Outtake Révolutionne la Cybersécurité IA avec 40M$
Imaginez un monde où les faux comptes LinkedIn, les domaines frauduleux imitant parfaitement votre marque et les publicités deepfake pullulent à une vitesse folle… et où une seule plateforme IA parvient à les repérer, enquêter et les faire supprimer en temps réel. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est exactement ce que propose Outtake, la jeune pousse qui vient de lever 40 millions de dollars auprès d’investisseurs aussi prestigieux que Satya Nadella, Bill Ackman ou encore Iconiq.
Dans un écosystème où les levées de fonds à neuf zéros deviennent presque banales pour les pure players IA générative, ce ticket de 40 millions peut sembler modeste. Pourtant, la qualité des noms qui ont sorti le chéquier transforme cette opération en véritable signal fort pour tout le secteur de la cybersécurité.
Quand l’IA transforme un casse-tête humain en solution logicielle
Pendant des années, la lutte contre l’usurpation d’identité numérique reposait presque exclusivement sur des équipes dédiées qui passaient des heures à signaler manuellement des comptes frauduleux sur les réseaux sociaux, à remplir des formulaires interminables auprès des registrars de domaines ou à négocier avec les plateformes publicitaires. Un travail titanesque, lent et surtout très coûteux.
Avec l’arrivée massive des outils d’intelligence artificielle générative, les fraudeurs ont gagné en puissance : ils créent désormais des faux profils ultra-réalistes, des sites clones crédibles et des campagnes publicitaires trompeuses en quelques minutes. Les méthodes traditionnelles ne suivent plus.
« Historiquement, la détection et le retrait étaient (et dans une certaine mesure restent encore aujourd’hui) un processus manuel très intensif qui ne pouvait pas suivre la vitesse d’internet. »
– Murali Joshi, Iconiq
C’est précisément ce constat qui a convaincu les investisseurs les plus regardants. Outtake ne se contente pas de scanner : la plateforme utilise des agents IA capables de raisonner, de contextualiser et d’agir de manière autonome pour neutraliser les menaces.
Un parcours qui inspire confiance
Alex Dhillon, le fondateur, n’est pas un inconnu des grands systèmes complexes. Il a passé plusieurs années chez Palantir, où il a travaillé directement avec Shyam Sankar, aujourd’hui CTO du groupe. Cette expérience dans l’analyse de données massives à des fins de sécurité nationale lui a donné une vision très précise des limites humaines face à l’explosion des signaux numériques.
C’est d’ailleurs ce réseau Palantir qui a permis d’attirer certains des business angels les plus en vue de la tech américaine : Trae Stephens (Anduril / Founders Fund), Bob McGrew (ex-OpenAI), Guillermo Rauch (Vercel), Nikesh Arora (Palo Alto Networks) et John Donovan (ex-AT&T). Une telle liste ne se construit pas en un tweet : elle témoigne d’une crédibilité technique et d’une exécution déjà reconnue.
Des métriques qui parlent d’elles-mêmes
En à peine deux ans d’existence commerciale, Outtake affiche une croissance impressionnante :
- Chiffre d’affaires récurrent annuel multiplié par six en un an
- Base clients en croissance de plus de 1 000 %
- Plus de 20 millions de signaux d’attaque potentielle analysés rien que l’année dernière
Parmi les références déjà publiques figurent OpenAI (qui a d’ailleurs présenté Outtake comme un cas d’école d’application agentique en juillet 2025), Pershing Square, AppLovin et plusieurs agences fédérales américaines. Quand une entreprise qui construit elle-même les modèles les plus puissants du monde choisit votre solution pour se protéger, cela vaut tous les slides de pitch.
Pourquoi l’agentic est la prochaine frontière de la cybersécurité
Le terme agentic revient constamment dans les interviews de la jeune société. Contrairement aux simples outils de détection qui alertent un analyste, les agents d’Outtake sont capables de poursuivre plusieurs étapes logiques sans intervention humaine :
- Identifier un compte suspect sur un réseau social
- Analyser les images, le texte, les interactions et le comportement
- Recouper avec d’autres signaux (domaines similaires, ads actives, etc.)
- Construire un dossier argumenté et le soumettre automatiquement aux plateformes
- Suivre le statut et escalader si nécessaire
Cette chaîne de raisonnement autonome est rendue possible par les progrès fulgurants des grands modèles de langage en matière de raisonnement multi-étapes. Ce n’est plus seulement de la classification binaire ; c’est presque une forme de security analyst virtuel qui travaille 24h/24.
Les défis qui restent à relever
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs obstacles se dressent encore devant Outtake et les autres acteurs du secteur :
- Les plateformes sociales et les registrars évoluent constamment leurs règles de détection et de suppression
- Les attaquants utilisent eux aussi des modèles IA de plus en plus sophistiqués
- La question de la privacy et de la minimisation des données analysées devient centrale
- Le coût computationnel des agents reste élevé, même si les prix des API baissent rapidement
La course est donc lancée : d’un côté des défenseurs qui automatisent la chasse, de l’autre des attaquants qui automatisent la création de leurres toujours plus crédibles. Celui qui gagnera en vitesse d’adaptation et en précision l’emportera.
Un signal fort pour l’écosystème français et européen
Même si Outtake est une société américaine, son positionnement peut inspirer de nombreuses startups européennes qui cherchent à se positionner sur la cybersécurité défensive à l’ère de l’IA. Les talents existent, les cas d’usage sont criants (banques, luxe, médias, institutions publiques), et les fonds commencent à se structurer autour de ces thématiques.
La différence majeure ? Aux États-Unis, un fondateur peut décrocher Satya Nadella ou Bill Ackman après quelques cafés. En Europe, il faudra sans doute démontrer encore plus de traction et de ROI concret pour attirer ce niveau d’attention. Mais l’opportunité est là : protéger les marques et les institutions contre l’épidémie d’usurpation numérique deviendra un marché stratégique majeur dans les cinq prochaines années.
Vers une cybersécurité proactive et autonome ?
Outtake ne se contente pas de réagir : la startup ambitionne de passer à une posture résolument proactive. Imaginer des agents qui surveillent en continu les nouvelles tendances d’attaque, apprennent des campagnes précédentes et anticipent les prochains vecteurs avant même qu’ils ne soient massivement exploités.
Si cette vision se concrétise, on pourrait assister à un changement de paradigme aussi important que celui qu’a connu la sécurité endpoint avec l’arrivée de l’EDR il y a une dizaine d’années. À ceci près que cette fois, c’est l’identité même des entreprises et des personnalités publiques qui est en jeu.
En attendant, une chose est sûre : avec 40 millions de dollars et un casting d’investisseurs pareil, Outtake dispose désormais des moyens de ses ambitions. Et dans la guerre invisible qui se joue chaque jour sur le web, disposer d’une longueur d’avance technologique peut tout changer.
À suivre de très près.