L-Spark Lance Son Accélérateur Corporate avec Mitel
Imaginez un instant : une grande entreprise de télécommunications décide de ne plus attendre que les innovations frappent à sa porte. À la place, elle finance un programme entier pour aller chercher les meilleures startups capables de booster ses propres technologies. C’est exactement ce qui vient de se produire à Ottawa, et les premiers résultats dépassent déjà les attentes.
Quand L-Spark change radicalement de braquet
Depuis plus de dix ans, L-Spark était devenu un acteur reconnu dans l’écosystème canadien grâce à ses programmes d’accélération destinés aux startups SaaS. Onze cohortes plus tard, l’organisation a pris une décision courageuse : tout arrêter pour repartir sur des bases totalement différentes. Exit le modèle classique d’accompagnement vers la croissance, place à l’accélérateur corporate sur mesure.
Ce pivot stratégique n’est pas né d’un caprice. Il répond à une réalité économique très concrète : le ralentissement marqué du marché du capital-risque early-stage au Canada depuis 2023-2024. Plutôt que de subir la contraction des financements, L-Spark a choisi de se tourner vers une source de capitaux souvent sous-exploitée : les trésoreries des grandes entreprises canadiennes.
« Je rêverais de pouvoir puiser dans les trésoreries de toutes ces grandes entreprises canadiennes qui préfèrent placer leur argent en banque plutôt que de le faire travailler au service de notre économie de l’innovation. »
– Leo Lax, executive managing director de L-Spark
Cette phrase prononcée lors de la présentation des résultats résume parfaitement l’ambition : reconnecter les mastodontes de l’économie traditionnelle avec l’agilité des startups.
Mitel comme premier partenaire : un choix stratégique
Le géant des communications unifiées Mitel a été le premier à faire confiance à ce nouveau modèle. Pendant six mois, huit startups sélectionnées avec soin ont travaillé main dans la main avec les équipes techniques de Mitel pour intégrer leurs solutions directement dans l’écosystème du groupe.
Parmi les participants, on retrouve des profils très variés : trois entreprises canadiennes (dont deux basées à Ottawa), trois américaines, une suisse et une allemande. Toutes partagent un point commun : elles développent des technologies qui enrichissent l’offre AI et communications de Mitel.
Les technologies présentées couvrent des cas d’usage très concrets : reconnaissance vocale avancée, conformité automatisée des appels, agents vocaux intelligents pour l’hôtellerie, interfaces conversationnelles optimisées… Autant de briques qui permettent à Mitel de proposer des solutions toujours plus intelligentes à ses clients finaux.
Des résultats qui parlent d’eux-mêmes
Le bilan de cette première cohorte est impressionnant, surtout quand on connaît les délais habituels dans l’intégration de nouvelles technologies chez un opérateur de cette taille.
- Quatre startups ont déjà des pilotes en cours avec des clients existants de Mitel
- Une entreprise américaine a décroché un contrat de six chiffres sur cinq ans grâce à une mise en relation faite pendant le programme
- Une startup ottavienne spécialisée dans l’IA vocale pour l’hôtellerie compte déjà 32 clients Mitel, dont des hôtels prestigieux comme le Lord Elgin à Ottawa et le Watergate à Washington
- Les huit entreprises ont démontré des intégrations tangibles et rapides avec les plateformes Mitel
Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que le cycle de vente et d’intégration dans l’univers d’un grand acteur télécom est traditionnellement très long. Ici, tout s’est accéléré grâce à un accompagnement ciblé et à des objectifs clairement définis dès le départ par Mitel.
Corporate accelerator vs SaaS accelerator : les différences clés
Leo Lax explique très clairement la rupture avec l’ancien modèle :
« Dans un accélérateur SaaS classique, on passe la moitié du temps à chercher comment aller sur le marché. Dans un accélérateur corporate, on sait exactement où aller : il suffit d’accélérer le processus. »
– Leo Lax
Cette différence fondamentale change tout. Au lieu d’aider les startups à trouver leur product-market fit ou leurs premiers clients, L-Spark peut se concentrer uniquement sur l’exécution technique et commerciale dans un cadre déjà défini par le corporate partner.
Le résultat ? Une vitesse d’exécution inégalée et des retours concrets mesurables en quelques mois seulement.
Et après Mitel ? Les prochaines étapes
La décision de Mitel concernant une éventuelle deuxième cohorte sera connue en mars, une fois que les startups auront obtenu leur certification officielle dans le Mitel Technology Network. Mais L-Spark ne compte pas attendre les bras croisés.
L’organisation a déjà annoncé un nouveau partenariat stratégique avec TELUS pour identifier et accompagner des startups qui ont besoin d’infrastructures de calcul intensif (data centers spécialisés). Ce partenariat pourrait ouvrir la voie à de futurs programmes dans d’autres domaines technologiques stratégiques.
Mais l’ambition va encore plus loin. Leo Lax rêve d’un modèle où les grandes entreprises ne se contenteraient plus de signer des contrats pilotes ou des intégrations : elles investiraient directement dans les startups les plus prometteuses. Un véritable pont entre corporate venture et innovation ouverte.
Un signal fort pour l’écosystème canadien ?
Ce premier programme Mitel x L-Spark pourrait marquer un tournant. Alors que beaucoup d’observateurs s’inquiètent du ralentissement des investissements en amorçage et en série A au Canada, ce type de montage offre une alternative crédible :
- Accès à des budgets corporate souvent plus stables que le VC classique
- Trajectoire commerciale immédiate via les clients existants du grand groupe
- Validation technique et marché ultra-rapide
- Possibilité (espérée) d’investissements directs
Pour les startups deep tech ou B2B complexes, dont le cycle de vente est long, ce format pourrait devenir une voie royale pour décoller sans attendre des tours de financement interminables.
À l’inverse, les grandes entreprises canadiennes pourraient y trouver un moyen efficace et relativement peu coûteux d’accélérer leur propre transformation numérique et leur montée en compétences sur l’IA appliquée aux communications, sans avoir à construire ces capacités en interne.
Conclusion : vers un nouveau paradigme d’innovation ?
Le succès apparent de cette première cohorte Mitel Unified Communications Accelerator montre qu’un autre chemin est possible. Entre le VC traditionnel parfois frileux et les programmes d’open innovation souvent cosmétiques, il existe une troisième voie : celle des accélérateurs corporate réellement orientés résultats.
Si L-Spark parvient à répliquer ce modèle avec d’autres grands comptes canadiens, et surtout si ces derniers commencent à franchir le pas de l’investissement direct, on pourrait assister à une petite révolution silencieuse dans l’écosystème tech canadien. Une révolution où l’argent des grandes entreprises reviendrait enfin irriguer l’innovation locale au lieu de dormir sur des comptes bancaires.
Reste maintenant à voir si d’autres corporates suivront l’exemple de Mitel… et si les startups sauront saisir cette opportunité unique d’accélérer leur croissance tout en restant fidèles à leur ADN entrepreneurial.
L’histoire ne fait que commencer.