HEN Technologies Révolutionne la Lutte Contre les Incendies
Et si la solution pour mieux combattre les incendies ne venait pas d’un pompier chevronné, mais d’un scientifique ayant passé sa carrière dans les nanotechnologies et les panneaux solaires ? C’est exactement l’histoire improbable de Sunny Sethi, le fondateur de HEN Technologies. Ce qui a commencé comme une réponse personnelle à la peur des feux de forêt californiens s’est transformé en une aventure technologique qui pourrait bien changer la donne dans la lutte contre les incendies… et même au-delà, dans le monde de l’intelligence artificielle.
Une étincelle née de la colère familiale
Tout commence en 2019. La famille de Sunny Sethi vit dans la baie de San Francisco. Les mégafeux se multiplient : Thomas Fire, Camp Fire, puis les incendies de Napa-Sonoma. Pendant que Sunny voyage pour le travail, sa femme reste seule avec leur petite fille de trois ans, sous le coup d’ordres d’évacuation imminents. La tension monte. Un soir, au téléphone, elle explose :
« Dude, tu dois arranger ça, sinon tu n’es pas un vrai scientifique ! »
– La femme de Sunny Sethi, lors d’une évacuation potentielle en 2019
Cette phrase, mi-défi mi-désespoir, va tout changer. Sunny, docteur en physique des polymères, a déjà touché à des domaines très variés : nanotubes de carbone pour l’armée, cellules photovoltaïques chez SunPower, adhésifs innovants dans l’automobile chez TE Connectivity. Il décide alors d’appliquer cette vision « bias-free » à un problème concret et urgent : la lutte contre le feu.
Repenser la lance à incendie de A à Z
En juin 2020, il crée HEN Technologies (High-Efficiency Nozzles) à Hayward, non loin de San Francisco. Soutenu par une bourse de la National Science Foundation, il plonge dans la dynamique des fluides computationnelle. Objectif : comprendre précisément comment l’eau interagit avec le feu et comment le vent perturbe le jet traditionnel.
Le résultat ? Une lance révolutionnaire capable de contrôler la taille des gouttelettes, la vélocité et la cohérence du jet même par vent fort. Les tests comparatifs sont éloquents : même débit, mais extinction jusqu’à trois fois plus rapide et consommation d’eau réduite de deux tiers. Une prouesse technique dans un secteur où les outils de base n’avaient guère évolué depuis les années 1960.
Mais Sunny ne s’arrête pas là. La lance n’est que le « muscle au sol », dit-il. Très vite, l’entreprise développe toute une gamme : moniteurs, vannes, sprinklers aériens, régulateurs de pression… Chaque appareil intègre des capteurs, des cartes électroniques sur mesure (parfois propulsées par des processeurs Nvidia Orion Nano) et devient connecté.
De l’outil isolé à l’écosystème intelligent
Le vrai saut qualitatif arrive avec la plateforme cloud. Grâce aux capteurs placés aux pompes et aux buses, HEN crée un « jumeau numérique » du débit réel : quand la lance est ouverte, combien d’eau passe, quelle pression est nécessaire, quel hydrant est utilisé, quelles sont les conditions météo ?
Ces données changent tout. Les pompiers savent enfin précisément combien d’eau ils ont vraiment consommée sur un sinistre. Plus de mauvaises surprises quand deux camions se branchent sur le même point d’eau et que l’un se retrouve à sec. Dans les zones rurales, les camions-citernes peuvent optimiser leurs trajets. Et surtout, le système intègre la météo et le GPS pour alerter en temps réel : « Le vent va tourner dans dix minutes, déplacez le véhicule ! »
C’est exactement ce que réclame le programme NERIS du Department of Homeland Security : des données fiables pour alimenter des modèles prédictifs en gestion de crise. Or, sans capteurs de qualité sur le terrain, impossible d’avoir des données de qualité.
Une croissance fulgurante malgré un marché difficile
Vendre à des casernes n’est pas simple. C’est un mélange infernal de vente B2C (convaincre les pompiers sur le terrain) et B2B (passer par des cycles d’achat publics interminables). Pourtant, HEN a réussi les deux.
Lancement commercial au deuxième trimestre 2023 : 10 clients, 200 000 dollars de chiffre d’affaires. 2024 : 1,6 million. 2025 : 5,2 millions. Et pour 2026, l’entreprise table sur 20 millions de dollars avec déjà 1 500 casernes clientes. Le produit est déployé chez les Marines, l’US Army, la NASA, la défense civile d’Abu Dhabi… et exporté dans 22 pays.
En décembre 2025, HEN boucle un tour de table Série A de 20 millions de dollars (plus 2 millions de dette) mené par O’Neil Strategic Capital, portant le total levé à plus de 30 millions. De quoi accélérer le déploiement de Fluid-IQ, leur plateforme d’analyse prédictive basée sur la physique des fluides.
Le vrai trésor : des données physiques rares pour l’IA
Au-delà des lances et des alertes en temps réel, HEN accumule quelque chose de précieux : des données réelles sur le comportement des fluides sous pression extrême, dans des environnements chaotiques et dangereux. Chaque intervention enrichit une base unique sur la façon dont l’eau interagit avec le feu, le vent, la végétation.
Or, les modèles d’IA dits « world models » (qui simulent le monde physique pour anticiper les états futurs) manquent cruellement de données réelles de ce type. Les simulations seules ne suffisent pas. Les entreprises qui développent des robots avancés, des moteurs physiques prédictifs ou des systèmes autonomes seraient prêtes à payer cher pour accéder à ce genre de dataset multimodal capturé en conditions réelles.
Sunny Sethi le sait. Il ne le crie pas sur tous les toits, mais il est assis sur une mine d’or pour l’IA physique. Et il compte bien en tirer parti lors du prochain tour de financement prévu au deuxième trimestre 2026.
Une équipe taillée pour l’exploit
Pour arriver là, il a fallu constituer une dream team. Le responsable logiciel vient d’Adobe où il a participé à la migration cloud. On trouve aussi d’anciens de la NASA, de Tesla, d’Apple et de Microsoft. Une cinquantaine de personnes aujourd’hui, capables de couvrir la chaîne complète : hardware pointu, électronique embarquée, cloud robuste et IA appliquée.
« Si vous me posez des questions trop techniques, je ne pourrai pas tout répondre », avoue Sunny en riant. « Mais j’ai une équipe exceptionnelle, c’est une vraie bénédiction. »
Vers un futur où l’IA anticipe les feux
HEN Technologies n’est plus seulement une histoire de meilleures lances. C’est une ambition bien plus vaste : transformer la réponse incendie d’un processus réactif en un réseau prédictif et adaptatif. Avec Fluid-IQ, l’entreprise pose les bases d’un véritable « système d’exploitation » pour la défense contre le feu.
Dans un monde où les mégafeux deviennent plus fréquents et plus intenses à cause du changement climatique, cette approche hardware + data + IA pourrait sauver des vies, préserver des ressources et ouvrir la voie à des usages civils et militaires bien plus larges.
Ce qui a débuté par une dispute conjugale sous la menace des flammes est en train de devenir l’une des histoires les plus fascinantes de la deep tech made in USA. Et on n’a probablement pas fini d’entendre parler de Sunny Sethi et de HEN Technologies.