OpenText Cède Vertica pour 150 M$ et Allège sa Dette
Imaginez un géant de la tech canadien, longtemps habitué à tout faire lui-même, qui décide soudain de se délester d’une partie de son empire. Ce n’est pas une simple opération financière : c’est un signal clair que l’époque où l’on gardait tout sous le même toit est révolue. En cédant Vertica, sa base de données analytique historique, OpenText vient de marquer une nouvelle étape dans sa transformation profonde.
Un virage stratégique majeur pour OpenText
Le 2 février 2026, OpenText a officialisé la vente de Vertica à l’américain Rocket Software pour un montant de 150 millions de dollars américains (environ 205 millions CAD). Cette transaction, conclue en trésorerie, intervient seulement quelques semaines après la cession d’eDOCS à NetDocuments. Deux actifs non stratégiques vendus en moins de cinq mois : le message est limpide.
Le groupe basé à Waterloo ne cherche plus à être un conglomérat de solutions disparates. Il veut devenir un leader incontesté de l’information management dopée à l’IA. Et pour cela, il accepte de faire le tri, même si cela signifie se séparer de technologies autrefois considérées comme des joyaux technologiques.
Vertica : une technologie puissante mais devenue périphérique
Lancée à l’origine comme une base de données colonnaire ultra-performante, Vertica permettait d’exécuter des requêtes analytiques sur des volumes massifs en un temps record. Capable de traiter des pétaoctets de données en quelques secondes, elle incarnait ce que l’on appelait à l’époque le « big data analytique nouvelle génération ».
Malgré ses qualités techniques indéniables, Vertica n’était plus au cœur de la stratégie actuelle d’OpenText. Avec environ 80 millions USD de revenus annuels sur l’exercice clos en juin 2025, elle représentait une part relativement modeste du chiffre d’affaires global du groupe, mais surtout elle ne s’inscrivait plus pleinement dans la vision « AI-first » que pousse la nouvelle direction.
Nous nous concentrons désormais sur les solutions d’information management qui intègrent nativement l’intelligence artificielle et qui apportent le plus de valeur à nos clients dans un monde dominé par l’IA.
– Extrait du communiqué officiel d’OpenText
Cette phrase résume à elle seule la philosophie qui guide désormais les choix de l’entreprise. Vertica, aussi performante soit-elle, restait une technologie avant tout orientée data warehouse analytique traditionnelle. Elle ne faisait pas partie du narratif central de l’IA générative et des agents autonomes que OpenText développe activement depuis deux ans.
Une dette importante à réduire rapidement
Derrière cette opération se cache une réalité financière bien concrète : la dette. Comme beaucoup d’entreprises qui ont réalisé de grosses acquisitions ces dernières années, OpenText a vu son endettement grimper. Les rachats successifs de sociétés (Carbonite, Micro Focus et d’autres) ont permis d’étoffer le portefeuille, mais ont aussi pesé lourdement sur le bilan.
En vendant des actifs jugés non essentiels, l’entreprise récupère des liquidités précieuses pour rembourser ses créanciers plus rapidement et améliorer ses ratios financiers. La cession d’eDOCS avait déjà permis de rembourser une partie significative ; celle de Vertica renforce cette stratégie de d désendettement actif.
- Vente eDOCS → 163 M$ USD en janvier 2026
- Vente Vertica → 150 M$ USD en février 2026
- Objectif : réduction rapide du levier financier
Cette approche pragmatique contraste avec la stratégie de croissance tous azimuts qui prévalait il y a encore quelques années. Elle montre aussi que la nouvelle gouvernance n’hésite pas à trancher dans le vif quand c’est nécessaire.
Changement de direction et nouvelle vision
Le départ de Mark Barrenechea en août 2025 avait surpris beaucoup d’observateurs. Après plus de vingt ans à la tête d’OpenText, celui qui avait transformé une petite société de gestion de contenu en un acteur mondial majeur laissait sa place dans un contexte de pression croissante sur les marges et sur la valorisation boursière.
Quelques mois plus tard, c’est Ayman Antoun, ancien président d’IBM Americas, qui a été nommé PDG permanent. Il prendra officiellement ses fonctions le 20 avril 2026. Son arrivée est perçue comme un signal fort : OpenText veut accélérer sa transition vers des solutions plus modernes, plus orientées IA et davantage tournées vers les grands comptes et les marchés à forte croissance.
Antoun connaît parfaitement le monde de l’entreprise et les attentes des grands clients. Il arrive avec une réputation d’exécutant rigoureux et d’homme de résultats. Son rôle consistera notamment à faire le lien entre la vision technologique et les impératifs financiers.
Que devient Vertica sous Rocket Software ?
Rocket Software n’est pas un inconnu dans le paysage des infrastructures logicielles d’entreprise. Spécialisée dans les solutions mainframe, les bases de données et les outils de productivité, la société américaine a fait de l’intégration et de la modernisation de technologies « legacy » l’une de ses forces.
Vertica représente pour Rocket une opportunité intéressante : une technologie analytique moderne et performante qui viendra compléter son portefeuille. Les clients actuels de Vertica devraient donc continuer à bénéficier d’un support et d’évolutions futures, mais cette fois sous une marque différente et avec une feuille de route potentiellement revue.
Du côté des équipes, OpenText n’a pas encore communiqué le nombre exact de personnes concernées par la transaction. Il est probable que la majorité des ingénieurs et des commerciaux attachés à Vertica rejoignent Rocket Software, ce qui limiterait l’impact social au Canada.
Quel avenir pour OpenText après ces cessions ?
En se séparant de ces deux actifs, OpenText libère des ressources (financières et managériales) pour se concentrer sur ce qu’elle considère comme ses vrais différenciateurs : les plateformes d’information management augmentées par l’IA, les agents intelligents, la cybersécurité des contenus et les solutions cloud d’entreprise.
Le marché reste très concurrentiel. IBM, Microsoft (avec Synapse et Fabric), Snowflake, Databricks et Google Cloud proposent tous des alternatives puissantes dans l’analytique et l’IA. OpenText devra démontrer qu’elle peut apporter une valeur unique, notamment autour de la gouvernance des données non structurées et de l’IA appliquée aux processus métier.
Si la stratégie fonctionne, le groupe pourrait regagner la confiance des investisseurs et améliorer significativement sa valorisation. Dans le cas contraire, la pression pour de nouvelles cessions ou une consolidation plus importante pourrait augmenter.
Un signal fort pour l’écosystème tech canadien
Au-delà du cas OpenText, cette opération illustre une tendance plus large : les grandes entreprises technologiques canadiennes sont en pleine phase de réinvention. Confrontées à une concurrence mondiale acharnée et à des marchés financiers plus exigeants, elles doivent faire des choix clairs.
Vendre des activités rentables mais non stratégiques pour investir massivement dans l’IA n’est plus une exception : c’est devenu une nécessité pour beaucoup d’acteurs historiques. La question n’est plus de savoir si l’on doit se transformer, mais à quelle vitesse et avec quelle audace.
OpenText, en se séparant de Vertica, montre qu’elle a choisi son camp : celui de l’intelligence artificielle appliquée à la gestion de l’information d’entreprise. Reste maintenant à transformer cette ambition en résultats concrets et en croissance durable. Les prochains trimestres seront décisifs.
Et vous, que pensez-vous de cette stratégie de recentrage ? Les géants canadiens doivent-ils aller encore plus loin dans la simplification de leur portefeuille ?