Amazon et Google Dominent la Course AI Capex
Et si la prochaine grande révolution technologique se jouait non pas dans les laboratoires de recherche, mais directement dans les bilans financiers des géants de la tech ? En ce début d’année 2026, un chiffre impressionnant tourne en boucle chez les analystes : 200 milliards de dollars. C’est la somme qu’Amazon prévoit d’investir cette année dans ses infrastructures, principalement tournées vers l’intelligence artificielle. Google n’est pas en reste et annonce entre 175 et 185 milliards. Une course folle semble lancée… mais vers quelle ligne d’arrivée ?
La ruée vers le compute : une logique qui défie la raison ?
Depuis 2023, le narratif dominant dans la Silicon Valley est limpide : la puissance de calcul (compute) deviendra la ressource la plus rare et la plus stratégique de la décennie. Celui qui contrôlera les plus grands clusters de GPU remportera la bataille de l’IA générative, des agents autonomes et des futurs modèles multimodaux. Conséquence directe : les hyperscalers investissent des sommes jamais vues auparavant dans des data centers gargantuesques.
Mais cette course effrénée commence à susciter des interrogations de plus en plus pressantes, y compris chez les investisseurs les plus optimistes sur l’IA.
Amazon prend la pole position… pour l’instant
Avec une projection officielle de 200 milliards de dollars de dépenses en capital pour 2026, Amazon distance clairement ses concurrents directs. Ce montant représente une hausse très significative par rapport aux 131,8 milliards dépensés en 2025. AWS reste bien entendu le moteur principal de cette envolée, mais la firme de Jeff Bezos précise que ces investissements concernent aussi les puces maison (Trainium / Inferentia), la robotique industrielle et même les satellites en orbite basse.
Cette diversification rend l’analyse plus complexe : tous ces milliards ne vont pas uniquement dans l’IA. Pourtant, même en retranchant les dépenses non-IA, le montant alloué à l’intelligence artificielle reste colossal et place Amazon en tête de la course.
Google accélère fortement
Google n’est pas loin derrière. Après avoir investi « seulement » 91,4 milliards en 2025, la maison mère d’Alphabet prévoit entre 175 et 185 milliards pour 2026. Cette accélération brutale (+90 % environ) montre que la firme de Mountain View a décidé de ne laisser aucun répit à ses concurrents dans la bataille du cloud IA.
« Nous augmentons substantiellement nos investissements dans les infrastructures pour répondre à la demande croissante en IA générative et en capacités cloud. »
– Sundar Pichai, lors de la conférence earnings Q4 2025
Google mise gros sur ses TPU de dernière génération et sur l’intégration toujours plus profonde de Gemini dans l’ensemble de ses produits.
Meta, Microsoft et Oracle à la traîne (mais pas à l’arrêt)
Meta prévoit entre 115 et 135 milliards, un montant respectable mais très inférieur aux deux leaders. Microsoft, sans guidance officielle annuelle pour 2026, devrait tourner autour de 150 milliards sur l’année si l’on extrapole les derniers trimestres. Quant à Oracle, longtemps présenté comme un outsider surprenant dans l’infrastructure IA, il se contente d’environ 50 milliards.
- Amazon → ~200 Md$
- Google → 175-185 Md$
- Microsoft → ~150 Md$ (estimation)
- Meta → 115-135 Md$
- Oracle → ~50 Md$
Ces écarts sont loin d’être anodins. Ils traduisent des stratégies, des priorités et surtout des niveaux de confiance très différents dans le retour sur investissement de ces dépenses titanesques.
Les marchés sanctionnent… même les leaders
Le plus frappant reste la réaction des investisseurs. À chaque annonce de ce type, les valorisations ont tendance à plonger. Plus le montant est élevé, plus la chute est sévère. Même Amazon et Google, pourtant considérés comme les mieux placés pour rentabiliser ces investissements massifs, n’échappent pas à la sanction boursière.
Pourquoi un tel scepticisme ? Plusieurs raisons se combinent :
- Des niveaux de dépenses qui n’ont aucun précédent historique
- Une rentabilité encore très floue pour la plupart des applications grand public de l’IA générative
- Des doutes sur la capacité réelle à monétiser suffisamment vite ces infrastructures hors normes
- La peur d’une bulle infrastructurelle comparable à la bulle internet de l’an 2000
Quel est vraiment le prix à payer… et le prix à gagner ?
Derrière cette question se cache l’enjeu fondamental de 2026-2030 : qui contrôlera l’infrastructure critique de l’intelligence artificielle de demain ? Trois scénarios principaux se dessinent :
- Scénario 1 – Le winner-takes-most : un ou deux acteurs (probablement Amazon et/ou Google) captent l’essentiel du marché du cloud IA et réalisent des marges exceptionnelles pendant 10-15 ans.
- Scénario 2 – La démocratisation du compute : les coûts baissent plus vite que prévu, de nouveaux entrants (y compris des acteurs souverains) émergent et la rente d’infrastructure s’effrite rapidement.
- Scénario 3 – La stagnation technologique : les progrès ralentissent après GPT-4 / Gemini 2.0, la demande en compute explose moins vite que prévu et une partie des data centers construits aujourd’hui tournent à mi-régime dans 5 ans.
Chacun de ces scénarios implique un rapport très différent entre les sommes investies aujourd’hui et la valeur créée demain.
Les prochains signaux à surveiller
Pour savoir dans quelle direction nous nous dirigeons, plusieurs indicateurs seront déterminants dans les 12-18 prochains mois :
- L’évolution des prix de location des GPU / TPU sur le marché spot
- Le taux d’utilisation réel des nouveaux data centers mis en service
- La capacité des Big Tech à montrer des cas d’usage IA générant des revenus significatifs
- Les annonces de nouveaux clients entreprise très importants signés par AWS, Azure et Google Cloud
- L’arrivée (ou non) de nouveaux concurrents sérieux sur le segment infrastructure IA
2026 s’annonce comme l’année charnière où les paris les plus fous seront soit validés… soit douloureusement remis en question.
Une chose est sûre : nous n’avons encore jamais vu des entreprises privées engager autant d’argent sur une technologie dont le modèle économique reste, pour une large part, hypothétique. C’est à la fois fascinant et terrifiant.
La vraie question n’est peut-être pas « qui va gagner la course au capex IA ? », mais plutôt : la course vaut-elle vraiment la chandelle ?
Et vous, quel scénario vous paraît le plus probable ?