Canada Investit 6,5 M$ dans la Défense en Alberta
Imaginez un monde où la puissance de calcul quantique et la capacité à détecter des sous-marins furtifs deviennent des questions de souveraineté nationale. Ce n’est plus de la science-fiction : le Canada vient précisément de poser un geste concret dans cette direction. Le 19 février 2026, la ministre Eleanor Olszewski a officialisé, depuis une usine high-tech d’Edmonton, une enveloppe de 6,5 millions de dollars destinée à deux entreprises albertaines qui travaillent au cœur des technologies critiques pour la défense.
Un virage stratégique pour la sécurité et la prospérité canadiennes
La citation prononcée ce jour-là par la ministre responsable de PrairiesCan résume parfaitement l’état d’esprit actuel des autorités fédérales :
« Security and our prosperity are now really inseparable, and national security really starts with industrial capacity. »
– Eleanor Olszewski, ministre responsable de PrairiesCan
Dans un contexte géopolitique tendu, Ottawa considère désormais que la capacité industrielle domestique est devenue un pilier incontournable de la sécurité nationale. C’est dans ce cadre que s’inscrit le programme Regional Defence Investment Initiative (RDII), doté d’environ 357 millions de dollars et lancé en décembre 2025. Les 6,5 millions annoncés à Edmonton ne représentent qu’une fraction de cette enveloppe, mais ils illustrent parfaitement les priorités du gouvernement : soutenir les acteurs canadiens capables de produire localement des technologies duales ou directement stratégiques.
Zero Point Cryogenics : 5 millions pour refroidir le futur quantique
Au cœur de cette annonce, Zero Point Cryogenics (ZPC) se voit attribuer la plus grosse part du gâteau : 5 millions de dollars. Cette jeune pousse deeptech conçoit et fabrique des dilution refrigerators, des machines ultra-spécialisées capables d’atteindre des températures proches du zéro absolu (−273,15 °C). Ces systèmes sont indispensables pour faire fonctionner les qubits des ordinateurs quantiques les plus avancés.
Seulement six entreprises dans le monde maîtrisent aujourd’hui cette technologie extrêmement exigeante. En aidant ZPC à passer du stade prototype / recherche à une véritable production commerciale, le gouvernement cherche à positionner le Canada parmi ces rares acteurs mondiaux. Pourquoi est-ce stratégique pour la défense ?
- Les capteurs quantiques offrent une sensibilité inégalée pour détecter des signaux très faibles (gravimétrie, magnétométrie, imagerie).
- Les communications quantiques promettent un chiffrement théoriquement incassable.
- Les calculateurs quantiques accélèrent certaines simulations critiques (matériaux, cryptographie, optimisation logistique militaire).
Chris Cassin, PDG de Zero Point Cryogenics, l’a exprimé sans détour lors de l’événement :
« Quantum computing, communications, and sensing are no longer theoretical. They are becoming operational realities, particularly within defence. »
– Chris Cassin, CEO de Zero Point Cryogenics
En clair : le quantique n’est plus une promesse lointaine, c’est une réalité opérationnelle qui oblige les nations à sécuriser leur accès à ces briques technologiques critiques.
Logican Technologies : 1,5 million pour muscler la production sonar et électronique de défense
La seconde bénéficiaire, Logican Technologies, reçoit 1,5 million de dollars. Cette société établie depuis plusieurs décennies est déjà un acteur reconnu dans l’électronique de défense. Elle produit notamment des systèmes électroniques complexes pour la marine, dont des sonars actifs et passifs essentiels à la lutte anti-sous-marine.
L’investissement permettra d’agrandir les capacités de production avancée et d’intégrer de nouvelles lignes dédiées aux technologies navales. Mike Melle, président de l’entreprise, a insisté sur l’importance de cette contribution pour réaliser leur ambition :
« We are scaling to meet the challenges of the defence sector today. »
– Mike Melle, président de Logican Technologies
Selon les estimations officielles, ces deux projets devraient soutenir ou maintenir environ 145 emplois dans la région d’Edmonton, avec des embauches prévues en ingénierie, gestion de programmes et opérations chez Logican notamment.
Pourquoi l’Alberta ? Pourquoi maintenant ?
L’Alberta n’est pas forcément la première province à laquelle on pense quand on évoque la défense high-tech canadienne. Pourtant plusieurs facteurs expliquent ce choix :
- Une communauté scientifique et universitaire solide autour de l’Université de l’Alberta et du National Research Council.
- Des coûts d’implantation et d’énergie relativement compétitifs par rapport à Toronto ou Vancouver.
- Une volonté politique claire de rééquilibrer les investissements fédéraux hors Québec et Ontario.
- La présence historique d’acteurs industriels (huile & gaz) capables de pivoter vers des technologies avancées.
Le timing, lui, répond à une actualité géopolitique brûlante : tensions dans l’Indo-Pacifique, guerre en Ukraine qui a révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement, course mondiale au quantique et aux semi-conducteurs. Ottawa a compris qu’il ne suffisait plus d’acheter du matériel étranger ; il fallait reconstruire une base industrielle nationale résiliente.
Et après ? Les prochaines étapes attendues
Cet investissement de 6,5 millions n’est qu’un début. Plusieurs signaux laissent penser que d’autres annonces suivront dans les prochains mois :
- Appels à projets supplémentaires dans le cadre du RDII.
- Partenariats renforcés entre le ministère de la Défense et PrairiesCan / DEC / CED.
- Possible création d’un fonds spécifique « quantum défense » ou intégration plus poussée du quantique dans la Stratégie quantique nationale.
- Accélérateur / incubateur dédié aux technologies duales dans les Prairies.
Pour les entrepreneurs et ingénieurs du secteur, le message est clair : le Canada est désormais prêt à mettre de l’argent public sérieux derrière les technologies qui comptent vraiment pour la sécurité nationale. Reste à transformer ces subventions en produits vendus à l’OTAN, aux Five Eyes et, idéalement, sur les marchés civils dual-use.
Un signal fort pour l’écosystème deeptech canadien
Au-delà des chiffres, cette annonce est surtout un symbole. Elle montre que le gouvernement fédéral considère désormais les startups et PME deeptech comme des acteurs stratégiques à part entière, et non plus seulement comme des laboratoires d’idées. En misant sur la cryogénie quantique et l’électronique navale, Ottawa envoie un message aux investisseurs privés : « suivez-nous, le risque souverain est désormais partagé ».
Pour Zero Point Cryogenics et Logican Technologies, le défi commence maintenant : industrialiser rapidement, livrer des produits fiables et certifiés, et démontrer que l’argent public a été bien utilisé. Pour le reste de l’écosystème canadien, c’est une porte qui s’entrouvre vers des financements plus conséquents… à condition de travailler sur des technologies dont dépend vraiment la sécurité du pays.
Le Canada est-il en train de rattraper son retard en matière de base industrielle de défense ? La réponse se construira projet après projet, emploi après emploi, et qubit après qubit. Mais une chose est sûre : l’époque où l’on pouvait se contenter d’importer toute la haute technologie militaire est révolue.