UpScrolled : Explosion et Dérapages sur la Modération
Imaginez une application qui surgit de nulle part, attire des millions d’utilisateurs en quelques mois seulement, et promet à chacun une voix puissante et égale. Puis, en l’espace de quelques semaines, cette même plateforme se transforme en terrain fertile pour des pseudos racistes, des hashtags antisémites et des publications ouvertement extrémistes. C’est exactement ce qui arrive aujourd’hui à UpScrolled, le réseau social qui a profité du chaos autour de TikTok pour exploser en popularité… avant de se prendre les pieds dans le tapis de la modération.
Une ascension fulgurante… suivie d’un réveil brutal
Depuis son lancement en 2025, UpScrolled a surfé sur une vague inattendue. Alors que l’avenir de TikTok aux États-Unis restait incertain, des millions d’utilisateurs ont cherché une alternative fraîche, moins bridée, plus ouverte. Résultat : plus de 4 millions de téléchargements sur iOS et Android depuis juin 2025 selon Appfigures, et un pic à plus de 2,5 millions d’utilisateurs actifs rien qu’en janvier 2026. Un démarrage canon pour une startup fondée il y a à peine un an.
Mais quand la croissance s’emballe à cette vitesse, les problèmes de fond remontent très vite à la surface. Et sur les réseaux sociaux, le sujet le plus sensible reste presque toujours le même : la capacité à empêcher la prolifération de contenus haineux.
Des pseudos qui en disent long
Des journalistes, des utilisateurs lambda et même des organisations de lutte contre la haine ont documenté des dizaines de comptes dont le simple nom d’utilisateur contenait des insultes raciales très explicites. On trouve des combinaisons de termes racistes accolés à des chiffres, des jeux de mots douteux, ou carrément des déclarations comme « Gloire à Hitler » en guise de pseudo. Le tout reste en ligne, parfois plusieurs jours après avoir été signalé.
Le problème ne s’arrête pas aux noms de compte. Dans les hashtags, les légendes de publications photo et vidéo, les messages texte purs : les contenus problématiques pullulent. On observe des publications qui glorifient des figures historiques associées à des génocides, des appels explicites à la haine, et même la présence revendiquée de groupes classés comme organisations terroristes par plusieurs pays.
Nous offrons à chacun la liberté d’exprimer et de partager ses opinions dans un environnement numérique sain et respectueux.
– Issam Hijazi, fondateur d’UpScrolled
Cette phrase prononcée par le fondateur dans une récente vidéo sonne presque comme un vœu pieux quand on regarde la réalité actuelle de la plateforme.
Une politique claire… mais une application défaillante
Dans sa FAQ, UpScrolled affirme interdire formellement les discours de haine, le harcèlement, les appels à la violence, le contenu explicite non consenti et tout ce qui vise à nuire. En théorie, le cadre ressemble à celui des grands réseaux historiques. En pratique, l’application semble aujourd’hui incapable de faire respecter ses propres règles.
Plusieurs facteurs expliquent cette défaillance :
- Une croissance extrêmement rapide qui dépasse les capacités d’adaptation de l’équipe
- Une modération initiale probablement très légère, voire quasi-inexistante
- Une attractivité particulière pour des communautés radicales qui cherchent des espaces moins régulés
- Des outils automatisés encore immatures face à la créativité des utilisateurs malveillants
Ces éléments combinés créent un cocktail explosif : une plateforme qui attire massivement, mais qui n’a pas les moyens humains et techniques de trier efficacement le bon grain de l’ivraie toxique.
Le précédent Bluesky et les leçons non apprises
En juillet 2023, Bluesky avait connu un épisode similaire : une vague d’inscriptions avait fait apparaître des pseudos ouvertement racistes et insultants. La réaction des utilisateurs avait été immédiate : menaces de départ, pétitions internes, pression médiatique. La plateforme avait fini par durcir ses règles et accélérer le déploiement de filtres sur les noms d’utilisateur.
UpScrolled semble aujourd’hui dans une phase comparable, mais avec un décalage de plusieurs années. Les équipes auraient pu anticiper ce type de dérive, étudier les erreurs des prédécesseurs et investir plus tôt dans des garde-fous robustes. Au lieu de cela, la startup se retrouve à communiquer en catastrophe après que les médias et des ONG ont tiré la sonnette d’alarme.
Les annonces de la dernière chance ?
Face à la polémique grandissante, le fondateur Issam Hijazi a publié une vidéo dans laquelle il reconnaît explicitement l’existence de « contenus nuisibles » contraires aux valeurs de l’entreprise. Il annonce deux chantiers prioritaires :
- Recrutement massif et rapide de modérateurs humains
- Amélioration significative des outils technologiques de détection automatique
Reste à savoir si ces mesures arriveront à temps. Dans l’industrie, on sait que chaque semaine passée sans réaction forte laisse s’installer une culture toxique difficile à déraciner ensuite. Les premiers utilisateurs qui ont rejoint UpScrolled pour son discours « libre » risquent de mal vivre l’arrivée d’une modération plus stricte… tandis que ceux qui espéraient un espace sain s’impatientent déjà.
Liberté d’expression vs sécurité : le dilemme éternel
UpScrolled se positionne depuis le départ comme une plateforme qui donne « à chaque voix un pouvoir égal » et qui refuse de « censurer les opinions ». Ce discours plaît à une partie du public lassée des grandes plateformes jugées trop interventionnistes. Mais il pose immédiatement la question des limites : où s’arrête la liberté d’expression et où commence l’incitation à la haine ?
La plupart des réseaux sociaux ont fini par trancher en faveur d’une ligne plus restrictive sur les contenus haineux, sous la pression des annonceurs, des régulateurs et de l’opinion publique. UpScrolled parviendra-t-il à conserver son identité « maximale liberté » tout en protégeant efficacement ses utilisateurs contre les débordements ? Pour l’instant, la balance penche clairement du mauvais côté.
Quel avenir pour la jeune pousse ?
À ce stade de son développement, UpScrolled se trouve à un carrefour critique. Trois scénarios principaux se dessinent :
- Scénario positif : la startup parvient à muscler sa modération en quelques semaines, regagne la confiance des utilisateurs modérés et continue sa croissance en se positionnant comme une alternative crédible et responsable.
- Scénario intermédiaire : elle applique des mesures cosmétiques, perd une partie de sa base « libertarienne » sans vraiment rassurer les autres, et stagne ou décline doucement.
- Scénario catastrophe : la plateforme devient un repaire notoire pour les extrémistes, subit des vagues de désinstallation, attire l’attention des régulateurs et finit marginalisée.
Les prochains jours et semaines seront décisifs. Les recrutements de modérateurs, les évolutions des algorithmes de détection, les premières vagues de suppressions massives (ou leur absence) donneront des indications claires sur la direction réelle prise par l’équipe.
Une chose est sûre : dans l’univers ultra-concurrentiel des réseaux sociaux en 2026, la capacité à concilier croissance explosive et environnement sain n’est plus une option. C’est une condition de survie. UpScrolled l’a-t-il compris à temps ? La réponse arrivera probablement plus vite qu’on ne le pense.
Et vous, avez-vous testé UpScrolled ? Que pensez-vous de cette nouvelle vague de plateformes qui promettent plus de liberté ? Partagez votre expérience et votre avis en commentaire.