Ottawa-Gatineau : Hub Mondial Défense Innovation
Imaginez une région qui allie le prestige d’une capitale diplomatique, la puissance d’un écosystème technologique de pointe et une ambition claire : devenir le cœur battant de l’innovation en matière de défense en Amérique du Nord. C’est exactement ce que viennent d’annoncer les villes d’Ottawa et de Gatineau en lançant conjointement une task force dédiée à la défense technologique. Un mouvement audacieux qui pourrait redessiner la carte stratégique du Canada sur la scène internationale.
Un pari stratégique pour l’avenir de la sécurité collective
Dans un monde où les tensions géopolitiques ne cessent de croître, les nations alliées repensent leurs capacités de défense. Le Canada, longtemps critiqué pour son sous-investissement militaire, accélère désormais son rythme. Avec l’objectif affiché d’atteindre 2 % du PIB consacré à la défense cette année et même 5 % d’ici 2035, le pays se positionne comme un acteur plus affirmé au sein de l’OTAN. C’est dans ce contexte que la région de la capitale nationale décide de passer à la vitesse supérieure.
La nouvelle task force regroupe pas moins de 33 personnalités influentes : maires des deux villes, anciens généraux, investisseurs spécialisés, entrepreneurs visionnaires et experts en politiques publiques. Leur mission ? Transformer Ottawa-Gatineau en véritable hub mondial d’innovation défense, capable d’attirer des projets d’envergure internationale.
Les ambitions affichées : trois projets phares
La task force ne se contente pas de discours. Elle porte trois candidatures très concrètes :
- le siège de la future NATO Defence Security Resiliency Bank (DSRB),
- un Defence Innovation Secure Hub,
- une usine souveraine de semi-conducteurs composés.
Ces trois initiatives, si elles se concrétisent, positionneraient durablement la région comme un centre névralgique pour l’innovation sécuritaire en Occident.
Ottawa–Gatineau est uniquement positionnée pour devenir un hub mondial d’innovation en défense au service de la sécurité et de la prospérité du Canada.
– Mark Sutcliffe, maire d’Ottawa
Cette citation illustre parfaitement l’état d’esprit : il ne s’agit plus seulement de réagir aux menaces, mais bien de créer de la valeur économique tout en renforçant la souveraineté technologique.
Un écosystème déjà riche et complémentaire
Pourquoi Ottawa-Gatineau plutôt qu’une autre région ? La réponse réside dans la combinaison unique de forces présentes sur les deux rives de la rivière des Outaouais.
D’un côté, Ottawa concentre une densité exceptionnelle d’institutions fédérales, d’ambassades, d’organismes de recherche et d’entreprises spécialisées en cybersécurité et en aérospatiale. De l’autre, Gatineau bénéficie d’un accès privilégié aux talents francophones et d’un coût de vie plus abordable, tout en restant à quelques minutes du centre décisionnel canadien.
À cela s’ajoute la présence de sociétés phares comme Ranovus, qui développe des solutions photoniques pour les semi-conducteurs, ou encore l’implication de fonds comme One9, entièrement dédié à la défense technologique. Ces acteurs ne sont pas là par hasard : ils incarnent déjà le futur que la task force souhaite accélérer.
La course canadienne pour la banque OTAN
La Defence Security Resiliency Bank suscite déjà beaucoup d’intérêt. Cette institution, portée par l’OTAN, vise à mutualiser la puissance de crédit des pays membres pour réduire le coût d’emprunt lié aux dépenses militaires. Une sorte de banque verte… mais pour la défense.
Plusieurs villes canadiennes se sont positionnées : Vancouver et Montréal sont également sur les rangs. Pourtant, Ottawa-Gatineau mise sur sa proximité avec le pouvoir politique et sa concentration d’experts en sécurité nationale pour se démarquer.
Les six grandes banques canadiennes ont déjà manifesté leur soutien au projet DSRB, signe que l’idée fait consensus au plus haut niveau du secteur financier.
Le rôle clé des semi-conducteurs souverains
Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement technologiques sont devenues un enjeu géostratégique majeur, posséder une capacité de production de semi-conducteurs sur son sol n’est plus un luxe, mais une nécessité.
La task force pousse donc pour l’implantation d’une usine dédiée aux composés semi-conducteurs (GaN, GaAs, etc.), des matériaux critiques pour les radars, les systèmes de communication sécurisée et les armes de nouvelle génération. Ranovus, avec son expertise en photonique sur silicium, apparaît comme un candidat naturel pour jouer un rôle central dans ce projet.
Un contexte géopolitique favorable
Le timing est particulièrement intéressant. Après des années de sous-investissement, le gouvernement fédéral a annoncé en 2025 un plan massif de 82 milliards de dollars pour moderniser les Forces armées canadiennes. Une Défense Investment Agency a même été créée pour repenser entièrement les processus d’acquisition militaire.
Dans ce cadre, les startups et scale-ups canadiennes spécialisées en technologies duales (civilo-militaires) sont très courtisées. La task force Ottawa-Gatineau veut s’assurer que la région capte la plus grande part possible de cette manne.
Quels sont les prochains jalons ?
La task force prévoit de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral, les provinces de l’Ontario et du Québec, ainsi que les acteurs privés. Parmi les chantiers prioritaires :
- développer un écosystème d’accélération dédié aux technologies de défense,
- attirer davantage de fonds de capital-risque spécialisés,
- négocier des partenariats avec les alliés de l’OTAN,
- renforcer la formation de talents dans les domaines stratégiques.
Le calendrier reste serré : les décisions concernant le siège de la DSRB pourraient intervenir dans les prochains mois. Ottawa-Gatineau joue donc son va-tout pour transformer une ambition régionale en réalité stratégique nationale.
Un modèle pour d’autres régions ?
Au-delà des enjeux locaux, cette initiative pourrait inspirer d’autres territoires. Dans un monde où la souveraineté technologique devient aussi cruciale que la souveraineté énergétique, les régions qui sauront combiner excellence académique, proximité décisionnelle et dynamisme entrepreneurial auront un avantage décisif.
Ottawa et Gatineau, en misant sur la défense comme levier d’innovation, montrent la voie : transformer les contraintes géopolitiques en opportunités économiques. Une stratégie audacieuse dont les prochains mois révéleront si elle porte ses fruits… ou si la concurrence l’emportera.
Une chose est sûre : la course pour le leadership en technologies de défense ne fait que commencer. Et la capitale canadienne compte bien y jouer un rôle majeur.