L’IA Devenue Indispensable pour les Startups Logiciel
Imaginez un instant : vous lancez votre startup avec une idée brillante, une équipe solide et un business plan impeccablement ficelé. Pourtant, les investisseurs potentiels passent leur chemin sans même poser de questions approfondies. La raison ? Vous n'avez pas intégré l'intelligence artificielle au cœur de votre produit. Ce scénario, qui semblait futuriste il y a encore quelques années, est devenu la réalité quotidienne pour de nombreux entrepreneurs en 2025.
Le paysage des startups logicielles a radicalement changé en quelques années seulement. Ce qui relevait autrefois du bonus différenciant est aujourd'hui considéré comme une exigence minimale, presque un prix d'entrée sur le marché du capital-risque. Le dernier rapport annuel sur l'état du logiciel publié par Inovia Capital, un acteur majeur du venture canadien, met crûment en lumière cette transformation profonde.
Quand l'IA devient la norme incontournable
Les chiffres parlent d'eux-mêmes et ils sont impressionnants. En 2025, les startups dites AI-native – celles dont le produit repose fondamentalement sur l'intelligence artificielle – ont capté 40 % de la valeur totale des deals logiciels au Canada. Il y a seulement dix ans, cette proportion ne dépassait pas les 12 %. Cette croissance exponentielle ne s'explique pas seulement par la mode passagère : elle traduit un changement structurel profond dans la manière dont les investisseurs évaluent les opportunités.
Pour Mia Morisset, principale chez Inovia et auteure principale du rapport, la dynamique est claire :
« Il est très difficile de construire quelque chose sans histoire IA aujourd'hui. »
– Mia Morisset, Inovia Capital
Cette phrase résume à elle seule le sentiment général qui règne dans les salles de réunion des fonds d'investissement. L'IA n'est plus un secteur vertical parmi d'autres ; elle est devenue un standard universel, une sorte de langage commun que tout logiciel moderne se doit de maîtriser.
Les mégadeals qui illustrent la tendance
Les exemples concrets ne manquent pas pour étayer cette affirmation. Parmi les levées de fonds les plus spectaculaires de 2025 figurent en bonne place des entreprises profondément ancrées dans l'IA. Cohere, avec ses 600 millions de dollars américains levés, et Waabi, qui a sécurisé un tour d'équité d'un milliard de dollars canadiens pour sa technologie de conduite autonome, incarnent parfaitement cette nouvelle génération de champions canadiens.
Mais l'IA ne se limite pas aux pure players. Des sociétés plus établies ont également su tirer parti de cette vague en intégrant massivement l'intelligence artificielle dans leurs produits existants. Wealthsimple dans la fintech ou Clio dans le legaltech démontrent que même les acteurs matures peuvent relancer leur croissance en adoptant une stratégie IA sérieuse et ambitieuse.
Ces succès contrastent fortement avec la situation globale du marché du venture au Canada. Alors que les levées de fonds pour les gestionnaires de fonds eux-mêmes ont atteint leur plus bas niveau historique (seulement 249 millions de dollars en 2025), les startups qui présentent un récit IA convaincant continuent d'attirer des montants records.
Pourquoi les investisseurs sont devenus si exigeants
Les raisons de cette sélectivité accrue sont multiples. D'abord, l'IA permet des gains de productivité et d'efficacité sans précédent. Les entreprises qui l'intègrent correctement peuvent scaler beaucoup plus rapidement, avec moins de ressources humaines, ce qui séduit particulièrement les investisseurs dans un contexte économique incertain.
Ensuite, la concurrence s'est intensifiée. Avec l'accès démocratisé aux grands modèles de langage et aux outils open-source, il devient relativement simple d'ajouter une couche IA à n'importe quel produit. Ne pas le faire revient donc à se priver volontairement d'un avantage compétitif majeur.
Enfin, les valorisations des sociétés AI-native explosent. Les multiples de revenus observés chez ces entreprises dépassent largement ceux des logiciels traditionnels, créant un cercle vertueux où les meilleurs talents et les meilleurs capitaux convergent vers les projets les plus avancés technologiquement.
« L'IA est passée d'un vertical à un standard universel. Les investisseurs considèrent désormais l'intégration profonde de l'IA comme le prix d'admission : non plus un différenciateur, mais une nécessité opérationnelle. »
– Magaly Charbonneau, partenaire chez Inovia Capital
Les secteurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu
Tous les domaines ne profitent pas uniformément de cette révolution. Certains secteurs se montrent particulièrement réceptifs à l'intégration de l'IA et attirent logiquement plus d'attention des investisseurs :
- La santé et les biotechnologies, où l'IA accélère la découverte de médicaments et optimise les diagnostics ;
- Le droit et les services professionnels, avec des outils qui automatisent l'analyse de contrats et la recherche jurisprudentielle ;
- La finance et l'insurtech, où les algorithmes prédictifs révolutionnent la gestion des risques et la personnalisation des offres ;
- Les logiciels d'entreprise (B2B SaaS), où l'IA améliore drastiquement l'expérience utilisateur et réduit les coûts opérationnels.
Ces verticales combinent un fort potentiel de valeur créée et des barrières à l'entrée relativement élevées, ce qui rassure les investisseurs sur la pérennité des avantages compétitifs.
Et les startups qui n'ont pas (encore) d'IA dans leur ADN ?
La situation est plus compliquée pour celles qui n'ont pas intégré l'IA dès le départ. Les investisseurs se montrent beaucoup moins patients et exigent souvent un plan clair pour rattraper le retard. Certains domaines plus traditionnels pourraient même connaître une vague de consolidation via des acquisitions stratégiques par des acteurs déjà bien positionnés sur l'IA.
Cependant, tout n'est pas perdu. Les fondateurs astucieux peuvent encore pivoter ou ajouter une couche IA significative à leur produit existant. Les outils no-code et low-code facilitent d'ailleurs cette transition, permettant à des équipes réduites d'expérimenter rapidement.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Tout porte à croire que la tendance va s'accélérer encore en 2026. Mia Morisset n'hésite pas à parler d'une croissance « en forme de crosse de hockey » pour les financements des entreprises AI-native. Les avancées dans les modèles multimodaux, l'IA agentique et l'edge AI devraient créer de nouvelles opportunités massives.
Parallèlement, le Canada conserve une position enviable sur la scène internationale. Malgré un environnement macroéconomique difficile (notamment lié aux tensions commerciales américaines), l'écosystème canadien a vu ses financements croître de 29 % en 2025, surpassant la plupart des hubs mondiaux hors États-Unis.
Cette résilience s'explique en grande partie par la qualité des talents en IA (renforcée par des institutions comme Mila) et par la présence de champions nationaux qui servent d'aimants à capitaux et à cerveaux.
Conseils pratiques pour les fondateurs d'aujourd'hui
Face à cette nouvelle donne, voici quelques pistes concrètes pour les entrepreneurs qui souhaitent maximiser leurs chances de succès :
- Intégrez l'IA dès la conception du produit, pas comme une fonctionnalité après-coup ;
- Construisez un récit clair et quantifiable autour de la valeur créée par l'IA (gains de productivité, réduction de coûts, nouveaux usages) ;
- Recrutez des profils techniques forts en machine learning, même au prix de sacrifices ailleurs ;
- Expérimentez rapidement avec les nouveaux modèles open-source pour garder une longueur d'avance ;
- Ne négligez pas les aspects éthiques et de gouvernance des données, devenus critères d'investissement majeurs.
En résumé, 2025 aura marqué un tournant décisif : l'intelligence artificielle n'est plus une option pour les startups logicielles ambitieuses. Elle est devenue la condition nécessaire (même si plus suffisante) pour espérer capter l'attention et le capital des investisseurs les plus regardants.
Ceux qui sauront non seulement l'utiliser, mais la maîtriser et l'intégrer de manière profonde et créative, seront les grands gagnants de la prochaine décennie. Les autres risquent de se retrouver relégués au rang de spectateurs d'une révolution qu'ils n'auront pas su anticiper.
Et vous, où en est votre stratégie IA aujourd'hui ?