Meta et Manus : Tensions Géopolitiques Autour de l’IA

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janvier 27, 2026

Meta et Manus : Tensions Géopolitiques Autour de l’IA

Imaginez une jeune pousse de l’intelligence artificielle qui quitte précipitamment Pékin pour s’installer à Singapour, lève des fonds auprès d’un fonds américain prestigieux, puis se fait racheter pour deux milliards de dollars par Meta. Une success-story tech comme on les aime ? Pas si simple. Cette transaction, annoncée début 2026, est en train de devenir le symbole d’un nouveau front dans la guerre technologique sino-américaine.

Un deal à deux milliards qui dérange des deux côtés du Pacifique

Manus, cette plateforme d’assistants IA conversationnels particulièrement prometteuse, n’était encore qu’une startup parmi d’autres il y a quelques mois. Basée à l’origine en Chine, elle a bénéficié d’un tour de table conduit par Benchmark, l’un des fonds les plus respectés de la Silicon Valley. Ce simple investissement a suffi pour déclencher l’ire de certains sénateurs américains et attirer l’attention du Comité américain sur les investissements étrangers (CFIUS).

Pourquoi une telle méfiance ? Parce que les États-Unis durcissent depuis plusieurs années leur politique vis-à-vis des investissements sortants vers la Chine dans les technologies jugées sensibles, dont l’intelligence artificielle. L’idée qu’un fonds américain finance une entreprise chinoise capable de faire progresser l’IA militaire ou de surveillance chinoise a de quoi inquiéter Washington.

La fuite vers Singapour, ou l’art du « Singapore washing »

Face à cette pression, les fondateurs de Manus ont pris une décision radicale : déplacer l’équipe technique et le siège social à Singapour. Ce mouvement, de plus en plus fréquent chez les startups chinoises de l’IA, a même reçu un surnom ironique : le Singapore washing. L’objectif ? Se mettre à l’abri des restrictions américaines tout en restant attractif pour les investisseurs occidentaux.

Sur le papier, le pari semble gagnant. Une fois installée dans la cité-État, Manus peut lever des fonds sans déclencher immédiatement les alarmes du Trésor américain. Elle peut aussi prétendre opérer dans un environnement réglementaire plus neutre et international. C’est précisément dans ce contexte que Meta a dégainé son chèque de deux milliards de dollars pour s’offrir la pépite.

« Si ce deal se conclut sans encombre, cela ouvre une nouvelle voie royale pour les jeunes startups chinoises de l’IA qui veulent échapper à la surveillance de Pékin tout en séduisant les grands groupes américains. »

– Winston Ma, professeur à la NYU et partner chez Dragon Capital

Mais ce que personne n’avait anticipé, c’est que Pékin allait également sortir les griffes… et peut-être même plus violemment que Washington.

Pékin active ses contrôles à l’exportation de technologies

Alors que le deal semblait sur les rails côté américain, c’est désormais du côté chinois que les nuages s’amoncellent. Selon plusieurs sources relayées par le Financial Times, les autorités de Pékin examineraient si Manus a respecté les règles d’exportation de technologies lorsqu’elle a transféré ses équipes et ses savoir-faire de Chine continentale vers Singapour.

En clair : même si l’entreprise est désormais basée à Singapour, une partie significative de son cœur technologique pourrait encore être considérée comme relevant du contrôle chinois à l’export. Et pour les technologies d’IA jugées stratégiques, Pékin a considérablement renforcé son arsenal réglementaire ces dernières années.

Le précédent le plus parlant reste celui de TikTok. Lorsque Donald Trump a tenté d’interdire l’application sur le sol américain, la Chine a activé ses propres règles d’exportation d’algorithmes pour compliquer la cession de l’activité américaine. Un précédent qui donne des idées aux régulateurs chinois aujourd’hui.

  • Examen des licences d’exportation pour le transfert technologique vers Singapour
  • Risque de criminalisation pour les fondateurs en cas de violation
  • Volonté affichée de limiter l’hémorragie de talents et de technologies IA
  • Message envoyé à toutes les startups chinoises tentées par l’expatriation

Certains observateurs chinois vont même plus loin. Sur WeChat, un professeur réputé a averti que les fondateurs de Manus pourraient encourir des poursuites pénales si les autorités prouvent qu’ils ont exporté sans autorisation des technologies figurant sur la liste des biens à double usage.

Washington jubile… mais pour combien de temps ?

Du côté américain, certains analystes se frottent les mains. Pour eux, l’attraction exercée par Meta sur une équipe d’ingénieurs chinois de haut niveau démontre la supériorité actuelle de l’écosystème américain en matière d’IA. Les talents délocalisés, les cerveaux qui votent avec leurs valises : c’est exactement ce que souhaitent les faucons de Washington.

« Ce rachat illustre parfaitement que l’écosystème IA américain reste aujourd’hui beaucoup plus attractif que son homologue chinois. »

– Un expert anonyme interrogé par le Financial Times

Mais cette satisfaction pourrait être de courte durée. Si Pékin bloque effectivement la transaction ou impose des conditions très restrictives, Meta pourrait se retrouver avec un deal à moitié mort : une équipe dispersée, des technologies sous contrôle chinois, et des milliards déjà engagés.

Quelles conséquences pour l’avenir de l’IA mondiale ?

Au-delà du cas particulier de Manus, cette affaire pose des questions fondamentales sur la globalisation de l’intelligence artificielle à l’ère de la rivalité sino-américaine. Les startups chinoises de l’IA vont-elles continuer à chercher des échappatoires via Singapour, Dubaï ou Londres ? Ou vont-elles se résigner à rester dans un écosystème de plus en plus fermé ?

Pour Meta, l’enjeu est également stratégique. Intégrer les capacités d’agents autonomes développées par Manus pourrait accélérer considérablement le déploiement d’assistants IA dans WhatsApp, Instagram et Facebook. Mais si le deal capote ou s’il est amputé de ses éléments les plus précieux, le géant des réseaux sociaux aura dépensé deux milliards pour un résultat bien maigre.

Enfin, cette histoire rappelle une réalité implacable : dans le monde de l’IA en 2026, la technologie n’est plus seulement une affaire de code et d’algorithmes. Elle est devenue un actif géopolitique de premier plan, surveillé, convoité et parfois interdit de franchir les frontières.

Vers un éclatement du paysage IA mondial ?

Nous assistons peut-être aux prémices d’une fragmentation durable de l’écosystème IA. D’un côté, un bloc occidental dominé par les GAFAM et quelques acteurs européens, soutenu par des quantités massives de capitaux et de données. De l’autre, un écosystème chinois de plus en plus autonome, protégé par un mur réglementaire et dopé par des investissements publics colossaux.

Entre les deux, des territoires intermédiaires comme Singapour, les Émirats arabes unis ou même certains pays européens tentent de devenir des hubs neutres… mais la pression monte de toutes parts pour choisir son camp.

L’histoire de Manus n’est donc pas seulement celle d’une acquisition à deux milliards. C’est un révélateur des tensions, des stratégies et des rapports de force qui redessinent la carte mondiale de l’intelligence artificielle en ce début d’année 2026. Et le dernier chapitre n’est clairement pas encore écrit.

À suivre de très près.

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