacité, mais aussi créer un cercle vertueux : plus de revenus pour les startups locales, plus d’investissements, et in fine, une économie plus résiliente.
Un écosystème startup dynamique mais en quête de marché local
Le Québec compte aujourd’hui plus de 2 500 startups, formant un écosystème évalué à près de 99 milliards de dollars. Montréal s’impose comme l’un des hubs technologiques les plus vibrants au monde, particulièrement dans l’intelligence artificielle, les jeux vidéo, et les technologies propres.
Cependant, le marché intérieur reste relativement petit avec seulement 9 millions d’habitants. Les entrepreneurs québécois sont souvent contraints de viser rapidement l’international pour assurer leur croissance. Cette réalité pousse de nombreuses entreprises à privilégier des fournisseurs étrangers plus établis, au détriment des solutions locales.
La campagne « I Adopt Québec’s Tech » cherche précisément à inverser cette tendance. En facilitant les connexions entre acheteurs et vendeurs québécois, elle veut conserver davantage de valeur économique à l’intérieur des frontières provinciales. Une approche qui rappelle le mouvement « Buy Canadian » né en réponse aux menaces tarifaires américaines.
- Accès prioritaire à un répertoire de solutions québécoises
- Accompagnement personnalisé pour l’adoption technologique
- Ressources additionnelles via programmes gouvernementaux
- Renforcement des liens entre grandes entreprises, PME et startups
Ces avantages concrets pourraient bien inciter de nombreuses organisations à franchir le pas.
Des initiatives gouvernementales qui soutiennent le mouvement
Le gouvernement Legault ne ménage pas ses efforts pour stimuler l’innovation. Le programme Grand V, doté de plusieurs milliards, finance des projets d’innovation durable. Investissement Québec a récemment transformé son programme d’amorçage en un fonds de capital-risque de 200 millions de dollars.
Parallèlement, les investissements en capital-risque se sont réorientés vers le hardware et la fabrication, secteurs qui ont capté près de la moitié des fonds entre 2023 et 2025. Ces évolutions montrent une volonté claire de diversifier et de renforcer les chaînes de valeur locales.
Dans ce contexte, la campagne « I Adopt Québec’s Tech » s’inscrit comme un complément naturel. Elle crée le pont manquant entre l’offre innovante et la demande des entreprises établies.
Les défis à relever pour une adoption massive
Malgré son potentiel, le succès de cette initiative n’est pas garanti. Les entreprises hésitent souvent à changer de fournisseurs par peur des risques liés à l’intégration ou par habitude. Les solutions étrangères bénéficient parfois d’une notoriété mondiale et d’écosystèmes plus matures.
Pour surmonter ces obstacles, la campagne mise sur la qualité des solutions québécoises et sur un accompagnement sur mesure. L’idée est de démontrer que les technologies d’ici ne sont pas seulement patriotiques, mais réellement compétitives.
De plus, dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes commerciales, privilégier des partenaires locaux renforce la souveraineté technologique. Un argument qui pourrait résonner fortement dans les conseils d’administration.
Vers une économie plus autonome et performante
Si la campagne parvient à mobiliser largement, les retombées pourraient être considérables. Une adoption accrue des technologies locales boosterait la productivité des entreprises, créerait des emplois de qualité, et consoliderait l’écosystème startup québécois.
À terme, cela pourrait contribuer à réduire l’écart de productivité avec les leaders mondiaux, tout en renforçant la résilience économique du Québec face aux chocs externes.
Le mouvement « I Adopt Québec’s Tech » ne se limite pas à une opération de communication. Il s’agit d’une stratégie concrète pour transformer la relation entre les entreprises québécoises et leur écosystème d’innovation. Dans un contexte économique incertain, cette initiative pourrait bien s’avérer être l’un des leviers les plus puissants pour propulser le Québec vers une croissance plus inclusive et durable.
Le Québec a le talent, les idées, et maintenant un mouvement collectif. Reste à voir si les entreprises répondront massivement à l’appel. L’avenir de la productivité québécoise pourrait bien se jouer dans les prochains mois.