Quadric Révolutionne l’IA Embarquée sur Appareils
Imaginez un monde où votre ordinateur portable, votre voiture ou même votre imprimante réfléchit toute seule, sans envoyer la moindre donnée vers un immense data center à l’autre bout de la planète. Ce futur est déjà en train de s’écrire, et une startup peu médiatisée nommée Quadric est en train de devenir l’un des acteurs les plus discrets… mais aussi les plus efficaces de cette révolution silencieuse.
L’IA sort du cloud et s’installe chez vous
Pendant des années, l’intelligence artificielle a rimé avec serveurs surpuissants, factures cloud astronomiques et dépendance totale aux géants américains. Mais depuis 2024-2025, un vent contraire souffle très fort : les entreprises, les gouvernements et même les consommateurs veulent reprendre le contrôle. Coûts exorbitants, latence, confidentialité des données, souveraineté numérique… les raisons de passer à l’IA embarquée ne manquent pas.
C’est précisément sur ce créneau que Quadric a décidé de frapper fort. Fondée par d’anciens ingénieurs ayant travaillé sur les toutes premières puces de minage Bitcoin chez 21E6, la société développe une technologie d’IP (propriété intellectuelle) de processeur IA programmable qui peut être intégrée dans n’importe quelle puce personnalisée.
Des revenus multipliés par cinq en seulement douze mois
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, Quadric réalisait environ 4 millions de dollars de revenus, essentiellement issus de licences d’IP. Fin 2025, ce montant a grimpé entre 15 et 20 millions de dollars. Pour 2026, l’objectif affiché se situe autour de 35 millions, toujours en modèle licensing + royalties futures sur les volumes expédiés.
Cette croissance explosive n’est pas le fruit du hasard. Elle coïncide avec l’explosion des grands modèles de type transformer qui ont envahi tous les domaines : vision, voix, génération de texte, raisonnement… et qui exigent désormais d’être exécutés localement pour des raisons de performance, de coût et de confidentialité.
« Nvidia domine totalement l’IA dans les data centers. Nous avons voulu créer l’équivalent d’un CUDA, mais pour l’IA sur appareils. »
– Veerbhan Kheterpal, CEO de Quadric
Le pari est audacieux : au lieu de vendre des puces finies comme Qualcomm ou MediaTek, Quadric vend un plan de processeur (l’IP), un environnement logiciel complet et une toolchain qui permet aux clients de compiler et d’exécuter facilement les derniers modèles open-source ou propriétaires.
De l’automobile aux ordinateurs portables en passant par l’industrie
À ses débuts, Quadric ciblait presque exclusivement le secteur automobile. Les fonctions de conduite autonome, d’assistance avancée et de monitoring intérieur exigent une inférence ultra-rapide et déterministe, sans latence cloud. Des acteurs comme Denso (fournisseur majeur de Toyota) ont signé.
Mais l’effet « transformer » de 2023 a tout changé. Soudain, les ordinateurs portables « AI PC », les imprimantes intelligentes, les robots industriels et même certains serveurs locaux de PME ont commencé à réclamer la même capacité. Résultat : les premiers produits grand public intégrant la technologie Quadric devraient arriver sur le marché dès 2026, en commençant par le segment des laptops.
- Ordinateurs portables nouvelle génération « AI »
- Systèmes ADAS et cockpits intelligents automobiles
- Imprimantes multifonctions avec reconnaissance documentaire avancée
- Équipements industriels et robots collaboratifs
Parmi les clients déjà signés, on trouve notamment Kyocera (imprimantes) et plusieurs acteurs automobiles japonais. Une diversification qui sécurise la croissance et réduit la dépendance à un seul secteur.
La souveraineté numérique devient un argument commercial
Autre tendance lourde que Quadric chevauche avec succès : la montée en puissance des stratégies de souveraineté IA. De nombreux pays, dont l’Inde et la Malaisie, ne veulent plus dépendre exclusivement des hyperscalers américains pour leur infrastructure critique.
Plutôt que de construire des data centers géants hors de prix, ces nations explorent des architectures distribuées : inférence sur les terminaux des utilisateurs, sur des serveurs locaux en entreprise ou dans des edge data centers de taille modeste. Quadric, avec son approche programmable et agnostique, devient un partenaire naturel.
La société a ouvert un bureau à Pune en Inde et compte déjà une petite équipe sur place. Rahul Garg, CEO de Moglix et investisseur stratégique, aide activement à structurer l’approche « sovereign » sur le sous-continent.
Programmable vs figé : le vrai avantage compétitif
Dans un monde où les architectures de modèles évoluent tous les six à neuf mois, concevoir une puce dédiée qui devient obsolète en deux ans est un cauchemar économique. C’est là que Quadric affirme sa différence.
Son architecture est hautement programmable via logiciel. Quand un nouveau modèle arrive (Llama 4, Grok 3, Gemini 2.5…), les clients peuvent très souvent le supporter via une simple mise à jour du compilateur et du runtime, sans toucher au silicium. Un avantage colossal face aux NPU figés de Qualcomm, aux cœurs d’IP rigides de Synopsys ou Cadence, et même face aux solutions maison de certains constructeurs.
« Les modèles changent plus vite que les cycles de conception de puces. La programmabilité logicielle est la seule réponse viable à long terme. »
– Veerbhan Kheterpal
Un modèle économique qui mise sur le volume futur
Aujourd’hui, l’essentiel des revenus provient des licences d’IP. Demain, ce seront les royalties sur chaque puce expédiée qui feront la différence. C’est le schéma classique qui a fait la fortune d’ARM dans les smartphones.
Quadric reste encore modeste avec une poignée de contrats signés, mais la trajectoire est claire : chaque partenariat automobile ou PC qui se transforme en production de masse peut multiplier les revenus par dix, voire plus. Avec une valorisation post-money estimée entre 270 et 300 millions de dollars après une levée de 30 millions en janvier 2026, les investisseurs parient visiblement sur ce scénario.
Les défis qui restent à relever
Malgré ces excellents indicateurs, Quadric n’est pas encore sorti d’affaire. Transformer des contrats de licence en royalties massives prend du temps — souvent 24 à 36 mois entre la signature et les premières livraisons en volume. La concurrence est également féroce : Qualcomm pousse ses Snapdragon avec NPU intégrés, AMD et Intel sortent des gammes AI PC très agressives, sans oublier les acteurs chinois qui montent en puissance sur leur marché domestique.
Enfin, la consommation énergétique et la surface silicium restent des sujets sensibles. Même programmable, le processeur Quadric doit rester compétitif face aux solutions ultra-optimisées mais figées de la concurrence.
Vers un futur où l’IA est vraiment partout… et souveraine
Si Quadric parvient à transformer son avance technologique en parts de marché significatives, elle pourrait devenir l’une des rares « success stories » non grand public de l’IA hardware de cette décennie. Pas la plus connue, pas celle qui fait la une tous les mois, mais celle qui équipe discrètement des dizaines de millions d’appareils dans le dos des géants.
En attendant, une chose est sûre : le balancier est en train de repartir dans l’autre sens. Après des années de centralisation extrême, l’intelligence artificielle redescend vers l’utilisateur final. Et des sociétés comme Quadric écrivent en ce moment même les lignes de code… et de silicium qui rendront ce basculement possible.
À suivre de très près.