Zoox Rappelle Son Logiciel pour Dépassements de Voie
Imaginez une voiture sans chauffeur qui, pour ne pas bloquer une intersection, décide de s’arrêter… pile dans un passage piéton. Ou qui effectue un virage à droite un peu trop large, empiétant légèrement sur la voie d’en face. Ce sont précisément ces comportements, certes très humains, qui ont poussé Zoox, la filiale autonome d’Amazon, à prendre une mesure radicale : un rappel logiciel volontaire touchant l’ensemble de sa flotte en service.
Le 23 décembre 2025, l’entreprise a officiellement notifié la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) de ce correctif. Si aucun accident n’a été recensé, le risque potentiel de collision a suffi pour déclencher cette procédure de transparence. Retour sur un événement qui illustre parfaitement les défis actuels du déploiement à grande échelle des véhicules autonomes.
Un rappel discret mais significatif pour l’avenir des robotaxis
Avec seulement 332 véhicules concernés, on pourrait penser que l’impact reste limité. Pourtant, ce chiffre représente la quasi-totalité de la flotte Zoox actuellement en circulation sur voie publique, principalement à San Francisco et à Las Vegas. L’entreprise y propose depuis plusieurs mois des trajets gratuits au public, une manière à la fois de collecter des données massives et de faire découvrir sa technologie au plus grand nombre.
Le problème identifié ? Des dépassements de ligne centrale à proximité des carrefours et des arrêts prolongés dans les passages piétons. Des comportements que tout conducteur lambda peut avoir un jour ou l’autre, mais que Zoox considère comme inacceptables au regard de ses propres standards de sécurité.
Comment le dysfonctionnement a-t-il été détecté ?
Tout commence le 26 août 2025. Un véhicule Zoox effectue un virage à droite tardif, franchit partiellement la ligne continue opposée et s’immobilise brièvement devant la voie d’en face. L’incident, capturé par les capteurs embarqués, est immédiatement remonté aux équipes d’ingénieurs.
Plutôt que de minimiser l’événement, Zoox a lancé une analyse approfondie de l’ensemble de ses données. Résultat : 62 cas similaires recensés entre fin août et début décembre. Un nombre relativement faible au regard des millions de kilomètres parcourus, mais suffisant pour justifier une intervention globale.
« Nous avons identifié des manœuvres qui, bien que courantes chez les conducteurs humains, ne répondaient pas à nos exigences de sécurité. »
– Porte-parole de Zoox
Cette citation résume parfaitement la philosophie de l’entreprise : ne pas se contenter d’égaler le niveau de sécurité humain, mais le dépasser de très loin.
Les deux scénarios problématiques principaux
Les ingénieurs ont isolé deux types de situations récurrentes :
- Arrêt dans un passage piéton pour éviter de bloquer un carrefour au feu rouge ;
- Virages larges tardifs entraînant un léger empiétement sur la voie opposée.
Ces deux comportements partagent un point commun : ils privilégient la fluidité du trafic au détriment d’une séparation stricte des espaces. Une logique compréhensible dans un contexte de circulation dense, mais qui ne correspond pas aux attentes d’un système autonome censé être plus prévisible et plus prudent qu’un humain.
Une réponse technique rapide et multi-couches
Zoox n’a pas attendu pour agir. Dès le 7 novembre 2025, une première mise à jour logicielle est déployée. Une seconde version plus aboutie arrive mi-décembre. Ces correctifs ciblent directement les causes racines identifiées : ajustement des trajectoires de virage, modification des logiques de priorisation aux intersections, renforcement des règles concernant les passages piétons.
Le rappel officiel déposé auprès de la NHTSA concerne tous les véhicules ayant circulé entre le 13 mars et le 18 décembre 2025. Une période large qui garantit qu’aucun véhicule potentiellement concerné n’échappe au correctif.
Zoox, un habitué des rappels transparents
Ce n’est pas la première fois que Zoox fait preuve d’une telle transparence. En 2025 seulement, plusieurs rappels logiciels ont déjà été déclarés :
- Mars : freinages d’urgence intempestifs (suite à deux collisions avec des motards) ;
- Mai : deux rappels distincts concernant la prédiction des trajectoires des autres usagers.
Ces interventions répétées montrent à quel point le chemin reste long avant d’atteindre une maturité industrielle. Mais elles témoignent aussi d’une volonté réelle d’amélioration continue et de dialogue ouvert avec les autorités.
Quels enseignements pour l’ensemble de la filière ?
Le cas Zoox est intéressant car il met en lumière plusieurs réalités du déploiement actuel des robotaxis :
1. La frontière entre « acceptable humain » et « acceptable autonome » est très fine. Ce qui passe inaperçu chez un conducteur lambda devient inacceptable lorsqu’il est effectué par une machine.
2. La collecte massive de données en conditions réelles reste indispensable. Sans les 62 incidents répertoriés, il aurait été impossible d’identifier et de corriger le problème de manière systématique.
3. La transparence paye. En communiquant ouvertement, Zoox renforce sa crédibilité auprès des régulateurs et du public, même si cela signifie multiplier les rappels officiels.
Vers une normalisation des rappels logiciels ?
À mesure que les flottes autonomes grossissent, les mises à jour à distance deviennent monnaie courante. Mais lorsque ces mises à jour corrigent un défaut pouvant impacter la sécurité, elles doivent faire l’objet d’un rappel formel. Zoox, en appliquant systématiquement cette règle, participe à créer un précédent important pour toute l’industrie.
Les observateurs s’attendent à ce que les années 2026-2028 voient une multiplication de ce type d’annonces. Chaque nouvel acteur (Waymo, Cruise, WeRide, Baidu, etc.) devra probablement passer par cette phase d’ajustements itératifs avant de prétendre à une diffusion massive.
Et maintenant ? Perspectives pour Zoox en 2026
Malgré ce rappel, Zoox maintient le cap. L’entreprise continue d’étendre progressivement ses zones d’opération, d’augmenter le nombre de véhicules en service et d’ouvrir de nouvelles villes. La communication officielle reste confiante : les améliorations déployées auraient déjà résolu l’ensemble des causes racines identifiées.
Reste une question centrale : à quel rythme les autorités et le grand public accepteront-ils que des flottes autonomes connaissent encore des comportements imparfaits en 2026 ? La réponse à cette question conditionnera probablement le calendrier de généralisation des robotaxis dans les grandes métropoles.
Une chose est sûre : Zoox a choisi la voie de la transparence plutôt que celle du silence. Dans un secteur où la confiance reste le facteur le plus précieux, cette stratégie pourrait bien s’avérer payante à long terme.
Le parcours de cette ancienne start-up rachetée par Amazon rappelle que, même avec des milliards de dollars et des milliers d’ingénieurs, la route vers une mobilité autonome totalement fiable reste sinueuse. Mais chaque rappel, chaque mise à jour, chaque kilomètre parcouru rapproche un peu plus l’industrie de son objectif final.