Sheertex Vendue à AYK : Fin d’une Startup Québécoise

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Sheertex Vendue à AYK  Fin dune Startup Québécoise   Innovationsfr
février 19, 2026

Sheertex Vendue à AYK : Fin d’une Startup Québécoise

Imaginez des collants si résistants qu’ils défient l’idée même de maille filée. Des collants que l’on peut tirer, tordre, accrocher sans jamais voir apparaître cette petite échelle traîtresse. C’est exactement ce que promettait Sheertex, la marque qui a fait rêver des millions de femmes (et d’hommes) à travers le monde avec sa technologie révolutionnaire. Pourtant, en février 2026, l’aventure de la startup montréalaise SRTX connaît un tournant majeur : elle est vendue à un autre acteur québécois du textile, AYK International.

Une belle histoire qui finit autrement

Quand Katherine Homuth lance SRTX en 2017, l’idée semble presque trop belle pour être vraie. Des collants fabriqués à partir d’un polymère ultra-résistant, plusieurs fois plus solide que l’acier, capables de survivre aux ongles, aux talons aiguilles, aux surfaces rugueuses. Le produit séduit rapidement. Les influenceuses en parlent, les grandes enseignes s’intéressent, les levées de fonds s’enchaînent. À son apogée, l’entreprise revendique plus de 250 millions de dollars américains levés en capital et en dette.

Mais derrière les belles images marketing et les vidéos virales montrant des collants étirés à l’extrême, la réalité financière était beaucoup plus sombre. Dès décembre 2024, la fondatrice elle-même reconnaissait publiquement que l’entreprise perdait plus de 30 millions de dollars par an. Le rêve d’une rentabilité rapide s’éloignait à mesure que les coûts explosaient.

Les signaux d’alerte qui s’accumulent

2025 aura été l’année de tous les dangers pour SRTX. D’abord, les nouvelles politiques commerciales américaines : fin de l’exemption de minimis sur les petits colis et instauration de tarifs douaniers plus lourds. Ces mesures, appliquées aux importations chinoises mais touchant indirectement les acteurs nord-américains qui sous-traitent en Asie, ont créé une incertitude financière massive.

Conséquence directe : dès le début de l’année 2025, SRTX annonce la mise à pied temporaire puis définitive de 40 % de ses effectifs. Sur les quelque 350 personnes que comptait l’entreprise à l’époque, beaucoup ne reviendront jamais. Puis s’enchaînent les changements de direction. Katherine Homuth quitte son poste de PDG dans le cadre d’un tour de table de 40 millions de dollars, remplacée par Sophie Boulanger (ex-BonLook). Quelques mois plus tard, cette dernière part à son tour tandis que l’entreprise entre en revue stratégique et procède à de nouvelles coupes.

Nous avons longtemps admiré Sheertex et nous allons investir dans sa stabilité et sa croissance à long terme.

– Dan Abitan, PDG d’AYK International

En octobre 2025, Katherine Homuth tente un retour spectaculaire en soumettant une offre de rachat. Elle n’est pas retenue. Quelques mois plus tard, la vente à AYK devient la seule issue viable.

Que reste-t-il vraiment de Sheertex ?

Selon les informations communiquées, AYK International rachète la marque Sheertex, la technologie propriétaire et certains actifs. En revanche, le bail de l’usine de Pointe-Claire n’est pas repris, pas plus que certaines machines et équipements. L’entreprise SRTX dépose une avis d’intention de proposition (NOI) sous la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, une procédure qui permet de restructurer sans passer directement par la faillite.

Le plus frappant reste le nombre d’emplois conservés : moins de dix personnes resteront après la transaction. Sur les 350 employés d’il y a un an, c’est une réduction drastique. La quasi-totalité des équipes de marketing, de vente, de logistique, de R&D disparaît. Seuls quelques profils clés sont conservés pour assurer la transition.

AYK International : qui est le repreneur ?

AYK est une entreprise québécoise spécialisée dans la fabrication de textiles, notamment les bas et collants. Moins médiatisée que SRTX, elle cultive une approche plus traditionnelle et industrielle. Son PDG, Dan Abitan, affirme vouloir pérenniser la marque tout en apportant une stabilité financière que SRTX n’a jamais réussi à atteindre.

Pour beaucoup d’observateurs, cette opération ressemble davantage à une absorption patrimoniale qu’à une fusion de deux innovateurs. AYK récupère une marque connue, une technologie brevetée et un nom qui continue de résonner dans l’univers du prêt-à-porter féminin. Mais elle hérite aussi d’une structure qui a brûlé énormément de cash sans jamais atteindre l’équilibre.

Quelles leçons pour les startups deep tech ?

L’histoire de Sheertex est symptomatique de plusieurs maux qui touchent les startups « hardware » ou « matériel innovant » :

  • Les coûts de production et de logistique sont souvent sous-estimés.
  • Atteindre une échelle rentable prend beaucoup plus de temps et d’argent que prévu.
  • Les changements réglementaires (tarifs, douanes, exemptions) peuvent bouleverser un modèle économique du jour au lendemain.
  • Le storytelling marketing très fort peut masquer des faiblesses structurelles pendant plusieurs années.

Dans le cas de SRTX, la promesse d’un produit « révolutionnaire » a permis de lever des sommes considérables. Mais transformer une innovation de matériau en entreprise rentable reste l’un des défis les plus ardus de l’économie actuelle.

L’avenir de la marque Sheertex

La grande question désormais est de savoir ce qu’AYK fera réellement de Sheertex. Continuera-t-elle à miser sur le positionnement premium et le storytelling « indestructible » ? Baissera-t-elle les prix pour conquérir des segments plus larges ? Investira-t-elle dans une production locale ou maintiendra-t-elle une partie de la chaîne en Asie ?

Pour l’écosystème québécois, cette opération est à double tranchant. D’un côté, elle montre qu’une marque technologique peut survivre grâce à un repreneur industriel local. De l’autre, elle illustre cruellement à quel point il est difficile de faire vivre une deep tech dans le textile sans brûler des centaines de millions.

Sheertex ne disparaît pas. Mais la startup qui l’a portée, elle, n’existe plus vraiment. Katherine Homuth, qui avait cru en ce rêve au point d’y consacrer près d’une décennie, voit son bébé repris par une entreprise plus classique, plus prudente, moins flashy. C’est peut-être le prix à payer pour que l’innovation survive.

Dans un monde où l’on parle beaucoup de licornes et de valorisations stratosphériques, l’histoire de SRTX rappelle une vérité simple : même les plus belles promesses technologiques doivent un jour affronter la réalité des chiffres. Et parfois, la survie passe par une sortie de scène discrète et une transmission à quelqu’un d’autre.

Sheertex continue. Mais plus tout à fait de la même façon. Et c’est peut-être cela, la vraie fin d’une ère.

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