Canada Réduit sa Dépendance US en Défense

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février 18, 2026

Canada Réduit sa Dépendance US en Défense

Imaginez un pays qui, pendant des décennies, a confié l’essentiel de sa sécurité à son voisin du sud. Un pays qui envoyait trois dollars sur quatre de ses budgets militaires directement dans l’économie américaine. Et puis, un matin de février 2026, ce même pays déclare : « Le monde a changé ». C’est exactement ce qui s’est produit au Canada cette semaine.

En dévoilant sa nouvelle Stratégie industrielle de défense (SID) depuis le siège social de CAE à Montréal, le premier ministre Mark Carney a prononcé des mots que peu d’observateurs attendaient d’un dirigeant canadien : dépendance excessive, vulnérabilités inacceptables, nécessité de bâtir une autonomie stratégique. Le ton est grave, presque solennel. Le message est clair : Ottawa ne veut plus être un simple client passif.

Un virage historique pour l’industrie de défense canadienne

Le document présenté est doté d’une enveloppe initiale de 6,6 milliards de dollars canadiens. Mais il s’inscrit dans un plan beaucoup plus vaste : près de 82 milliards prévus sur les cinq prochaines années pour l’équipement des Forces armées, puis un objectif encore plus ambitieux de 180 milliards en approvisionnement et 290 milliards en infrastructures connexes d’ici 2035. À terme, le Canada ambitionne de consacrer 5 % de son PIB à la défense.

Pour atteindre ces chiffres, le gouvernement mise sur un changement radical de philosophie d’achat. Exit la préférence presque automatique pour le matériel américain. Place à un nouveau cadre intitulé « fabriquer – collaborer – acheter ».

Le principe des trois paliers : fabriquer d’abord

La règle est désormais limpide : lorsqu’un besoin militaire est identifié, la Défense Investment Agency (DIA) doit d’abord chercher une solution 100 % canadienne. Si aucune n’existe ou n’est suffisamment mature, Ottawa se tourne ensuite vers des partenaires « de confiance » pour un projet conjoint. Ce n’est qu’en dernier recours – et après avoir épuisé ces deux options – que l’on envisagera un achat pur et simple à l’étranger.

Conséquence concrète affichée : faire passer la part des contrats accordés à des entreprises canadiennes de 43 % aujourd’hui à 70 % dans les années à venir. Un bond de 27 points qui représente des dizaines de milliards de dollars réinjectés dans l’économie nationale.

Cette dépendance a créé des vulnérabilités que nous ne pouvons plus nous permettre et des dépendances que nous ne pouvons plus soutenir.

– Mark Carney, premier ministre du Canada

Le premier ministre n’a pas mâché ses mots. Il a reconnu que le Canada avait « sous-investi » dans sa défense pendant trop longtemps et qu’il s’était reposé « trop lourdement » sur les États-Unis. Un constat partagé par de nombreux experts, mais rarement exprimé aussi frontalement par un chef de gouvernement.

Pourquoi ce revirement maintenant ?

La réponse tient en trois mots : le monde a changé. Montée des tensions géopolitiques, fragilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, instrumentalisation croissante des technologies critiques, menaces hybrides… Autant de signaux qui ont poussé Ottawa à revoir sa copie.

À cela s’ajoute une prise de conscience progressive : dépendre à ce point d’un seul partenaire, même allié, expose le pays à des risques politiques et industriels. Que se passerait-il si Washington décidait, pour des raisons internes, de ralentir ou de conditionner certaines livraisons ? La question n’est plus théorique.

Le gouvernement veut donc transformer cette vulnérabilité en opportunité. En développant une base industrielle de défense robuste, le Canada espère non seulement sécuriser ses approvisionnements, mais aussi devenir un partenaire plus attractif et plus autonome sur la scène internationale.

Les secteurs stratégiques ciblés

La stratégie ne se contente pas d’annoncer un pourcentage. Elle identifie les domaines où le Canada dispose déjà d’atouts ou peut raisonnablement prétendre à un leadership. Parmi eux :

  • l’intelligence artificielle appliquée à la défense ;
  • les technologies quantiques (cryptographie post-quantique, détection, simulation) ;
  • la cybersécurité militaire ;
  • les systèmes autonomes et sans pilote ;
  • les technologies de simulation et de formation (domaine où CAE excelle déjà).

Ces choix ne sont pas anodins. Ils correspondent à la fois aux forces actuelles de l’écosystème canadien et aux besoins critiques de demain. En concentrant les investissements, Ottawa espère créer des écosystèmes complets plutôt que des îlots d’excellence isolés.

Objectif : faire émerger des « champions nationaux »

L’un des volets les plus commentés concerne l’ambition de faire grandir certaines PME de défense jusqu’à en faire des acteurs de rang mondial. Le gouvernement parle explicitement de « national champions ».

Pour y parvenir, plusieurs leviers sont prévus : financement adapté, réforme de la Politique des retombées industrielles et technologiques (RIT), accès facilité aux contrats, accompagnement à l’exportation. L’objectif affiché est clair : multiplier le nombre d’entreprises canadiennes capables de concurrencer sur les marchés internationaux.

Les réactions du milieu sont plutôt positives, même si certains appellent à la vigilance. Matt Lombardi, co-fondateur du réseau The Icebreaker, parle d’un « virage bienvenu ». Dana O’Born, du Council of Canadian Innovators, salue les bons outils identifiés, mais réclame des « exigences contraignantes, des jalons transparents et une vraie reddition de comptes ».

Un plan réaliste ou un vœu pieux ?

La route sera longue. Passer de 43 % à 70 % de contenu canadien demande non seulement de la volonté politique, mais aussi une montée en compétences industrielle massive. Certaines technologies critiques (radars de pointe, moteurs de combat, systèmes de combat électroniques) restent aujourd’hui largement dominées par des acteurs étrangers, principalement américains.

Le gouvernement l’admet implicitement en précisant que le nouveau cadre ne s’appliquera pas rétroactivement aux contrats déjà signés (F-35, systèmes de missiles, logiciels de gestion de combat…). Cela laisse encore plusieurs années pendant lesquelles une grande partie des dépenses continuera de fuir vers le sud.

Mais l’intention est posée. Et elle s’accompagne d’un discours offensif sur les exportations : +50 % visés dans les prochaines années, avec des partenariats élargis au-delà du cercle traditionnel des « Five Eyes » et de l’OTAN, tout en maintenant des « garde-fous ».

Un message de souveraineté à l’ère des technologies critiques

Derrière les chiffres et les pourcentages se cache une idée plus profonde : à l’ère où l’intelligence artificielle, le quantique et les semi-conducteurs deviennent des armes stratégiques, aucun pays ne peut se permettre de déléguer entièrement sa sécurité technologique.

Le Canada veut passer du statut de « suiveur fiable » à celui de « partenaire de choix ». Pour y arriver, il mise sur une industrie nationale plus forte, plus autonome, capable de dire non quand il le faut et de dire oui en position de force.

Il s’agit d’être assez fort pour être un partenaire de choix, plutôt qu’un dépendant.

– Mark Carney

Le pari est audacieux. Il demande une constance politique sur au moins une décennie, des investissements massifs et une coordination sans faille entre Ottawa, les provinces, l’industrie et les forces armées. Mais il traduit aussi une prise de conscience collective : dans le monde de 2026, la souveraineté ne se négocie plus seulement en diplomatie, elle se construit aussi en usine et en laboratoire.

Reste à savoir si les paroles se transformeront rapidement en actes concrets. Les prochains appels d’offres seront scrutés avec attention. Ils diront si le Canada est vraiment prêt à payer le prix de son indépendance stratégique.

Une chose est sûre : le ton a changé. Et avec lui, peut-être, le destin de toute une filière industrielle.

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