Larry Page Quitte la Californie Face à la Taxe sur les Milliardaires
Imaginez un instant : l’un des hommes les plus riches de la planète, cofondateur de l’entreprise qui a redéfini notre manière d’accéder au savoir, décide de faire ses valises. Pas pour des raisons personnelles uniquement, mais parce que l’État qui l’a vu naître et prospérer menace désormais de prélever une part significative de sa fortune chaque année. C’est exactement ce qui est en train de se produire avec Larry Page et la Californie en ce début 2026.
Depuis plusieurs mois, une initiative citoyenne fait beaucoup parler d’elle outre-Atlantique : instaurer une taxe supplémentaire de 5 % sur les patrimoines dépassant le milliard de dollars. Une mesure qui, si elle est adoptée par les électeurs en novembre 2026, pourrait rapporter plusieurs milliards à l’État le plus peuplé des États-Unis. Mais pour certains des principaux concernés, il est hors de question d’attendre le verdict des urnes.
Un exode discret mais stratégique
Selon des informations révélées par Business Insider, Larry Page a déjà entamé un mouvement de délocalisation de plusieurs de ses structures privées. Le choix s’est porté sur le Delaware, État connu pour sa fiscalité attractive et son cadre juridique favorable aux entreprises. Parmi les entités concernées, on retrouve notamment :
- son family office baptisé Koop,
- Flu Lab, sa société dédiée à la recherche sur la grippe et les pandémies,
- Dynatomics, entreprise spécialisée dans l’aviation,
- et One Aero, son ambitieux projet de voiture volante.
Ces reincorporations ne sont pas anodines. Elles traduisent une volonté de protéger des actifs importants face à une potentielle nouvelle pression fiscale. Mais au-delà de l’aspect purement financier, ce choix envoie un message fort à l’écosystème technologique californien.
Pourquoi le Delaware séduit autant les entrepreneurs fortunés ?
Le Delaware n’est pas devenu par hasard l’État de prédilection de plus de 60 % des entreprises du Fortune 500. Son droit des sociétés est particulièrement souple, les tribunaux spécialisés (Chancery Court) offrent une grande prévisibilité juridique et surtout : il n’existe pas d’impôt sur les plus-values pour les non-résidents, ni d’impôt sur le revenu des sociétés qui n’opèrent pas physiquement dans l’État.
Pour des family offices ou des holdings détenant des participations dans des startups, c’est un paradis fiscal relatif. En comparaison, la Californie impose déjà un taux marginal d’impôt sur le revenu parmi les plus élevés du pays (jusqu’à 13,3 %), sans compter les taxes foncières et les diverses contributions locales.
« Quand l’État commence à regarder dans votre portefeuille avec insistance, la première réaction rationnelle est de déplacer ce portefeuille là où il sera moins visible. »
– Un investisseur anonyme de la Silicon Valley, cité par Business Insider
Même si Larry Page reste probablement résident fiscal californien pour le moment, le simple fait de déplacer ses entités opérationnelles réduit déjà l’exposition future à une éventuelle taxe sur la fortune.
Un mouvement qui ne concerne pas que Larry Page
Le cofondateur de Google n’est pas le seul à exprimer son mécontentement. Plusieurs figures emblématiques de la tech ont publiquement pris position contre cette proposition de loi :
- David Sacks, entrepreneur et investisseur connu pour ses positions libertariennes,
- Palmer Luckey, fondateur d’Oculus et aujourd’hui à la tête d’Anduril,
- Alexis Ohanian, cofondateur de Reddit.
Tous ont dénoncé une mesure qui risquerait de pousser les créateurs de richesse à quitter la Californie, emportant avec eux emplois, investissements et innovation. Certains observateurs estiment même que cette taxe pourrait accélérer un exode déjà entamé depuis la pandémie.
Entre 2020 et 2024, plus de 300 000 habitants nets ont quitté la Californie chaque année selon les données du recensement américain. Parmi eux, une proportion non négligeable de hauts revenus et d’entrepreneurs.
Quel impact pour l’écosystème startup californien ?
La Silicon Valley a toujours été le cœur battant de l’innovation mondiale. Mais ce statut est-il menacé ? Plusieurs éléments laissent penser que la pression fiscale pourrait avoir des conséquences durables :
- Moins d’investissements locaux de la part des family offices et des ultra-riches,
- Une attractivité moindre pour les fondateurs qui envisagent de créer leur entreprise en Californie,
- Une concurrence accrue de la part d’autres États américains (Texas, Floride, Nevada) et même de pays étrangers (Portugal, Suisse, Singapour).
Pourtant, tout n’est pas noir. La Californie conserve des atouts considérables : les meilleures universités du monde (Stanford, Berkeley, Caltech), un vivier de talents inégalé, un réseau d’investisseurs dense et une culture du risque profondément ancrée.
La question est donc de savoir si ces avantages structurels suffiront à compenser une fiscalité perçue comme punitive par ceux qui génèrent le plus de valeur.
Et si c’était le début d’un vrai débat mondial ?
La proposition californienne n’est pas isolée. Partout dans le monde, les États cherchent des solutions pour financer la transition écologique, les infrastructures vieillissantes et les systèmes de santé sous pression. La taxation des ultra-riches revient régulièrement sur le devant de la scène, que ce soit via l’impôt sur la fortune, la taxe sur les plus-values latentes ou des contributions exceptionnelles.
En Europe, plusieurs pays ont déjà expérimenté (et parfois abandonné) des impôts sur la fortune. En France, l’ISF a été remplacé par l’IFI, recentré sur le patrimoine immobilier. Mais la pression internationale monte, notamment via les discussions à l’OCDE sur une fiscalité minimale des multinationales.
Ce que fait Larry Page aujourd’hui pourrait donc n’être que la partie visible d’un mouvement bien plus large : une redistribution des cartes entre États et entrepreneurs dans un monde où la mobilité du capital n’a jamais été aussi grande.
Conclusion : un signal d’alerte pour la Californie
Le choix de Larry Page de déplacer certaines de ses entités n’est pas seulement une optimisation fiscale personnelle. C’est aussi un message politique et économique. En agissant avant même que la taxe ne soit adoptée, il montre que les ultra-riches ont les moyens – et la volonté – de contourner les mesures qu’ils jugent excessives.
Reste à savoir si la Californie saura entendre cet avertissement et trouver un équilibre entre justice fiscale et préservation de son statut de Mecque de l’innovation. Car si la fuite des cerveaux et des capitaux s’accélère, ce n’est pas seulement l’État qui en pâtira, mais potentiellement tout l’écosystème technologique mondial qui dépend encore largement de la vitalité de la Silicon Valley.
2026 s’annonce comme une année charnière. Entre urnes, délocalisations et débats passionnés, l’avenir de la tech made in California se joue peut-être en ce moment même.