BDC Relance son Fonds Life Sciences Après un Retrait Trop Précoce
Imaginez un instant : un pays qui excelle dans la recherche médicale de pointe, mais qui peine à transformer ses découvertes en entreprises florissantes faute de financement adapté. C’est la réalité que vit actuellement le Canada dans le domaine des sciences de la vie. Et c’est précisément cette situation que la Banque de développement du Canada (BDC) souhaite aujourd’hui corriger avec force.
Un mea culpa assumé et un retour stratégique
Lors du sommet Health Innovation de Medteq+ à Montréal, le 4 février 2026, Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la BDC, n’a pas mâché ses mots. Elle a reconnu publiquement que la banque avait quitté le secteur des technologies médicales trop tôt et trop rapidement après le succès de son premier fonds dédié.
« Il y a encore un rôle important pour nous à jouer dans ce secteur et, probablement, nous sommes sortis trop vite, trop tôt », a-t-elle déclaré devant un parterre de dirigeants et d’entrepreneurs du milieu de la santé. Cette phrase, prononcée avec une rare franchise pour une haute dirigeante d’institution publique, marque un tournant.
Il y a encore un rôle pour nous à jouer dans ce secteur et, probablement, nous avons quitté trop vite, trop tôt.
– Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la BDC
Ce constat n’est pas anodin. Après avoir lancé en 2013 son Healthcare Venture Fund doté de 270 millions de dollars, la BDC avait vu plusieurs de ses paris les plus audacieux porter leurs fruits. Des sociétés comme Circle Cardiovascular Imaging ou Zymeworks avaient connu des trajectoires impressionnantes. En 2019, le fonds avait été externalisé pour devenir Amplitude Ventures, une firme indépendante toujours soutenue par la BDC comme investisseur principal. À l’époque, beaucoup pensaient que le travail de catalyseur était accompli.
Un vide de financement qui s’est creusé
Les années suivantes ont pourtant démontré le contraire. Si l’on exclut l’opération exceptionnelle de Jane Software (une vente secondaire de 500 millions $ en 2025), l’année 2025 s’annonce comme l’une des plus faibles en investissements précoces dans les sciences de la vie depuis dix ans selon plusieurs acteurs du marché.
Le manque de capitaux touche toutes les étapes : amorçage, série A, série B, et même les tours de croissance. Les investisseurs privés hésitent souvent devant la complexité réglementaire, les délais longs et les montants nécessaires pour faire progresser un produit médical vers le marché.
Face à ce constat, la BDC prépare activement un nouveau véhicule d’investissement direct dans les sciences de la vie. L’enveloppe dépasserait légèrement les 100 millions de dollars canadiens, un montant significatif pour des prises de participation majoritairement directes plutôt que via des fonds tiers.
Un positionnement différent du précédent fonds
Ce nouveau fonds ne sera pas une simple copie du Healthcare Venture Fund de 2013. Selon les premières indications données par la banque, il adoptera une approche en deux volets et ciblera des stades de développement différents de ceux couverts par les acteurs privés actuels.
La BDC veut combler les trous que laissent les autres fonds : soit parce qu’ils jugent le risque trop élevé, soit parce que les tickets demandés sont trop importants pour leurs stratégies. En tant qu’investisseur patient par nature, la BDC peut accompagner les entreprises sur le très long terme, de l’amorçage jusqu’à la sortie.
Notre présence donne confiance aux autres investisseurs, car nous sommes souvent les premiers à entrer et les derniers à sortir.
– Isabelle Hudon
Cette capacité à rester dans le capital au fil des tours successifs constitue l’un des atouts majeurs de la banque. Dans un écosystème où beaucoup d’investisseurs institutionnels préfèrent des horizons de sortie rapides, cette patience est devenue rare et donc précieuse.
Pourquoi le Canada a besoin d’un champion public en medtech
Nicole DeKort, présidente de Medtech Canada, l’exprime sans détour : les startups canadiennes du secteur souffrent principalement de deux problèmes : le manque de financement et l’absence de premiers clients nationaux. Trop souvent, elles doivent se tourner vers les États-Unis dès leurs premiers pas commerciaux.
Pourtant, les innovations développées ici sont fréquemment complémentaires de celles qui existent déjà sur le marché mondial. L’écosystème canadien n’est pas en compétition directe avec le géant américain ; il peut au contraire s’y insérer intelligemment.
- Manque cruel de capitaux à toutes les étapes de développement
- Difficulté à décrocher les premiers clients hospitaliers canadiens
- Tendance à aller chercher les premiers revenus aux États-Unis
- Manque d’expertise sectorielle chez certains investisseurs
- Complexité réglementaire et délais longs d’approbation
En revenant directement sur le terrain des investissements, la BDC espère non seulement injecter des capitaux, mais aussi redonner confiance à l’ensemble de l’écosystème et inciter les investisseurs privés à suivre.
Un signal fort pour l’écosystème santé canadien
Le retour annoncé de la BDC en investissement direct dans les sciences de la vie ne doit pas être vu uniquement comme une opération financière. C’est aussi et surtout un signal politique et stratégique.
Dans un contexte où plusieurs provinces et le fédéral cherchent à renforcer la souveraineté technologique et sanitaire du Canada, le fait qu’une institution comme la BDC décide de remettre un pied ferme dans le medtech est lourd de sens.
Le lancement effectif du fonds est attendu avant la fin du premier trimestre 2026. Les entrepreneurs et les chercheurs du secteur suivent l’avancée de près. Beaucoup espèrent que cette initiative marquera le début d’un nouveau cycle vertueux pour l’innovation médicale canadienne.
Vers une renaissance du medtech made in Canada ?
Le Canada possède des atouts indéniables : des universités de calibre mondial, des centres de recherche reconnus, des cliniciens de haut niveau et une population prête à tester de nouvelles solutions. Ce qui a manqué ces dernières années, c’est le pont financier entre la science et le marché.
Avec ce nouveau fonds, la BDC ne prétend pas tout résoudre seule. Mais elle veut clairement redevenir un acteur central, capable de débloquer des situations, d’attirer des co-investisseurs et d’accompagner les pépites canadiennes jusqu’à l’internationalisation.
Reste à voir si ce retour sera suffisant pour inverser la tendance et relancer véritablement l’écosystème. Une chose est sûre : le message envoyé par Isabelle Hudon est clair. La BDC ne compte plus regarder le train passer. Elle veut de nouveau être dans la locomotive.
Le secteur des sciences de la vie canadien retient son souffle. 2026 pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère pour le medtech au pays.