La Line de Neom : Vers un Repenser des Giga-Projets ?
The Line : un rêve futuriste confronté à la réalité économique
Depuis son annonce officielle, **The Line** fascine par son échelle démesurée. Une structure linéaire de 500 mètres de haut, 200 mètres de large, traversant le désert saoudien sans voitures, avec des transports ultra-rapides, une agriculture verticale et une qualité de vie exceptionnelle. Le projet promettait de redéfinir les **smart cities** du futur, en misant sur l'**intelligence artificielle**, les énergies renouvelables et une empreinte écologique minimale.
Mais les annonces récentes ont semé le doute. Des rapports indiquent que les autorités saoudiennes, via le Fonds d'investissement public (PIF), ont lancé des revues stratégiques approfondies. Les coûts explosent, les prix du pétrole fluctuent, et les défis techniques s'accumulent. Le projet, initialement chiffré à des centaines de milliards de dollars, voit ses ambitions revues à la baisse de manière significative.
Les origines ambitieuses de Neom et The Line
Lancé en 2017 dans le cadre de **Vision 2030**, Neom vise à créer une nouvelle région économique autonome au nord-ouest du pays, sur les rives de la mer Rouge. **The Line** en est le joyau : une ville linéaire qui concentre habitations, commerces, loisirs et nature sur une bande étroite, préservant 95 % du territoire pour la biodiversité.
Les rendus officiels montraient des façades miroitantes réfléchissant le désert, des parcs suspendus, des trains à hyperloop reliant les extrémités en quelques minutes. L'objectif ? Attirer talents internationaux, touristes et investisseurs dans un écosystème high-tech post-pétrole.
Des entreprises mondiales ont été impliquées : architectes visionnaires, ingénieurs spécialisés en durabilité. Le chantier a démarré avec des milliers de travailleurs et des robots de construction, posant déjà des fondations pour la première phase, baptisée Hidden Marina.
« The Line fournira un nouveau modèle pour l'humanité en changeant la façon dont les gens vivent. »
– Portavoix officiel de Neom
Les défis qui s'accumulent depuis 2025
En juillet 2025, Bloomberg révélait que des cabinets de conseil avaient été mandatés pour évaluer la faisabilité réelle du projet. Coûts, calendrier, impact économique : tout était sur la table. Les estimations initiales ont été largement dépassées, passant de centaines de milliards à des chiffres astronomiques pour une réalisation complète.
Les prix bas du pétrole ont accentué la pression budgétaire. Le royaume, malgré ses réserves, doit prioriser ses dépenses dans un contexte mondial incertain. Ajoutez à cela des critiques sur les conditions de travail et l'impact environnemental dans une zone désertique fragile.
En 2026, les mises à jour sont claires : la vision originale de 170 km s'estompe. La première phase se limite désormais à environ 2,5 km, avec une population cible réduite à 200 000 habitants d'ici 2030. Des éléments iconiques comme la hauteur de 500 mètres ou le revêtement miroir intégral pourraient être revus pour des raisons de coût et de praticité.
- Réduction drastique de la longueur prévue initialement
- Focus sur une phase pilote viable économiquement
- Possible réorientation vers des usages industriels ou data centers
- Maintien d'un stade futuriste pour la Coupe du Monde 2034
Un pivot stratégique vers l'IA et l'industrie ?
Les rumeurs les plus récentes évoquent une transformation profonde. Au lieu d'une mégalopole résidentielle, Neom pourrait devenir un hub pour **data centers** refroidis par l'eau de mer, soutenant l'ambition saoudienne en **intelligence artificielle** et énergies renouvelables. Cette réorientation s'aligne sur les besoins mondiaux en calcul intensif pour l'IA, tout en valorisant la localisation côtière.
Des accords avec des acteurs comme DataVolt pour des campus AI renforcent cette piste. Le projet ne disparaît pas, il mute : moins de science-fiction, plus de pragmatisme économique. C'est une leçon pour toutes les **start-ups** et innovateurs : même les visions les plus grandioses doivent s'adapter à la réalité financière et technique.
Ce revirement illustre aussi les limites des **giga-projets** financés par des ressources fossiles. La diversification économique reste l'objectif, mais avec plus de prudence.
Quelles leçons pour l'innovation urbaine mondiale ?
**The Line** incarne le rêve d'une ville durable, sans voitures, où tout est accessible à pied ou en quelques minutes. Ce concept inspire d'autres initiatives de **smart cities** : verticalité, mixité fonctionnelle, zéro carbone. Mais il rappelle aussi que l'innovation ne suffit pas sans un modèle économique solide.
Pour les entrepreneurs et urbanistes, c'est un cas d'école. Comment scaler une idée disruptive sans perdre de vue les contraintes budgétaires ? Comment intégrer l'**IA** et les énergies vertes sans surdimensionner ? Le projet, même réduit, pourrait encore livrer des innovations : modules habitables testés, technologies de construction automatisée, gestion urbaine par IA.
En attendant, les regards restent rivés sur Neom. La première phase, Hidden Marina, doit être livrée d'ici 2030, avec un stade suspendu spectaculaire. Sera-t-elle le début d'une révolution ou un symbole d'ambition démesurée ? L'avenir le dira.
Ce qui est certain, c'est que **The Line** continue de stimuler le débat sur le futur des villes. Dans un monde confronté au changement climatique et à l'urbanisation massive, des idées audacieuses restent nécessaires – à condition de les ancrer dans le réel.