Canada Révèle Résultats Consultation IA 2026
Imaginez des milliers de Canadiens prenant la parole pendant un mois entier pour façonner l’avenir de l’intelligence artificielle dans leur pays. C’est exactement ce qui s’est produit à l’automne 2025, lorsque le gouvernement fédéral a lancé une consultation massive sur le sujet. Aujourd’hui, les premiers résultats officiels sont tombés, et ils dessinent les contours d’une stratégie nationale ambitieuse… mais pas sans zones d’ombre.
Une mobilisation record pour définir l’IA de demain
Plus de 11 000 soumissions publiques, 32 rapports issus d’un groupe de travail dédié, près de 300 documents complémentaires : les chiffres sont impressionnants. Le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique (ISED) a dû gérer un volume exceptionnel de contributions pour alimenter la nouvelle stratégie IA du Canada. Initialement prévue pour fin 2025, la publication a été repoussée à 2026, le temps de digérer cette avalanche d’avis.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ampleur de la participation citoyenne. Jamais une consultation sur l’intelligence artificielle n’avait généré autant d’intérêt au Canada. Entre les experts, les entreprises, les universitaires et les simples citoyens, chacun a voulu faire entendre sa voix sur un sujet qui touche désormais presque tous les aspects de nos vies.
L’IA au service de l’analyse des contributions
Pour traiter un tel volume de données en un temps raisonnable, le gouvernement n’a pas hésité : il a mobilisé… l’intelligence artificielle elle-même. Un pipeline interne sophistiqué a été déployé, combinant plusieurs grands modèles de langage parmi les plus performants du moment.
Cohere Command A (un modèle canadien), GPT-5 nano d’OpenAI, Claude Haiku d’Anthropic et Gemini Flash de Google ont travaillé de concert pour nettoyer, classer et extraire les thèmes principaux des réponses. L’objectif affiché ? Atteindre au moins 90 % de précision dans la catégorisation grâce à un contrôle humain régulier.
Cette approche hybride a permis de transformer plus de 64 000 réponses brutes en un ensemble structuré de tendances et de recommandations. Une prouesse technique qui pose toutefois une question légitime : jusqu’où peut-on déléguer à l’IA l’interprétation de la voix citoyenne ?
Le diagnostic est souvent remarquablement cohérent, mais les remèdes proposés divergent fortement.
– Jaxson Khan, PDG d’Aperture AI
Les grands thèmes qui émergent
Malgré les critiques sur la transparence de la méthode, les grandes lignes dégagées par le rapport semblent faire consensus. Voici les points qui reviennent le plus souvent :
- Attirer, retenir et former les meilleurs talents en IA constitue une priorité absolue pour la majorité des répondants.
- Le Canada doit absolument développer sa propre infrastructure souveraine de calcul et de données.
- Passer rapidement des projets pilotes à des déploiements à grande échelle dans l’industrie et l’administration publique.
- Améliorer l’accès au capital, aux marchés publics et aux partenariats stratégiques pour les entreprises canadiennes.
- Renforcer la confiance du public grâce à une régulation éthique et transparente.
Ces axes s’articulent autour des huit piliers définis dès le départ par ISED : recherche et talents, adoption industrielle et gouvernementale, commercialisation, investissement, IA sécuritaire, éducation, infrastructures et sécurité nationale.
Les craintes exprimées par les Canadiens
Si l’enthousiasme pour le potentiel économique de l’IA est palpable, les inquiétudes ne sont pas en reste. Plusieurs risques reviennent fréquemment dans les soumissions :
- Les dangers d’un déploiement précipité de technologies encore immatures, notamment le generative AI.
- L’impact environnemental des data centers et de la consommation énergétique massive.
- Les atteintes possibles à la vie privée et aux données personnelles.
- La menace de pertes d’emplois massives dans plusieurs secteurs.
- La perte de contrôle sur les œuvres créatives, particulièrement préoccupante pour les artistes et les communautés autochtones.
Beaucoup appellent à un renforcement des lois sur la propriété intellectuelle, à des mécanismes de consentement explicite et à une rémunération équitable des créateurs dont les œuvres servent à entraîner les modèles.
Qui a réellement répondu à la consultation ?
Les données démographiques partielles publiées par ISED permettent de mieux cerner le profil des participants. Parmi ceux qui ont partagé leur secteur d’activité :
- Plus du tiers travaillent dans l’IT, la technologie ou la cybersécurité.
- 20 % proviennent des services professionnels, scientifiques et techniques.
- 15 % représentent les arts, le divertissement et la culture.
- 13 % viennent du milieu académique.
Côté âge, la tranche 35-44 ans domine légèrement. Ce profil plutôt jeune et tech-savvy pourrait expliquer l’accent mis sur le développement des talents et l’accélération de l’adoption industrielle.
Des critiques sur la transparence et l’équilibre
Tous les observateurs ne sont pas convaincus par la présentation des résultats. Le rapport reste très synthétique et évite soigneusement de chiffrer la proportion exacte de répondants derrière chaque grande tendance. Impossible donc de savoir si une idée est portée par 10 % ou 70 % des participants.
Certains pointent également la composition du groupe de travail : trop d’acteurs industriels selon les détracteurs. Une lettre ouverte a même dénoncé le calendrier trop serré et lancé une consultation citoyenne parallèle, toujours en cours à l’heure où ces lignes sont écrites.
Vers une stratégie équilibrée ou un choix stratégique clivant ?
Le vrai défi pour Ottawa sera de concilier des visions parfois opposées. Faut-il miser sur quelques champions nationaux ou construire un écosystème large et résilient ? Privilégier la vitesse pour ne pas se faire distancer par les États-Unis et la Chine, ou prendre le temps de bâtir une IA de confiance ?
Ces tensions, bien identifiées par plusieurs contributeurs, montrent que le chemin reste long avant d’aboutir à une stratégie réellement consensuelle et opérationnelle.
Le Canada se trouve à un moment charnière. Avec des acteurs comme Cohere qui rayonnent à l’international et une communauté de recherche de haut niveau, le pays dispose d’atouts majeurs. Reste à transformer ces forces en leadership mondial tout en répondant aux légitimes préoccupations de ses citoyens.
La publication de ces conclusions n’est que la première étape. Les prochains mois diront si le gouvernement saura écouter vraiment toutes les voix et bâtir une stratégie à la hauteur des attentes – et des défis – de 2026 et au-delà.
Et vous, avez-vous participé à cette consultation ? Qu’attendez-vous de la future stratégie canadienne en matière d’intelligence artificielle ?