Tem Révolutionne les Marchés de l’Électricité avec l’IA
Imaginez pouvoir réduire votre facture d'électricité de près d'un tiers sans changer vos habitudes, sans installer de panneaux solaires sur votre toit et sans attendre des années que les réseaux se modernisent. C'est précisément la promesse que fait aujourd'hui une jeune pousse britannique qui vient de frapper un grand coup sur le marché de l'énergie.
Dans un contexte où les data centers d'intelligence artificielle font grimper en flèche la demande électrique et donc les prix, une startup londonienne nommée Tem affirme avoir trouvé la parade. Mieux encore : elle utilise l'IA pour résoudre le problème que l'IA elle-même contribue à créer.
Une levée record pour disrupter un marché séculaire
Le 9 février 2026, Tem a officialisé une levée de fonds de 75 millions de dollars en Série B, un tour sursouscrit mené par Lightspeed Venture Partners et suivi par des investisseurs de poids comme Atomico, AlbionVC, Hitachi Ventures, Allianz ou encore Schroders Capital. Cette opération valorise la société à plus de 300 millions de dollars, un chiffre impressionnant pour une entreprise qui n'a que quelques années d'existence.
Mais au-delà des chiffres, c'est surtout l'ambition affichée qui interpelle. Tem ne souhaite pas simplement devenir un fournisseur d'électricité parmi d'autres. Son objectif est bien plus stratégique : refonder de l'intérieur le fonctionnement même des marchés de l'électricité.
Rosso : l'intelligence au cœur de la transaction énergétique
Au centre du dispositif Tem se trouve Rosso, un moteur de transactions énergétiques dopé à l'intelligence artificielle. Ce système utilise des algorithmes de machine learning et des modèles de langage avancés pour anticiper en temps réel l'offre et la demande sur le réseau.
Contrairement aux approches traditionnelles qui reposent sur de multiples intermédiaires – chacun prenant sa marge au passage –, Rosso ambitionne de supprimer ces couches successives. Le résultat ? Un prix final pour le consommateur beaucoup plus proche du prix de gros observé sur le marché de gros.
« Dans chaque marché traditionnel, vous avez différentes équipes qui réalisent différentes tâches, prenant différentes marges, depuis le back-office jusqu'aux trading desks. Probablement cinq à six intermédiaires au total. Avec l'IA, nous pouvons remplacer les humains, les coûts de main-d'œuvre et les systèmes disparates par une infrastructure de transaction unique. »
– Joe McDonald, co-fondateur et CEO de Tem
Cette vision d'une infrastructure « slim » rappelle évidemment les révolutions opérées par AWS dans le cloud ou par Stripe dans les paiements. Tem se positionne clairement comme une plateforme infrastructurelle plutôt que comme un simple revendeur d'énergie.
RED : la preuve par l'exemple
Pour démontrer la pertinence de sa technologie, Tem a créé sa propre « néo-utility » baptisée RED. Cette entité sert à la fois de terrain d'expérimentation grandeur nature et de vitrine commerciale.
En se lançant directement sur le marché final, Tem a réussi à convaincre plus de 2 600 entreprises britanniques de rejoindre sa solution. Parmi elles figurent des noms connus comme le groupe Boohoo, le fabricant de boissons Fever-Tree ou encore le club de football de Newcastle United.
La promesse est simple et puissante : jusqu'à 30 % d'économies sur les factures d'électricité par rapport aux offres classiques du marché. Un argument qui résonne particulièrement dans un contexte d'inflation énergétique persistante.
Pourquoi l'IA excelle particulièrement dans l'énergie décentralisée
Joe McDonald l'explique sans détour : plus le système est décentralisé et distribué, plus les algorithmes de Tem donnent de bons résultats. Les énergies renouvelables – solaire, éolien, petites installations hydro – présentent une variabilité beaucoup plus forte que les centrales classiques.
Cette intermittence constitue traditionnellement un casse-tête pour les gestionnaires de réseau. Mais pour une IA bien entraînée, elle devient une opportunité : plus il y a de points de production et de consommation dispersés, plus le système peut optimiser les flux en temps réel.
- Production décentralisée = plus de données = meilleure prédiction
- Consommateurs multiples et variés = possibilités d'ajustement fines
- Marché fragmenté = marges d'optimisation importantes
Cette logique explique pourquoi Tem a délibérément commencé par se concentrer sur les énergies renouvelables et les petites entreprises avant de monter en gamme vers les grands comptes industriels.
Des ambitions internationales assumées
Avec ces 75 millions en poche, Tem ne compte pas s'arrêter au Royaume-Uni. L'entreprise vise désormais deux marchés stratégiques : l'Australie et les États-Unis, avec un focus initial sur le Texas – un État connu pour son marché énergétique libéralisé et sa forte pénétration des renouvelables.
Ces choix ne sont pas anodins. Le Texas combine une production éolienne et solaire massive, une consommation très fluctuante (notamment liée à la climatisation) et des prix de gros qui peuvent varier de manière spectaculaire en quelques heures. Un terrain de jeu idéal pour tester et affiner la technologie Rosso.
Joe McDonald ne cache pas ses ambitions à long terme :
« Nous voulons devenir une infrastructure publique. Peu importe qui possède le client final ou la production, tant que notre couche transactionnelle est utilisée. C'est exactement le même modèle qu'AWS ou Stripe. »
– Joe McDonald
Les limites et les défis à relever
Malgré l'enthousiasme légitime, plusieurs obstacles se dressent sur la route de Tem. Le premier est réglementaire : les marchés de l'électricité restent très encadrés, avec des règles qui diffèrent fortement d'un pays à l'autre, voire d'un État à l'autre aux États-Unis.
Le deuxième défi concerne la confiance. Convaincre des entreprises de confier leur approvisionnement électrique – souvent stratégique – à une jeune société technologique n'est pas une mince affaire.
Enfin, la scalabilité technique elle-même pose question. Faire fonctionner en temps réel des algorithmes complexes sur des volumes de données massifs tout en garantissant une fiabilité proche de 100 % représente un challenge technique considérable.
Vers un futur où l'IA orchestre l'électricité ?
Si Tem parvient à tenir ses promesses, nous pourrions assister à l'une des plus importantes transformations du secteur énergétique depuis l'apparition des marchés dérégulés dans les années 1990. Une infrastructure transactionnelle intelligente pourrait non seulement faire baisser les coûts, mais aussi faciliter massivement l'intégration des renouvelables et accélérer la décarbonation.
En rendant le système plus réactif, plus transparent et moins coûteux, Tem pourrait contribuer à résoudre l'un des principaux freins actuels à la transition énergétique : le coût et la complexité de gestion d'un réseau de plus en plus décentralisé et intermittent.
Reste désormais à voir si cette vision ambitieuse résistera à l'épreuve du réel, notamment outre-Atlantique où la concurrence est féroce et les enjeux colossaux. Mais une chose est sûre : avec cette levée de 75 millions, Tem a désormais les moyens de ses ambitions. Et le secteur énergétique tout entier observe attentivement ses prochains mouvements.
À l'heure où l'intelligence artificielle est accusée de saturer les réseaux électriques, il serait ironique – et finalement assez poétique – qu'elle devienne l'une des clés pour les rendre plus efficaces et plus accessibles à tous.