Y Combinator Exclut le Canada : Pourquoi ?

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février 2, 2026

Y Combinator Exclut le Canada : Pourquoi ?

Imaginez : vous êtes un fondateur canadien, vous avez peaufiné votre pitch pendant des mois, votre produit commence à montrer des signes très prometteurs, et soudain, une des portes les plus prestigieuses du monde des startups se ferme devant vous. Pas à cause de la qualité de votre idée, mais simplement à cause de l’adresse de votre siège social. C’est exactement ce qui vient de se produire avec Y Combinator.

En janvier 2026, une modification discrète dans les conditions d’investissement de YC a provoqué une onde de choc dans tout l’écosystème technologique canadien. Désormais, les startups domiciliées au Canada ne sont plus éligibles au programme phare de l’accélérateur le plus influent de la planète. Pourquoi une telle décision ? Et surtout, quelles conséquences pour l’avenir des entrepreneurs d’ici ?

La fin d’une époque pour les startups canadiennes chez YC

Depuis plus de quinze ans, des centaines de fondateurs canadiens ont passé par Y Combinator. Des noms comme Slack (dont les racines canadiennes sont souvent oubliées), Reddit (co-fondé par un Canadien), ou encore des succès plus récents comme 1Password ou ApplyBoard ont tous bénéficié du cachet, du réseau et des capitaux de YC. Cette porte d’entrée vers la Silicon Valley semblait presque naturelle pour les meilleurs talents du pays.

Mais en 2026, tout a changé. Garry Tan, lui-même d’origine canadienne et actuel PDG de Y Combinator, l’a expliqué sans détour : « l’endroit où vous êtes incorporé augmente votre accès au capital ». Une phrase simple, mais lourde de sens.

Là où vous êtes incorporé augmente votre accès au capital.

– Garry Tan, PDG de Y Combinator

Derrière cette déclaration se cache une réalité que beaucoup refusent encore d’admettre : pour la majorité des investisseurs américains institutionnels, une société incorporée au Canada représente un frein. Fiscalité complexe, juridiction étrangère, difficultés de sortie (IPO ou acquisition), tout cela crée des frictions que les fonds préfèrent éviter, surtout au stade très précoce.

Les vraies raisons derrière la décision de YC

Contrairement à ce que certains ont voulu voir (une décision politique ou un désamour soudain pour le Canada), la modification semble avant tout pragmatique. YC cherche à maximiser le taux de succès de ses portefeuilles. Or, les données internes montrent probablement que les startups incorporées aux États-Unis lèvent plus facilement les tours suivants, atteignent plus rapidement des valorisations élevées et sortent plus souvent.

John Ruffolo, figure respectée du capital-risque canadien et fondateur de Maverix Private Equity, l’explique sans langue de bois : les investisseurs américains veulent minimiser les frictions. Et incorporer une startup au Canada en crée beaucoup, même si l’équipe est brillante et le produit exceptionnel.

Quelques obstacles concrets cités régulièrement :

  • Complexité fiscale pour les investisseurs américains (PFIC rules, withholding taxes)
  • Difficultés lors des due diligence juridiques transfrontalières
  • Moins de liquidité pour les parts lors des secondary sales
  • Perceptions de risque accru liées à une juridiction différente

Ces éléments, pris isolément, peuvent paraître mineurs. Cumulés, ils font pencher la balance pour beaucoup de fonds.

Le dilemme des fondateurs : rester ou partir ?

Face à cette nouvelle réalité, les fondateurs canadiens se retrouvent devant un choix cornélien :

  • Rester incorporés au Canada : conserver les avantages fiscaux locaux (RS&DE, crédits d’impôt), rester proches des talents et de l’écosystème local, mais fermer la porte à YC et probablement à une partie significative du capital américain early-stage.
  • S’incorporer aux États-Unis (souvent Delaware C-Corp) : maximiser ses chances d’entrer dans YC, attirer plus facilement les VC de la Silicon Valley, mais perdre certains avantages fiscaux canadiens et devoir gérer une structure plus complexe dès le départ.

De plus en plus de fondateurs font aujourd’hui le deuxième choix dès les premiers mois, parfois même avant d’avoir levé le moindre dollar. Une tendance qui s’accélère depuis plusieurs années, et que la décision de YC ne fait qu’amplifier.

Un signal fort pour tout l’écosystème canadien

Si YC n’est qu’un accélérateur parmi d’autres, son influence reste symbolique et concrète à la fois. Quand l’acteur le plus prestigieux du monde dit publiquement que le domicile canadien est un handicap, cela légitime ce que beaucoup murmuraient déjà dans les coulisses.

Les conséquences possibles à moyen terme sont multiples :

  • Accélération des incorporations aux États-Unis dès la création
  • Perte progressive de contrôle sur les sièges sociaux (et donc sur les emplois à haute valeur ajoutée)
  • Difficulté croissante pour les fonds canadiens de conserver leurs meilleurs deals
  • Risque de voir l’écosystème se vider de ses licornes potentielles

Mais tout n’est pas noir. Certains y voient aussi une opportunité de réveil. Si le Canada veut vraiment rivaliser avec les États-Unis, il devra peut-être revoir en profondeur sa fiscalité des investissements, simplifier les structures juridiques et créer un environnement plus attractif pour le capital international.

Et maintenant ? Vers une réponse canadienne ?

La balle est dans le camp des décideurs politiques, des investisseurs locaux et des grands acteurs institutionnels canadiens. Plusieurs pistes reviennent souvent dans les discussions :

  • Création d’un véhicule d’investissement transfrontalier simplifié
  • Harmonisation fiscale plus avantageuse pour les VC étrangers
  • Programme national incitatif pour garder les sociétés incorporées ici
  • Développement massif de fonds de croissance canadiens capables de suivre jusqu’au stade late-stage

Sans une réponse forte et coordonnée, le risque est grand de voir le Canada devenir progressivement un vivier de talents et d’idées… mais plus le lieu où ces idées deviennent des empires technologiques.

La décision de Y Combinator n’est pas une attaque contre le Canada. C’est un miroir tendu à l’écosystème. À nous maintenant de décider si nous aimons ce que nous y voyons, et surtout, si nous sommes prêts à changer les choses.

Le futur de la tech canadienne ne se jouera pas uniquement à Mountain View ou à San Francisco. Mais il se décidera peut-être en partie là-bas… tant que nous n’aurons pas construit ici un environnement suffisamment compétitif pour retenir nos propres champions.

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