Oshen : Le Robot Océanique Qui Défie les Ouragans Cat 5
Et si la clé pour mieux prévoir les ouragans les plus destructeurs se trouvait dans un petit robot à voile pas plus grand qu’une planche de surf ? Imaginez une machine autonome, lancée au cœur d’une tempête monstrueuse, capable de résister aux vents à plus de 250 km/h tout en collectant des informations précieuses en temps réel. C’est exactement ce qu’a accompli une startup britannique discrète mais audacieuse : Oshen.
Cette aventure commence par une passion pour la mer et une frustration face aux limites de la science océanique actuelle. Alors que les satellites et les bouées traditionnelles peinent à capturer ce qui se passe vraiment à la surface de l’océan pendant les phénomènes extrêmes, une équipe d’ingénieurs a décidé de changer la donne. Leur innovation pourrait transformer notre compréhension des cyclones tropicaux et sauver des vies.
Oshen : Quand une passion pour la voile rencontre l’ingénierie de pointe
Anahita Laverack n’avait initialement pas prévu de révolutionner l’océanographie. Passionnée de voile et excellente navigatrice, elle visait plutôt une carrière en ingénierie aérospatiale. Mais un défi l’a fait bifurquer : le Microtransat Challenge, une compétition où des micro-robots à voile devaient traverser l’Atlantique de manière autonome. Comme presque tous les participants, elle a échoué. Pourtant, cette défaite a été le déclic.
En analysant les raisons des échecs répétés, Anahita a compris un point crucial : le manque cruel de données océaniques fiables. Sans informations précises sur les conditions météo et les courants en temps réel, ces petits engins naviguaient à l’aveugle. De fil en aiguille, elle a exploré les conférences spécialisées et réalisé que même les organismes scientifiques majeurs manquaient d’outils efficaces pour collecter ces précieuses données marines.
« J’ai vite compris que si les gens étaient prêts à payer pour que j’aille collecter ces données moi-même, alors il y avait peut-être une entreprise à créer. »
– Anahita Laverack, fondatrice d’Oshen
En avril 2022, avec Ciaran Dowds, ingénieur électricien, elle lance Oshen. Leur mission ? Développer une flotte de robots océaniques autonomes, abordables, déployables en grand nombre et capables de survivre longtemps en mer. Le pari est ambitieux : combiner trois qualités rarement réunies : robustesse extrême, coût maîtrisé et haute technologie embarquée.
Les C-Stars : de minuscules géants de la résilience
Le produit phare d’Oshen s’appelle C-Star. Ces robots mesurent environ 1,20 m de long, propulsés par le vent et assistés par l’énergie solaire. Ils peuvent rester en mer jusqu’à 100 jours consécutifs, collectant des données sur la température de surface, la pression atmosphérique, les vents, les vagues et bien plus encore. Leur secret ? Une conception minimaliste mais extrêmement soignée, optimisée pour résister aux chocs, à la corrosion et aux conditions les plus hostiles.
Contrairement aux drones marins plus gros et coûteux, les C-Stars sont pensés pour être lancés en essaims. Cette approche en swarm permet de couvrir de vastes zones océaniques à moindre coût, là où un unique navire habité ou un gros drone serait limité. C’est une révolution économique autant que technologique.
- Autonomie énergétique grâce à l’énergie éolienne et solaire
- Résistance prouvée à des vagues de plus de 7 mètres
- Transmission de données en temps réel via satellite
- Coût de production optimisé pour un déploiement massif
- Capacité à opérer en flotte coordonnée
Pendant deux années, l’équipe a testé sans relâche ses prototypes. Ils vivaient sur un petit voilier de 7,60 m amarré dans la marina la moins chère du Royaume-Uni, transformant le bateau en laboratoire flottant. Les tests en conditions réelles, y compris en plein hiver britannique avec des tempêtes violentes, ont forgé la robustesse des C-Stars.
Le moment historique : affronter un ouragan de catégorie 5
En 2025, l’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) suit de près les avancées d’Oshen. Après un premier contact deux ans plus tôt, l’agence revient à la charge juste avant la saison des ouragans. Cette fois, la technologie est prête. Oshen construit rapidement plus de 15 C-Stars et en déploie huit dans l’Atlantique.
Cinq robots sont positionnés près des Îles Vierges américaines, sur la trajectoire prévue de l’ouragan Humberto. L’objectif initial : recueillir des données avant la tempête. Mais les C-Stars vont bien au-delà des espérances. Trois d’entre eux pénètrent au cœur de l’ouragan, survivent à la totalité du phénomène classé catégorie 5 et continuent d’envoyer des mesures précises.
« Les C-Stars ont collecté des données précieuses depuis la partie la plus forte de l’ouragan Humberto et les ont transmises en quasi temps réel. »
– Greg Foltz, océanographe à la NOAA
Pour la première fois dans l’histoire, un véhicule de surface non habité de petite taille a traversé l’œil d’un ouragan catégorie 5, capturant des valeurs de pression atmosphérique, de vents et de température qui améliorent directement les modèles de prévision. Ce succès a validé le concept et ouvert la porte à une utilisation routinière de ces robots pour la recherche cyclonique.
Un impact qui dépasse la météo
Si la collaboration avec la NOAA représente une vitrine spectaculaire, les applications des C-Stars vont bien plus loin. Défense, surveillance environnementale, suivi de mammifères marins, collecte de données climatiques à long terme… Les gouvernements et organismes multiplient les contrats. Le Royaume-Uni a déjà signé pour des usages météo et défense.
La startup, désormais installée à Plymouth, hub majeur des technologies marines britanniques, prépare une levée de fonds pour répondre à la demande croissante. L’objectif : scaler la production et déployer des flottes encore plus importantes pour couvrir les océans de manière permanente.
Dans un monde où le changement climatique intensifie les phénomènes extrêmes, disposer de données fiables et fréquentes sur les interactions océan-atmosphère devient crucial. Les robots d’Oshen apportent une réponse pragmatique, économique et innovante à ce défi majeur du XXIe siècle.
Pourquoi cette réussite inspire tant ?
L’histoire d’Oshen rappelle que les plus grandes innovations naissent souvent d’une frustration personnelle transformée en solution concrète. Anahita Laverack n’a pas attendu que le monde change ; elle a construit l’outil qui manquait. En combinant passion pour la mer, rigueur scientifique et audace entrepreneuriale, elle démontre qu’une petite équipe peut accomplir l’extraordinaire.
Les C-Stars ne sont pas seulement des robots. Ils incarnent une nouvelle façon d’observer notre planète : discrète, persistante, économique et résiliente. Dans les années à venir, ces petits voiliers autonomes pourraient bien devenir les sentinelles invisibles de nos océans, nous aidant à mieux anticiper, protéger et comprendre un environnement en pleine mutation.
Et si le futur de la météorologie passait par une flotte de minuscules robots voguant courageusement au cœur des tempêtes ? Avec Oshen, ce futur est déjà en train de s’écrire, vague après vague.