Marissa Mayer Lance Dazzle et Lève 8 Millions
Imaginez une femme qui a façonné l’expérience de milliards d’internautes avec Google Search et Google Maps, qui a ensuite pris les rênes d’un géant vacillant nommé Yahoo, et qui, après plusieurs années plus discrètes, revient aujourd’hui avec un projet qui pourrait bien redéfinir notre rapport quotidien à l’intelligence artificielle. C’est exactement ce que Marissa Mayer est en train de faire avec Dazzle, sa nouvelle startup qui vient de boucler un tour de table de 8 millions de dollars.
Le nom peut encore sembler mystérieux, le produit reste sous le voile du secret, mais les investisseurs les plus pointus du monde consumer ne s’y sont pas trompés. Kirsten Green, la fondatrice de Forerunner Ventures — celle qui a repéré très tôt Warby Parker, Dollar Shave Club ou Chime — a mené ce seed round à une valorisation de 35 millions de dollars. Un signal fort dans un écosystème où la crédibilité se gagne parfois plus par les noms autour de la table que par les lignes de code déjà écrites.
Un come-back sous le signe de l’IA personnelle
Marissa Mayer ne cache pas son ambition : elle veut construire quelque chose d’aussi transformateur que ce qu’elle a connu chez Google ou même chez Yahoo à ses plus belles heures. Après avoir passé six années sur Sunshine — un projet qui n’a jamais vraiment décollé —, elle a décidé de tourner la page pour se lancer dans un domaine bien plus vaste : les assistants personnels dopés à l’IA générative.
« Nous avons commencé à prototyper Dazzle l’été dernier et très vite, l’équipe a réalisé que c’était bien plus excitant et bien plus impactant que ce que nous faisions auparavant », explique-t-elle dans une rare interview accordée à TechCrunch. Ces mots traduisent un virage stratégique clair : passer des outils de gestion de contacts et de photos à une ambition beaucoup plus globale.
« J’ai eu le privilège rare d’être dans deux entreprises qui ont vraiment changé la manière dont les gens font les choses. Je veux construire à nouveau un produit de cet impact. »
– Marissa Mayer
Cette déclaration résonne d’autant plus qu’elle vient d’une personne qui a littéralement dessiné l’interface de Google à ses débuts, supervisé l’émergence de Maps et d’AdWords, puis tenté — sans grand succès — de redresser Yahoo. Aujourd’hui, elle mise sur l’IA grand public, un secteur qu’elle considère comme le prochain grand tournant après la vague entreprise.
Sunshine, le projet qui n’a pas convaincu
Avant Dazzle, il y avait Sunshine, initialement baptisé Lumi Labs. Lancée en 2018, l’entreprise proposait d’abord Sunshine Contacts, une application payante de gestion de carnet d’adresses enrichi automatiquement à partir de bases publiques. Le concept partait d’une bonne intention — désencombrer et actualiser ses contacts —, mais la méthode a rapidement suscité la polémique.
Les défenseurs de la vie privée ont dénoncé l’utilisation de données personnelles extraites sans consentement explicite. Malgré 20 millions de dollars levés auprès de fonds réputés (Felicis, Norwest, Unusual Ventures), l’application n’a jamais réussi à passer le cap de la croissance significative. En 2024, une tentative de diversification avec un outil de partage photo IA nommé « Shine » n’a pas non plus inversé la tendance.
Marissa Mayer elle-même reconnaît aujourd’hui les limites du projet :
« Les problèmes que nous traitions étaient trop terre-à-terre, pas assez ambitieux. Et je ne pense pas que nous ayons atteint le niveau de finition et d’accessibilité que j’espérais. »
Lors de la fermeture de Sunshine, les investisseurs historiques ont reçu 10 % du capital de la nouvelle entité Dazzle — une manière élégante de boucler la boucle tout en passant à autre chose.
Pourquoi Kirsten Green parie sur Dazzle
Dans un marché où les levées seed se font désormais souvent sur des promesses technologiques très abstraites, obtenir Kirsten Green comme lead investor représente bien plus qu’un chèque. La VC est connue pour son flair exceptionnel dans le consumer. Elle repère les marques qui deviennent culturelles bien avant tout le monde.
Elle l’avait d’ailleurs confié récemment : si l’IA entreprise a pris le lead ces dernières années, l’IA grand public est le « late bloomer » qui s’apprête à exploser. Miser sur Marissa Mayer pour incarner cette vague n’a donc rien d’anodin. La combinaison d’une fondatrice au CV exceptionnel et d’une investisseuse au palmarès impressionnant donne à Dazzle une légitimité immédiate.
- Forerunner Ventures (lead)
- Kleiner Perkins
- Greycroft
- Offline Ventures
- Slow Ventures
- Bling Capital
Ce casting illustre parfaitement la confiance placée dans la vision de Mayer pour les prochains mois.
Qu’attendre de Dazzle ?
Pour l’instant, le secret reste bien gardé. Marissa Mayer parle d’un « next-generation AI personal assistant », mais sans entrer dans les détails fonctionnels. On peut toutefois émettre quelques hypothèses éclairées au vu du parcours de la fondatrice et du timing actuel du marché.
Les assistants actuels (Siri, Google Assistant, Alexa) restent majoritairement réactifs. Ils répondent à des commandes vocales ou textuelles, mais peinent encore à anticiper les besoins, à faire le lien entre nos différents contextes de vie (agenda, mails, photos, messages, achats) de manière vraiment fluide et proactive. Dazzle pourrait chercher à combler ce fossé en proposant une IA qui agit davantage comme un véritable bras droit numérique.
Quelques pistes probables :
- Une compréhension contextuelle profonde de la vie de l’utilisateur
- Une intégration multimodale (texte, voix, vision peut-être)
- Une forte personnalisation grâce à l’historique personnel
- Une interface ultra-intuitive, fruit de l’expérience Google/Mayer
Le produit devrait sortir de stealth début 2026. D’ici là, chaque prise de parole de Marissa Mayer sera scrutée.
Un parcours qui inspire et interroge
Marissa Mayer reste l’une des figures les plus polarisantes de la tech. Adulée pour son rôle chez Google, critiquée pour son passage chez Yahoo, elle incarne à elle seule les espoirs et les désillusions de toute une génération d’entrepreneurs. Son retour avec un projet d’IA personnelle arrive à un moment charnière : le grand public commence tout juste à réaliser le potentiel des modèles génératifs pour sa vie quotidienne.
Si Dazzle parvient à transformer cette promesse en produit désirable et différencié, elle pourrait bien signer le come-back le plus spectaculaire de la décennie. Dans le cas contraire, le récit de l’« ex-génie qui n’a plus le niveau » risque de s’amplifier.
Mais une chose est sûre : avec 8 millions en poche, une dream team d’investisseurs et une fondatrice qui connaît mieux que quiconque les attentes des utilisateurs en matière d’interface et d’expérience, Dazzle a tous les ingrédients pour marquer les esprits.
Reste maintenant à découvrir ce que cache vraiment ce nom énigmatique. Et à voir si Marissa Mayer peut, une troisième fois, redéfinir notre manière d’interagir avec la technologie.
À suivre de très près en 2026.