MDA Space Visée par un Recours Collectif
Imaginez : une entreprise canadienne de technologie spatiale décroche le contrat de sa vie, un deal à 1,8 milliard de dollars qui fait grimper son action en flèche. Quelques semaines plus tard, tout s’effondre. Le cours plonge, les investisseurs s’interrogent, et une procédure judiciaire d’envergure se met en place. C’est l’histoire récente de MDA Space, un acteur majeur du secteur spatial au Canada, aujourd’hui au cœur d’un recours collectif qui pourrait coûter cher.
Quand un rêve spatial tourne au cauchemar judiciaire
En août 2025, l’annonce tombe comme un coup de tonnerre dans le milieu technologique canadien. MDA Space, basée à Brampton en Ontario, est choisie comme maître d’œuvre principal pour construire plus de 100 satellites destinés à une nouvelle constellation pour EchoStar, géant américain des télécommunications. Le montant ? 1,8 milliard de dollars canadiens. De quoi propulser l’entreprise vers de nouveaux sommets et faire rêver les actionnaires.
Mais ce conte de fées spatial ne dure que quelques semaines. Dès septembre, EchoStar met brutalement fin au contrat. La raison officielle ? Un « changement soudain » dans la stratégie de l’entreprise américaine. La vraie raison, selon plusieurs observateurs : la vente des licences de spectre sans fil d’EchoStar à SpaceX, la société d’Elon Musk. Ce transfert fait suite à une longue bataille réglementaire avec la FCC, le régulateur américain des communications.
Les investisseurs s’estiment floués
Deux actionnaires individuels, l’un en Colombie-Britannique et l’autre au Québec, ont décidé de ne pas en rester là. Avec l’aide du cabinet torontois Sotos, ils ont déposé une requête en recours collectif devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario. Leur objectif : représenter tous ceux qui ont acheté des actions MDA Space entre l’annonce triomphale du contrat et son annulation soudaine.
Le montant réclamé ? Jusqu’à 340 millions de dollars, plus les frais de justice. Les plaignants reprochent à MDA et à ses dirigeants d’avoir minimisé voire caché les risques réglementaires qui pesaient sur EchoStar. Selon eux, l’entreprise canadienne connaissait parfaitement la situation précaire de son client américain, mais a préféré présenter le contrat comme quasi-certain.
Lors de l’appel aux résultats d’août, le PDG a qualifié le risque réglementaire de « très, très faible ».
– Extrait de la plainte déposée
Cette déclaration, selon les plaignants, aurait contribué à maintenir artificiellement élevé le cours de l’action pendant plusieurs semaines, permettant à certains initiés de réaliser de confortables plus-values.
Des ventes d’actions au moment parfait ?
L’un des points les plus sensibles de la plainte concerne les transactions réalisées par les dirigeants. Pendant le mois d’août 2025, alors que l’action atteignait des sommets historiques autour de 44 $ CA, plusieurs initiés – dont le PDG Mike Greenley – auraient vendu des dizaines de millions de dollars d’actions.
Le timing pose question : ces ventes sont intervenues alors que, d’après les plaignants, les dirigeants avaient connaissance des nuages réglementaires qui planaient sur EchoStar. Lorsque le contrat a été officiellement annulé, l’action a perdu plus de 25 % en quelques jours, tombant sous la barre des 31 $.
- Pic historique : environ 44 $ CA en août 2025
- Chute post-annulation : jusqu’à ~31 $ CA
- Ventes d’initiés alléguées : plusieurs dizaines de millions $ CA
Pour les investisseurs qui ont acheté au sommet, la perte sèche est significative. C’est précisément ce groupe que le recours collectif cherche à défendre.
La réponse de MDA Space
Interrogé lors de la conférence sur les résultats du troisième trimestre, le PDG Mike Greenley n’a pas mâché ses mots :
MDA Space croit que ces allégations sont sans fondement et a l’intention de se défendre vigoureusement.
– Mike Greenley, PDG de MDA Space
La direction maintient que toutes les informations pertinentes ont été communiquées en temps utile et que les risques ont été correctement évalués et présentés. Dans un communiqué transmis à la presse, l’entreprise réitère que les prétentions sont « infondées » et qu’elle défendra ses intérêts et ceux de ses dirigeants nommés dans la procédure.
Un impact limité sur le long terme ?
Malgré la perte du contrat EchoStar, les résultats financiers du troisième trimestre 2025 ont surpris positivement : une croissance de 45 % du chiffre d’affaires sur un an. MDA Space a également multiplié les annonces positives ces derniers mois :
- Premier contrat octroyé par la nouvelle Agence canadienne des investissements en défense
- Entente potentielle avec le Département de la Défense américain pour le projet « Golden Dome » de bouclier antimissile
- Positionnement renforcé dans les technologies duales (civil / militaire)
Fin janvier 2026, l’action MDA Space s’échangeait autour de 38,37 $ CA sur le TSX, niveau très proche de celui d’avant l’annonce du contrat EchoStar. Ce retour rapide vers les niveaux antérieurs suggère que le marché a déjà largement digéré l’événement.
Le secteur spatial canadien sous surveillance
Cette affaire rappelle que le secteur spatial, malgré son image futuriste et innovante, reste soumis aux mêmes règles que les autres industries : transparence, gouvernance et gestion rigoureuse des risques. Au Canada, où l’industrie spatiale est relativement concentrée autour de quelques acteurs majeurs, ce type de litige attire particulièrement l’attention.
Les investisseurs institutionnels et particuliers suivent de près l’évolution de cette affaire. Si le recours est certifié, il pourrait devenir l’un des plus importants de ces dernières années dans le secteur technologique canadien. Dans le cas contraire, il servira surtout de rappel que même les plus belles annonces commerciales comportent toujours une part d’incertitude.
Quelles leçons pour les startups deep tech ?
Pour les jeunes pousses du spatial et des technologies avancées, l’histoire de MDA Space est riche d’enseignements :
- La taille du contrat n’est pas synonyme de certitude
- Les risques réglementaires étrangers doivent être explicitement communiqués
- Les ventes d’initiés pendant une période de forte valorisation attirent immanquablement l’attention
- Une bonne gestion de crise et des relais commerciaux diversifiés limitent les dégâts
MDA Space n’a pas disparu des radars. Au contraire, l’entreprise semble avoir rebondi rapidement grâce à d’autres contrats majeurs. Reste à savoir si ce recours collectif laissera des traces durables dans sa réputation auprès des investisseurs ou s’il sera finalement classé comme un simple soubresaut dans une trajectoire globalement ascendante.
Une chose est sûre : dans l’univers impitoyable du NewSpace, même les joueurs établis doivent naviguer avec prudence entre ambition démesurée et transparence exigée par les marchés.
À suivre de près dans les prochains mois.