inDrive Diversifie avec Pubs et Courses
Imaginez une application qui commence par vous proposer un trajet en négociant directement le prix avec le chauffeur, et qui, quelques clics plus tard, vous livre vos courses du quotidien en moins de trente minutes. C’est exactement la direction que prend inDrive, cette plateforme de mobilité née dans les marchés émergents et qui refuse de se cantonner au seul transport de personnes. Face à une concurrence toujours plus rude et des marges qui se tassent, l’entreprise mise sur une diversification intelligente pour sécuriser son avenir.
En ce début 2026, inDrive accélère sa métamorphose en véritable super app. Publicité intégrée dans l’application et livraison de produits alimentaires : deux leviers majeurs qui viennent compléter son modèle historique basé sur l’enchère entre passagers et conducteurs. Une stratégie audacieuse qui pourrait bien redéfinir les règles du jeu dans les pays en développement.
La quête de nouveaux horizons pour une croissance durable
Longtemps, le modèle économique d’inDrive reposait presque exclusivement sur les commissions prélevées sur les courses. Mais les temps changent. Avec des géants comme Uber d’un côté et des solutions locales ultra-compétitives de l’autre, maintenir une croissance soutenue demande plus que de l’innovation dans le transport. Il faut créer de nouvelles sources de revenus, plus récurrentes et plus rentables.
C’est là qu’intervient la fameuse stratégie « super app » dévoilée il y a maintenant plus d’un an. L’idée ? Transformer l’application en plateforme multifonctions où les utilisateurs reviennent plusieurs fois par jour, pas seulement pour se déplacer. Plus l’engagement augmente, plus les opportunités de monétisation se multiplient. Et les premiers résultats semblent prometteurs.
La publicité in-app : un levier à fort potentiel
Depuis le milieu de l’année 2025, inDrive teste différents formats publicitaires directement dans son application. Les résultats ont dépassé les attentes : des centaines de millions d’impressions générées et un intérêt marqué de grandes marques internationales ainsi que de banques locales. Fort de ces tests concluants, l’entreprise déploie désormais la publicité dans ses vingt marchés les plus importants.
Les emplacements choisis ne sont pas anodins. On pense notamment à l’écran qui s’affiche après la réservation d’un trajet, pendant que l’on attend le chauffeur, ou encore pendant le parcours lui-même. Ce sont des moments où l’utilisateur reste captif, son téléphone en main, avec une attention naturellement élevée. Un terrain idéal pour des annonces bien ciblées.
« L’activité publicitaire se concentrera initialement sur les formats in-app, notamment pendant l’attente après réservation et durant le trajet, des moments qui génèrent un fort engagement et une attention soutenue. »
– Andries Smit, directeur de la croissance chez inDrive
Pour l’instant, la priorité reste clairement numérique. Les publicités sur les véhicules ou à l’intérieur des voitures font partie des projets à plus long terme, mais leur complexité logistique dans des marchés émergents freine leur déploiement immédiat. Mieux vaut consolider les formats digitaux qui rapportent déjà très bien.
Le Pakistan : terrain d’expérimentation privilégié
Parmi tous les marchés où inDrive est présent, le Pakistan se distingue particulièrement. Depuis son arrivée en 2021, la plateforme y connaît une croissance fulgurante. Les volumes de trajets ont bondi de près de 40 % en 2025, tandis que les services de livraison express ont progressé de 67 % sur les six premiers mois de l’année. Karachi, Lahore et Islamabad concentrent une activité particulièrement intense.
C’est donc logiquement au Pakistan que s’étend désormais le service de livraison de courses. Après un lancement réussi au Kazakhstan, inDrive s’associe avec Krave Mart, un opérateur de dark stores local qui a bénéficié d’un investissement de la part de la plateforme fin 2024. Le partenariat permet de proposer plus de 7 500 références : fruits et légumes frais, produits laitiers, viandes, snacks et articles ménagers.
Les livraisons démarrent à Karachi, avec des délais annoncés entre 20 et 30 minutes. Les commandes dépassant 499 PKR (environ 2 dollars) bénéficient de la livraison gratuite et sans frais de service. Un argument tarifaire puissant dans un pays où le commerce de détail reste très fragmenté et où la demande pour le quick commerce explose chez les urbains actifs.
Pourquoi cette stratégie fonctionne particulièrement bien au Pakistan
Le secret réside dans la combinaison de plusieurs facteurs favorables. D’abord, inDrive dispose déjà d’une base utilisateurs massive et fidèle dans le pays. Pas besoin de dépenser des fortunes en acquisition client pour lancer un nouveau service : le cross-selling devient naturel. Ensuite, le marché de l’alimentation en ligne reste largement sous-exploité, avec une croissance très rapide tirée par les changements de mode de vie en ville.
Enfin, inDrive investit massivement. Sur les 100 millions de dollars promis dans son programme d’investissement pluriannuel lancé fin 2023, une part significative a déjà été dirigée vers le Pakistan. L’entreprise se montre prête à parier gros là où d’autres investisseurs restent prudents en raison des incertitudes géopolitiques et macroéconomiques.
« Nous voyons un potentiel incroyable au Pakistan. Idéalement, nous voulons continuer et doubler la mise sur ces investissements au fur et à mesure que nous constatons les performances. »
– Andries Smit
Cette prise de risque calculée porte ses fruits. Alors que le financement en capital-risque au Pakistan reste modeste par rapport aux sommets de 2021-2022, inDrive parvient à croître en s’appuyant sur sa présence locale solide et sur des partenariats stratégiques.
Vers un écosystème complet dans les prochaines années
La diversification ne s’arrête pas là. Si les trajets en voiture représentent encore environ 85 % des revenus (contre 95 % il y a quelques années), la part des nouveaux services augmente progressivement. Publicité, livraison de repas, de colis et désormais courses alimentaires : chaque vertical apporte sa pierre à l’édifice.
À moyen terme, la publicité devrait devenir une source significative de revenus, surtout lorsque les volumes de livraison augmenteront et permettront des promotions contextuelles ultra-ciblées. À plus long terme, des services financiers pourraient rejoindre l’offre, suivant le playbook de nombreuses super apps asiatiques.
Avec plus de 360 millions de téléchargements et une présence dans 1 065 villes à travers 48 pays, inDrive se classe toujours deuxième application de mobilité la plus téléchargée au monde, derrière Uber seulement. Cette échelle mondiale constitue un atout majeur pour négocier avec les annonceurs et les partenaires logistiques.
Les défis à relever pour réussir cette transition
Bien sûr, transformer une application de VTC en plateforme multifonctions n’est pas sans risques. Maintenir une expérience utilisateur fluide malgré l’ajout de nouvelles fonctionnalités demande une ingénierie très fine. Éviter la surcharge publicitaire est également crucial : trop d’annonces risqueraient de frustrer les utilisateurs habitués à une interface épurée.
Sur le plan opérationnel, coordonner des dark stores, gérer les stocks périssables et garantir des délais courts dans des villes souvent congestionnées représente un challenge logistique de taille. Mais inDrive semble avoir anticipé ces enjeux en s’appuyant sur des partenaires locaux experts.
Enfin, la concurrence ne dort pas. D’autres acteurs locaux ou régionaux pourraient accélérer leurs propres initiatives dans le quick commerce ou la publicité contextuelle. La course à l’écosystème le plus complet dans les marchés émergents ne fait que commencer.
Une vision qui pourrait inspirer d’autres acteurs
Ce que montre inDrive aujourd’hui, c’est qu’il est possible de sortir du carcan du seul ride-hailing sans perdre son ADN. En misant sur l’enchère comme différenciateur principal tout en ajoutant des services à haute fréquence, la plateforme crée un cercle vertueux : plus d’usage, plus de données, plus de monétisation, plus de moyens pour investir dans l’expérience utilisateur.
Dans un monde où les applications cherchent désespérément à augmenter le temps passé et la récurrence, cette approche « super app » adaptée aux réalités des marchés émergents pourrait devenir un modèle à suivre. Reste à voir si inDrive parviendra à transformer ces ambitions en profits durables sans diluer ce qui fait son succès originel : la transparence tarifaire et le pouvoir laissé aux utilisateurs.
Une chose est sûre : en 2026, inDrive ne se contente plus de vous emmener d’un point A à un point B. Elle veut devenir indispensable au quotidien de millions de personnes. Et pour l’instant, le pari semble tenir la route.