Y Combinator Réintègre le Canada dans ses Startups
Et si un simple changement de politique pouvait faire trembler tout un écosystème ? Mi-janvier 2026, la communauté tech canadienne retenait son souffle : Y Combinator, l’accélérateur le plus mythique de la planète, venait de rayer le Canada de sa liste de pays acceptés pour l’incorporation. Une décision qui, en apparence technique, portait un message lourd de conséquences. Moins de trois semaines plus tard, revirement spectaculaire. Le Canada est de retour. Que s’est-il passé ?
Un coup de tonnerre dans l’hiver canadien
Quand la nouvelle tombe fin janvier, les réactions fusent. Des fondateurs sidérés, des investisseurs en colère, des observateurs qui y voient la goutte d’eau de trop dans un débat déjà ancien : faut-il rester canadien ou s’exiler fiscalement aux États-Unis ? Y Combinator justifiait alors sa décision par un argument économique implacable : les startups canadiennes qui passent en Delaware lèvent systématiquement plus d’argent, atteignent des valorisations plus élevées et performent mieux à long terme.
Le message était clair : pour maximiser ses chances de succès, mieux vaut incorporer aux États-Unis, dans le Delaware de préférence. Le Canada ? Une juridiction qui complique l’accès au capital américain, freine les tours de table et éloigne les gros fonds de la Silicon Valley. Du moins, c’est ce que laissait entendre Garry Tan, président et CEO de YC.
Where you are incorporated increases your access to capital. That’s it.
– Garry Tan, CEO de Y Combinator
Cette phrase, postée sur X, a mis le feu aux poudres. Pour beaucoup, elle sonnait comme une sentence : partez ou restez à la traîne.
Le Canada riposte… et ça paye
La réponse ne s’est pas fait attendre. Des figures influentes de l’écosystème ont publiquement critiqué la décision. Parmi elles, John Ruffolo, investisseur chevronné et ancien dirigeant de OMERS Ventures, n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé un message « non fondé sur les faits » et une vision réductrice de la réalité du marché canadien.
D’autres voix, comme celle de Chris Neumann (ex-Panache Ventures), ont insisté sur un point essentiel : la très grande majorité des fonds américains investissent sans sourciller dans des sociétés canadiennes domiciliées au Canada. L’argument de l’incorporation obligatoire aux États-Unis ne tenait donc pas complètement la route.
Le débat s’est propagé sur les réseaux, dans les podcasts, dans les médias spécialisés. BetaKit, The Logic, plusieurs influenceurs tech… tout le monde en parlait. Et visiblement, le bruit est remonté jusqu’à Mountain View.
Le revirement officiel et ses explications
Jeudi après-midi, un tweet de Y Combinator annonce la couleur : le Canada réintègre la liste. Dans un billet de blog publié le même jour, Garry Tan livre les coulisses de cette volte-face.
Il explique d’abord le raisonnement initial. Les meilleures sociétés canadiennes issues de YC finissent presque toutes par se redomicilier aux États-Unis avant ou pendant leur croissance. Cela facilite l’accès aux investisseurs américains lors du Demo Day et dans les tours suivants. YC a donc voulu formaliser cette réalité en n’acceptant plus que les entités déjà domiciliées dans les juridictions les plus courantes : États-Unis, Singapour, Îles Caïmans.
Mais après avoir écouté les retours, discuté avec des fondateurs et des alumni canadiens, l’équipe YC a décidé de faire machine arrière. Tan insiste : l’objectif n’a jamais été d’abandonner les fondateurs canadiens ni de suggérer qu’ils doivent quitter leur pays.
We don’t want to suggest that we no longer fund Canadian startups or Canadian founders.
– Garry Tan
Il rappelle que YC finance chaque année des dizaines de sociétés canadiennes et compte des centaines de fondateurs canadiens dans son réseau alumni, dont l’un des tout premiers cofondateurs, Trevor Blackwell.
Que change vraiment ce retour en arrière ?
Sur le papier, la décision redonne de l’oxygène aux fondateurs qui souhaitent rester domiciliés au Canada tout en intégrant le programme YC. Plus besoin de créer une entité Delaware avant même d’être accepté, ce qui représente un coût, du temps et une complexité administrative non négligeables, surtout pour des équipes très jeunes.
Mais dans les faits, la tendance lourde reste inchangée. Les données compilées par Leaders Fund sont éloquentes : sur les startups canadiennes « high-potential » créées en 2024 et ayant levé plus d’un million de dollars, moins du tiers restent physiquement basées au Canada. Presque la moitié se trouvent désormais aux États-Unis.
- Accès plus fluide aux investisseurs américains
- Valorisations plus élevées en moyenne
- Écosystème juridique et fiscal mieux adapté aux VC US
- Plus grande liquidité lors des exits
Ces arguments continuent de pousser de nombreuses équipes vers le sud. Le retour du Canada dans les critères de YC ne renverse pas cette dynamique ; il l’adoucit simplement pour ceux qui choisissent de rester.
Un signal positif pour l’écosystème canadien
Les réactions à l’annonce du revirement ont été majoritairement enthousiastes. Lucy Hargreaves (Build Canada), Nectarios Economakis (Amiral Ventures), Bram Sugarman (ex-Shopify), Aidan Gomez (Cohere)… tous ont salué la souplesse dont a fait preuve Y Combinator.
John Ruffolo, qui avait été l’un des plus virulents critiques, a résumé l’état d’esprit général avec une pointe d’ironie :
I guess being a fucking pain works.
– John Ruffolo
Derrière l’humour se cache une réalité : la mobilisation collective a fonctionné. En faisant entendre leur voix, les acteurs canadiens ont obtenu gain de cause. Cela prouve que l’écosystème n’est plus seulement spectateur des décisions prises dans la Silicon Valley ; il peut aussi les influencer.
Et maintenant ? Vers une maturité accrue du Canada ?
Ce bras de fer avec YC pose une question plus large : le Canada peut-il conserver ses pépites sans les voir systématiquement partir aux États-Unis ? Les données montrent que la fuite des cerveaux et des sièges sociaux reste massive. Pourtant, des licornes comme Cohere, 1Password, Shopify ou Ritual continuent de faire la fierté nationale tout en gardant une empreinte canadienne forte.
Le retour de YC est une victoire symbolique, mais elle ne résout pas les problèmes structurels : fiscalité des stock-options, rareté des fonds growth domestiques, complexité réglementaire dans certains secteurs. Pour inverser durablement la tendance, il faudra bien plus qu’un tweet de Garry Tan.
En attendant, les fondateurs canadiens peuvent souffler. Ils savent désormais qu’ils peuvent candidater à YC sans renier leur pays d’origine dès le premier jour. Une petite victoire, mais une victoire quand même.
Et vous, pensez-vous que cette décision changera réellement le comportement des futures générations de fondateurs canadiens ? Ou est-ce simplement un pansement sur une hémorragie plus profonde ?
L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : quand tout un écosystème parle d’une seule voix, même Y Combinator écoute.