Kate Barton Révolutionne NYFW Avec l’IA
Imaginez-vous assis au premier rang de la New York Fashion Week, mais au lieu de simplement regarder défiler des vêtements, votre téléphone vous permet soudain de les essayer sur vous-même, en temps réel, dans une version photoréaliste presque indiscernable de la réalité. Le 14 février 2026, la créatrice Kate Barton a précisément offert cette expérience troublante et fascinante lors de sa présentation.
Ce n’était pas un simple gadget marketing de plus. C’était une véritable plongée dans ce que pourrait devenir la mode lorsque l’intelligence artificielle cesse d’être un outil discret pour devenir un véritable co-créateur d’expériences. Et derrière cette prouesse technique ? Deux acteurs majeurs : la startup Fiducia AI et le géant IBM.
Quand la mode rencontre l'intelligence artificielle conversationnelle
Pour sa collection automne-hiver présentée à NYFW, Kate Barton a décidé de ne pas se contenter de montrer des vêtements : elle a voulu que le public puisse littéralement entrer dans son univers créatif. L’équipe de Fiducia AI a donc développé un agent IA multilingue particulièrement sophistiqué, propulsé par la plateforme watsonx d’IBM et hébergé sur IBM Cloud.
Cet agent n’est pas un simple chatbot. Il reconnaît visuellement chaque pièce de la collection grâce à une analyse visuelle avancée, répond aux questions en plusieurs langues (voix et texte), et propose des essayages virtuels d’un réalisme saisissant. Le visiteur pointe son téléphone vers une robe exposée, pose une question en espagnol, italien ou japonais, et reçoit immédiatement une réponse adaptée ainsi qu’une visualisation 3D de lui-même portant le vêtement.
« Aujourd’hui, la technologie est un outil pour élargir le monde autour des vêtements, leur présentation, et la manière dont les gens entrent dans l’histoire. »
– Kate Barton, designer
Cette citation résume parfaitement la philosophie de la créatrice : l’IA ne doit pas remplacer le geste humain, mais l’amplifier, créer de la curiosité et provoquer ce fameux « double-take » dont parlent les metteurs en scène.
L’orchestration : le vrai défi technique
Ganesh Harinath, fondateur et CEO de Fiducia AI, ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque la réalisation de ce projet :
« Le plus difficile n’a pas été l’entraînement des modèles, mais bien l’orchestration de l’ensemble. »
– Ganesh Harinath, Fiducia AI
Reconnaissance visuelle en temps réel, synthèse vocale multilingue de haute qualité, génération d’essayages virtuels photoréalistes, le tout dans un environnement de défilé souvent chaotique avec une connexion parfois instable : le défi technique était colossal. IBM a fourni l’infrastructure scalable (Cloud + Object Storage) tandis que Fiducia AI a orchestré l’ensemble des briques IA pour créer une expérience fluide.
Ce n’est d’ailleurs pas la première collaboration entre Barton et Fiducia AI. La saison précédente, la designer avait déjà expérimenté avec des mannequins entièrement générés par IA. Cette année marque donc une étape supplémentaire : passer de la représentation à l’interaction directe avec le public.
L’IA dans la mode : entre discrétion et prise de risque publique
Si l’on en croit Kate Barton, l’intelligence artificielle est déjà massivement utilisée dans l’industrie de la mode… mais très majoritairement en coulisses. Optimisation des chaînes d’approvisionnement, prédiction des tendances, contrôle qualité, génération d’images pour moodboards, brief créatif assisté : les usages opérationnels se multiplient.
En revanche, l’affichage public reste rare. Pourquoi ? La designer l’explique sans détour :
« Peut-être que moins de marques l’utilisent publiquement à cause du risque réputationnel. »
– Kate Barton
Ce risque est bien réel. Une mauvaise communication autour de l’IA peut rapidement déclencher des accusations de remplacement des créatifs humains, de manque d’authenticité, voire de greenwashing créatif. Kate Barton fait donc figure de pionnière assumée.
Vers une normalisation de l’IA dans la mode d’ici 2028-2030 ?
Ganesh Harinath se montre particulièrement optimiste sur le calendrier d’adoption :
Selon lui, l’IA deviendra « normale » dans le secteur dès 2028, et véritablement intégrée au cœur opérationnel des retailers d’ici 2030. Dee Waddell, Global Head of Consumer chez IBM Consulting, va dans le même sens en affirmant que lorsque inspiration, intelligence produit et engagement client seront connectés en temps réel, l’IA passera du statut de fonctionnalité à celui de véritable moteur de croissance.
Mais tous insistent sur un point crucial : cette transformation ne doit pas se faire au détriment des métiers artisanaux. Kate Barton le répète avec force :
« Si la technologie sert à effacer les gens, je ne suis pas intéressée. Le public est plus intelligent qu’on ne le pense : il sait faire la différence entre invention et évitement. »
– Kate Barton
Les garde-fous nécessaires pour une IA créative responsable
Pour que cette fusion entre mode et IA soit fructueuse et acceptée, plusieurs conditions doivent selon elle être réunies :
- Un discours clair et transparent sur l’utilisation de l’IA
- Des accords de licence limpides concernant les données d’entraînement
- Une attribution systématique du crédit aux créateurs humains
- La reconnaissance que la créativité humaine n’est pas un coût superflu mais la valeur centrale
Ces principes, s’ils sont respectés, pourraient transformer l’IA en un allié puissant plutôt qu’en une menace pour les métiers de la mode.
Un futur où l’IA élève l’artisanat plutôt que de le concurrencer
La vision de Kate Barton est limpide : le futur le plus enthousiasmant pour la mode n’est pas celui d’une production automatisée à outrance, mais celui où les nouveaux outils permettent d’améliorer le prototypage, de visualiser plus précisément les idées, de prendre des décisions de production plus intelligentes et surtout d’offrir des expériences immersives qui incluent davantage de monde dans l’univers d’une collection.
L’objectif ultime ? Intensifier le geste artisanal, enrichir la narration et élargir l’accès sans jamais aplatir la dimension profondément humaine du vêtement.
La présentation de Kate Barton à NYFW 2026 pourrait bien être regardée dans quelques années comme l’un des moments charnières où la mode a publiquement embrassé l’intelligence artificielle sans renier son âme. Un pari risqué, mais assumé. Et surtout, une démonstration concrète que technologie et créativité ne sont pas condamnées à s’opposer.
Et vous, seriez-vous prêt à essayer virtuellement une robe de haute couture pendant un défilé ? La frontière entre réel et virtuel n’a peut-être jamais été aussi poreuse.