pHathom Technologies Révolutionne la Capture Carbone Côtière
Imaginez un monde où les usines produisant de l'énergie renouvelable à partir d'algues et de varech ne contribuent plus au réchauffement climatique, mais deviennent au contraire des puits de carbone massifs. C'est précisément l'ambition audacieuse que porte pHathom Technologies, une jeune pousse basée à Halifax, en Nouvelle-Écosse. En levant récemment 4 millions de dollars en financement de démarrage, cette startup cleantech se positionne comme un acteur clé dans la course mondiale à la capture et au stockage durable du dioxyde de carbone.
Une innovation inspirée par les cycles naturels de la planète
Face à l'urgence climatique, de nombreuses solutions émergent, mais peu parviennent à allier efficacité, scalabilité et respect des écosystèmes. pHathom Technologies propose une approche qui semble tout droit sortie des manuels de géochimie océanique : accélérer le cycle naturel du carbone en utilisant les propriétés alcalinisantes de la pierre calcaire et de l'eau de mer. Cette méthode transforme le CO₂ capturé en bicarbonate stable, une forme déjà abondante dans les océans.
Le processus commence dans les installations bioénergétiques côtières existantes. Ces usines brûlent de la biomasse marine durable – algues, varech – pour générer électricité et chaleur renouvelables. Malheureusement, cette combustion libère du CO₂ biogénique. C'est ici qu'intervient la technologie de pHathom : un système qui s'intègre directement aux infrastructures actuelles, capturant le gaz avant sa dispersion atmosphérique.
Comment fonctionne réellement cette capture côtière ?
Le cœur du système repose sur un réacteur d'altération où le CO₂ est dissous dans l'eau de mer, puis neutralisé grâce à une bouillie de calcaire finement broyé. Cette réaction chimique reproduit les processus naturels d'érosion qui, depuis des millions d'années, régulent le pH océanique. Le résultat ? Du bicarbonate de calcium et de sodium qui rejoint l'océan sans acidifier l'eau, verrouillant le carbone pour des milliers d'années.
Contrairement à d'autres méthodes de stockage géologique qui nécessitent des sites spécifiques et coûteux, cette solution exploite l'immensité océanique comme réservoir naturel. Elle évite aussi les risques de fuite et minimise l'empreinte énergétique supplémentaire.
Réduire les émissions des grandes installations ne suffit pas si la solution n'est pas durable, vérifiable et responsable.
– Kimberly Gilbert, fondatrice et PDG de pHathom Technologies
Cette citation illustre parfaitement la philosophie de l'entreprise : aller au-delà de la simple réduction pour proposer une suppression nette de carbone atmosphérique, avec une traçabilité scientifique rigoureuse.
Un financement stratégique pour passer à l'étape pilote
La levée de fonds de 4 millions de dollars marque une étape cruciale. Menée par Propeller Ventures de Boston, elle réunit également la New Brunswick Innovation Foundation, Invest Nova Scotia et l'investisseur stratégique belge Carmeuse Ventures, spécialiste du calcaire. Ce tour de table porte le capital engagé total de pHathom à plus de 12 millions de dollars, incluant les subventions fédérales via le projet phare du Supercluster Océan canadien.
Ces ressources permettront de financer des projets pilotes dans les provinces atlantiques canadiennes. L'objectif ? Valider techniquement et scientifiquement le procédé, mesurer précisément les quantités de carbone retirées et démontrer l'absence d'impact négatif sur les écosystèmes marins locaux.
- Démontrer l'intégration fluide aux infrastructures bioénergétiques existantes
- Atteindre des standards élevés de mesure, reporting et vérification (MRV)
- Préparer le terrain pour des déploiements commerciaux à grande échelle d'ici 2030
Ces pilotes représentent bien plus qu'une simple preuve de concept : ils ouvriront la voie à des crédits carbone de haute intégrité, attractifs pour les grands acheteurs comme les entreprises technologiques engagées dans des programmes d'achat anticipé.
pHathom dans l'écosystème canadien de la cleantech
La région atlantique canadienne se positionne de plus en plus comme un hub d'innovation climatique. pHathom n'est pas seule : elle collabore avec des producteurs de biomasse durable, des institutions de recherche en capture carbone et des experts en vérification. Elle a également été sélectionnée par Frontier, le programme d'achat anticipé soutenu par Shopify, et couronnée startup de l'année dans les premiers prix cleantech de l'Atlantique par Foresight Canada.
Ces reconnaissances soulignent le potentiel disruptif de cette technologie. En combinant bioénergie marine et stockage océanique, pHathom crée un modèle circulaire où la mer fournit la matière première, produit l'énergie propre et absorbe finalement le carbone émis.
Les défis et perspectives d'avenir
Bien entendu, le chemin reste semé d'embûches. La technologie doit prouver sa durabilité à long terme, obtenir les certifications réglementaires nécessaires et maintenir des coûts compétitifs. Les impacts sur la chimie locale des océans exigent une surveillance minutieuse pour éviter tout déséquilibre.
Malgré ces défis, les perspectives semblent prometteuses. Avec un objectif ambitieux de projets commerciaux à pleine échelle avant la fin de la décennie, pHathom pourrait contribuer significativement aux engagements climatiques du Canada et au-delà. Si elle réussit, cette approche pourrait inspirer d'autres régions côtières disposant de ressources en biomasse marine et en calcaire.
En définitive, pHathom Technologies incarne cette nouvelle génération de startups qui ne se contentent pas de réduire les émissions, mais cherchent activement à inverser la courbe du CO₂ atmosphérique. Dans un contexte où chaque tonne retirée compte, cette innovation côtière pourrait bien devenir un pilier incontournable de la transition énergétique mondiale.
Le parcours de cette entreprise de Halifax nous rappelle que les solutions climatiques les plus efficaces naissent souvent de l'observation attentive des mécanismes naturels. En accélérant ce que la Terre fait déjà lentement, pHathom nous offre un aperçu concret d'un futur où industrie, énergie et océan travaillent main dans la main pour restaurer l'équilibre climatique.
Et si la clé pour sauver la planète se trouvait finalement au bord de la mer ?