Vention Lève 110 M$ USD pour Révolutionner l’IA Industrielle
Imaginez une usine où un opérateur, sans aucune notion de programmation, conçoit en quelques clics une ligne de robots entièrement autonome, la commande et la voit installée en quelques semaines. Ce qui relevait encore récemment de la science-fiction devient réalité grâce à une entreprise québécoise qui accélère à une vitesse impressionnante.
Vention : quand Montréal réinvente l'automatisation industrielle
Le 27 janvier 2026, la scaleup montréalaise Vention a officialisé une levée de fonds qui fait beaucoup parler dans l'écosystème tech canadien. Pas moins de 110 millions de dollars américains (environ 150 millions CAD) en Série D, un montant qui propulse l'entreprise dans une nouvelle dimension.
Mais au-delà du chiffre, c'est surtout le message stratégique qui interpelle : Vention veut devenir la référence mondiale incontestée de l'IA appliquée au monde physique industriel. Une ambition assumée par son PDG, Étienne Lacroix, qui ne cache pas son objectif de dominer le secteur de l'automatisation intelligente.
Nous sommes en train de devenir la norme par défaut, et nous allons investir massivement pour que cela reste le cas.
– Etienne Lacroix, PDG de Vention
Un parcours fulgurant depuis 2016
Créée en 2016 par Étienne Lacroix et Max Windisch, Vention a commencé avec une idée simple mais puissante : démocratiser l'accès à l'automatisation pour les fabricants de toutes tailles. Au lieu de faire appel à des intégrateurs coûteux et à des délais interminables, l'entreprise propose une plateforme tout-en-un.
Les utilisateurs conçoivent leurs systèmes à partir d'une bibliothèque de composants modulaires standardisés (structure aluminium, actionneurs, capteurs, etc.), visualisent le tout en 3D, commandent le matériel et le reçoivent prêt à monter. Avec l'arrivée de l'IA générative et du physical AI, cette approche a pris une tout autre dimension.
Aujourd'hui, plus de 4 000 usines dans le monde utilisent la plateforme Vention, parmi lesquelles des géants comme Boeing, L'Oréal ou Lockheed Martin. Preuve que le modèle séduit aussi bien les grands groupes que les PME industrielles.
Physical AI : l'intelligence au cœur du mouvement
Le vrai différenciateur de Vention réside dans ce qu'elle appelle le physical AI. Contrairement à l'IA conversationnelle ou générative purement logicielle, ici l'intelligence artificielle s'applique directement au monde physique : perception des environnements, planification de mouvements complexes, coordination de flottes de robots.
Concrètement, un ingénieur peut désormais décrire en langage naturel le résultat attendu (« je veux que ce robot trie ces pièces selon leur couleur et les place dans des bacs ») et la plateforme génère automatiquement la conception, les trajectoires, les séquences de sécurité et même les adaptations en temps réel face à des imprévus.
Cette avancée majeure supprime presque totalement le besoin de coder manuellement les comportements robotiques, un frein historique à l'adoption massive de la robotique industrielle.
Un tour de table prestigieux et stratégique
La Série D a été menée par Investissement Québec, fidèle soutien des pépites locales. Mais ce qui frappe surtout, c'est l'entrée de Nvidia via sa branche venture. Le leader mondial des GPU et de l'accélération IA pour l'entraînement des modèles ne s'engage pas à la légère dans une startup.
Parmi les autres participants : Desjardins Capital et l'investisseur historique Fidelity Investments Canada. Ce consortium démontre la confiance que suscite le modèle économique et technologique de Vention.
Avec ce nouvel apport, le total des fonds levés dépasse désormais les 300 millions CAD depuis la création. Une trajectoire rare pour une entreprise deep tech canadienne hors des licornes les plus médiatisées.
Cap sur l'Europe et l'accélération R&D
Les fonds serviront principalement à trois axes stratégiques :
- Accélérer massivement la recherche en physical AI (nouveaux algorithmes de perception, apprentissage par renforcement appliqué aux environnements industriels, simulation ultra-réaliste)
- Enrichir continuellement la plateforme logicielle avec de nouvelles fonctionnalités collaboratives et d'IA générative
- Renforcer la présence européenne, notamment via le bureau allemand déjà bien implanté, pour capter une part croissante du marché manufacturier du Vieux Continent
L'Europe représente actuellement environ 20 % de la clientèle de Vention, contre 70 % pour les États-Unis et 10 % pour le Canada. Le potentiel de croissance sur ce marché reste donc très important.
Le retard canadien en robotisation industrielle
Le contexte canadien reste paradoxal. Alors que le pays brille dans plusieurs domaines technologiques de pointe, l'adoption de la robotique industrielle patine, surtout chez les PME. Selon Statistique Canada, seulement 8,4 % des entreprises manufacturières utilisaient des robots en 2022.
Pourtant, celles qui ont franchi le pas affichent des gains de productivité significatifs et contribuent davantage à l'emploi et au chiffre d'affaires. Vention arrive donc à un moment charnière pour aider le tissu industriel canadien à rattraper son retard.
Une concurrence qui s'intensifie
Si Vention se positionne en leader sur le créneau de l'automatisation sans code pour PME et ETI, d'autres acteurs canadiens développent des approches complémentaires dans le domaine du physical AI :
- Waabi à Toronto, qui applique une IA de nouvelle génération au camion autonome
- Xaba, également torontoise, spécialisée dans la programmation cognitive de robots industriels
Cette émulation est plutôt positive : elle prouve que le Canada possède un écosystème de plus en plus mature sur les technologies d'IA physique et d'automatisation intelligente.
Perspectives : vers la standardisation mondiale ?
En atteignant 100 millions CAD de revenu annuel récurrent fin 2025, Vention a franchi un cap symbolique très fort pour une entreprise B2B industrielle. Ce niveau d'ARR démontre la récurrence et la scalabilité du modèle SaaS + hardware.
Avec les fonds frais, l'entreprise compte doubler la mise sur l'innovation et l'expansion géographique. Si elle parvient à ses fins, Vention pourrait bien devenir l'Apple de l'automatisation modulaire et intelligente, avec un écosystème fermé mais extrêmement fluide entre logiciel, composants et services.
Dans un monde où la relocalisation industrielle, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et la transition vers l'Industrie 5.0 s'accélèrent, une plateforme comme celle de Vention répond à des besoins criants. Reste à voir si elle saura transformer cet élan financier en domination durable du marché.
Une chose est sûre : Montréal confirme, une fois de plus, sa place de hub incontournable pour les technologies deep tech à fort impact industriel. Et Vention en est aujourd'hui l'un des plus beaux porte-étendards.