AXL et Compugen : Booster l’IA Appliquée au Canada
Imaginez un instant : vous avez une idée révolutionnaire utilisant l’intelligence artificielle pour résoudre un problème concret dans votre entreprise, mais vous ne savez absolument pas comment la concrétiser. Vous manquez d’experts en IA, de designers capables de penser l’expérience utilisateur, et surtout d’un environnement qui permet de prototyper rapidement sans risquer des millions. C’est précisément ce casse-tête que beaucoup de dirigeants canadiens rencontrent aujourd’hui. Et si une nouvelle alliance changeait radicalement la donne ?
Quand un studio de venture rencontre un géant des services IT
Le 26 janvier 2026, le studio de venture torontois AXL et le fournisseur de solutions technologiques Compugen ont officialisé un partenariat qui pourrait bien redessiner le paysage de l’innovation appliquée en intelligence artificielle au Canada. D’un côté, un acteur qui se présente comme le plus important fournisseur privé de solutions technologiques du pays ; de l’autre, un studio résolument orienté vers la création de sociétés qui utilisent l’IA comme levier plutôt que comme finalité.
Ce rapprochement n’est pas anodin. Alors que de nombreuses entreprises canadiennes peinent encore à passer du stade de la preuve de concept à celui du produit commercialisable, ce duo ambitionne de raccourcir drastiquement ce parcours semé d’embûches.
AXL : le studio qui veut créer 50 entreprises à fort impact
Derrière AXL se trouve Daniel Wigdor, ancien directeur de la recherche chez Meta Reality Labs, un profil qui connaît parfaitement les arcanes de l’innovation technologique à très grande échelle. Sa vision est claire : le Canada doit arrêter de se contenter de produire des modèles de langage ou des briques technologiques de base. L’avenir, selon lui, réside dans la couche applicative de l’IA.
« Nous ne créons pas 50 entreprises d’IA. Nous créons 50 entreprises qui résolvent de vrais problèmes en utilisant l’IA comme technologie habilitante pour réaliser ce qui était impossible auparavant. »
– Daniel Wigdor, co-fondateur et CEO d’AXL
Cette distinction est essentielle. Trop souvent, les startups se lancent dans une course effrénée aux meilleurs LLM sans jamais se poser la question de l’usage final. AXL adopte l’approche inverse : partir d’un problème métier douloureux, consulter les dernières avancées académiques, puis constituer une équipe entrepreneuriale dédiée à la résolution de ce cas précis grâce à l’IA.
Compugen : l’expertise métier et la capacité de déploiement à grande échelle
Compugen apporte à ce partenariat ce qui manque cruellement à beaucoup de studios : une compréhension profonde des réalités opérationnelles des entreprises et surtout une capacité à déployer des solutions à très grande échelle. Avec des milliers de clients dans différents secteurs, l’entreprise dispose d’une vue panoramique sur les points de douleur récurrents que l’IA pourrait soulager.
Grâce à cette collaboration, les clients de Compugen bénéficient désormais d’un accès privilégié aux experts en commercialisation IA d’AXL, à son environnement de prototypage rapide et à son vivier d’entrepreneurs prêts à s’emparer des opportunités identifiées.
Un modèle qui commence à faire ses preuves
AXL ne débute pas dans l’exercice. Le studio avait déjà noué des partenariats similaires avec RSM Canada et Dillon Consulting au cours de l’année précédente. Ces collaborations ont permis d’identifier plusieurs opportunités concrètes et de lancer les premières initiatives. Le partenariat avec Compugen représente cependant un saut d’échelle significatif en raison de la taille et de la diversité du portefeuille clients de ce dernier.
Le processus suivi est assez structuré :
- Identification des problèmes métier les plus impactants chez les clients de Compugen
- Consultation des dernières recherches académiques pertinentes
- Constitution d’une équipe entrepreneuriale dédiée
- Prototypage rapide et itérations intensives
- Validation du concept en conditions réelles
- Lancement potentiel d’une nouvelle entité ou intégration dans l’offre Compugen
Cette méthodologie permet de considérablement réduire le temps séparant l’idée de la preuve de valeur réelle, ce qui constitue l’un des principaux goulets d’étranglement dans l’adoption de l’IA en entreprise.
Le combat contre la fuite des cerveaux canadiens
L’un des moteurs principaux derrière la création d’AXL est la volonté de freiner la fuite massive des talents IA vers la Silicon Valley. Daniel Wigdor ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque le sujet :
« Nous devons créer des opportunités ici qui soient suffisamment attractives pour que les meilleurs talents choisissent de rester et de construire au Canada. »
– Daniel Wigdor
Son objectif affiché est ambitieux : lancer 50 entreprises au cours des cinq prochaines années. Mais plus que le nombre brut, c’est surtout la qualité des problèmes traités et la profondeur de l’impact qui comptent. En s’associant à un acteur comme Compugen, AXL accède à une mine d’opportunités concrètes qui n’existent tout simplement pas dans les grands incubateurs traditionnels.
L’application plutôt que la course aux paramètres
Daniel Wigdor ne se prive pas de critiquer l’approche de certains acteurs dominants. Selon lui, la course effrénée aux modèles toujours plus gros et plus puissants (la fameuse course aux paramètres) conduit à une impasse économique. Il prédit que les vrais gagnants de la prochaine phase seront ceux qui sauront réellement livrer des produits utilisés par des millions de personnes.
Dans cette perspective, il voit Google et Microsoft en position de force parce qu’ils intègrent l’IA directement dans des produits utilisés quotidiennement par des centaines de millions d’utilisateurs. À l’inverse, les purs joueurs de LLM comme OpenAI ou Anthropic risquent, selon lui, de se retrouver coincés dans une spirale de coûts prohibitifs et de rendements décroissants.
Un écosystème canadien qui se structure enfin
Ce partenariat s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration de l’écosystème canadien de l’IA appliquée. Après des années où le pays brillait surtout par sa recherche fondamentale et ses talents, on observe enfin l’émergence d’acteurs capables de transformer ces atouts en entreprises et en produits commercialisables.
Les prochains mois seront déterminants pour juger de la réelle efficacité de ce modèle. Si les premières entreprises issues de cette collaboration parviennent à démontrer un impact mesurable et une scalabilité réelle, cela pourrait créer un effet boule de neige et encourager d’autres grands acteurs corporatifs à s’engager dans des démarches similaires.
Pour l’instant, une chose est certaine : en combinant la puissance de frappe d’un intégrateur majeur comme Compugen avec l’agilité et la créativité d’un studio comme AXL, le Canada se donne peut-être les moyens de passer d’une position de suiveur technologique à celle de leader dans l’IA appliquée à des problèmes concrets. Reste à transformer cette promesse en résultats tangibles. Les prochains mois seront passionnants à suivre.
Et vous, pensez-vous que ce genre de partenariat entre studios venture et grands intégrateurs représente l’avenir de l’innovation IA en entreprise ?