Calian Lance 100M$ pour Booster la Défense Canadienne
Imaginez un Canada capable de concevoir, produire et déployer ses propres technologies critiques de défense, sans dépendre exclusivement de partenaires étrangers. Ce rêve de souveraineté technologique, longtemps resté dans l’ombre des grands budgets militaires, commence aujourd’hui à prendre forme grâce à une initiative ambitieuse venue d’Ottawa.
En janvier 2026, la société Calian a officialisé un programme d’envergure : une enveloppe globale de 100 millions de dollars dédiée à l’écosystème canadien de la défense. Loin d’être un simple fonds d’investissement classique, cette plateforme vise à créer un véritable terreau fertile pour les petites et moyennes entreprises qui souhaitent s’imposer dans le secteur le plus stratégique qui soit.
Un virage stratégique pour la souveraineté technologique canadienne
Depuis plusieurs années, le contexte géopolitique mondial a poussé de nombreux pays à réévaluer leur dépendance technologique dans le domaine militaire. Le Canada n’échappe pas à cette prise de conscience. Les récentes tensions internationales ont rappelé l’importance de maîtriser les briques essentielles de la défense moderne : communication sécurisée, cyberdéfense, renseignement, surveillance et ciblage précis.
C’est précisément autour de l’acronyme C5ISRT (Commandement, Contrôle, Communications, Informatique, Cyber, Renseignement, Surveillance, Reconnaissance et Ciblage) que Calian a choisi de concentrer ses efforts. Selon Chris Pogue, président de la division Défense et Espace de Calian, cette brique technologique est devenue incontournable pour garantir une prise de décision rapide et une intégration fluide entre les différents domaines de combat : terre, mer, air, espace et cyberespace.
« Nous ne pouvons pas construire une capacité souveraine canadienne uniquement sur des fonds publics. Il faut injecter du nouveau capital et créer un momentum. »
– Chris Pogue, président Défense et Espace, Calian
Cette citation résume parfaitement la philosophie du programme : associer argent public, capitaux privés et savoir-faire entrepreneurial pour bâtir une industrie de défense nationale robuste et compétitive.
Calian Ventures : bien plus qu’un accélérateur classique
Lancé en octobre 2025, Calian Ventures ne se contente pas de cocher les cases habituelles d’un incubateur ou d’un accélérateur. Ici, l’entreprise se positionne comme un partenaire stratégique à part entière. Elle met à disposition :
- Son expertise des processus d’acquisition militaires canadiens
- Ses installations pour les tests et la production à petite échelle
- Son carnet d’adresses auprès des Forces armées canadiennes
- Des financements directs ou co-développés
En moins de quatre mois, plus de 50 entreprises ont déjà soumis leur candidature. Preuve que l’appétit existe bel et bien dans l’écosystème canadien pour ce type d’accompagnement ciblé et pragmatique.
Un réseau national de laboratoires d’innovation
L’un des volets les plus concrets du plan Calian concerne la création d’un réseau de laboratoires de développement répartis à travers le pays. Ces espaces permettront aux entreprises sélectionnées de tester rapidement leurs prototypes, de valider leurs concepts auprès d’utilisateurs finaux et d’industrialiser leurs solutions à une vitesse rarement atteinte dans le secteur de la défense.
Cette décentralisation géographique vise également à irriguer l’innovation au-delà des grands pôles traditionnels comme Ottawa, Montréal ou Toronto. Les régions pourront ainsi participer activement à l’effort national de souveraineté technologique.
Un écosystème en pleine effervescence
Le lancement de cette plateforme intervient dans un contexte particulièrement favorable. La Ville d’Ottawa elle-même a dévoilé, à l’automne 2025, une stratégie économique ambitieuse visant à attirer jusqu’à 3 milliards de dollars d’investissements dans le secteur de la défense et de la sécurité sur les cinq prochaines années. La capitale canadienne rêve désormais de devenir le « cœur battant » de l’innovation défense au pays.
Parallèlement, plusieurs autres initiatives voient le jour : CDL Defence, Vimy Forge et bien sûr Calian Ventures forment un trio complémentaire qui structure progressivement l’écosystème canadien. Les grands fonds d’investissement et les family offices commencent également à s’intéresser de près à cette verticale longtemps considérée comme trop risquée ou trop réglementée.
Pourquoi les PME sont-elles la clé de la réussite ?
Historiquement, les grands donneurs d’ordre de la défense ont privilégié les géants industriels internationaux. Pourtant, les technologies les plus disruptives naissent souvent dans de petites structures agiles, capables de prendre des risques et d’itérer rapidement.
En donnant les moyens aux PME canadiennes de franchir les étapes les plus difficiles – validation technique, qualification militaire, premiers contrats significatifs – Calian espère déclencher un cercle vertueux : plus de succès locaux → plus d’attractivité pour les investisseurs → plus de projets ambitieux → une base industrielle plus large et plus autonome.
Les défis qui restent à relever
Malgré l’enthousiasme légitime, plusieurs obstacles demeurent. Le cycle de vente dans la défense reste long et complexe. Les exigences de certification et de sécurité peuvent décourager même les entrepreneurs les plus déterminés. Sans oublier la concurrence internationale, où les États-Unis, Israël ou certains pays européens disposent déjà d’écosystèmes très matures.
La clé du succès résidera sans doute dans la capacité de Calian à maintenir un accompagnement sur le très long terme, bien au-delà des premières levées de fonds ou des premiers PoC (proof of concept).
Vers une nouvelle ère pour la défense made in Canada ?
Avec ses 100 millions de dollars et son approche partenariale, Calian pose une pierre angulaire dans la construction d’une industrie de défense souveraine et innovante au Canada. Si le programme tient ses promesses, il pourrait transformer durablement le paysage technologique national et permettre à de nombreuses PME de s’imposer sur un marché stratégique en pleine expansion.
Reste maintenant à suivre les premiers succès concrets : les technologies qui sortiront des laboratoires, les contrats remportés auprès des Forces armées canadiennes, les partenariats industriels qui se concrétiseront. L’année 2026 pourrait bien marquer le véritable point de départ d’une ambition longtemps différée.
Une chose est sûre : l’avenir de la défense canadienne se joue aujourd’hui autant dans les bureaux d’Ottawa que dans les ateliers et les labs des entrepreneurs les plus audacieux du pays.