Georges St-Pierre et Harley Finkelstein : Peur, Focus et Ambition
Imaginez un champion du monde de combat ultime et un leader d’une des plus grandes entreprises technologiques au monde, côte à côte sur scène. Ils ne parlent ni de coups de poing ni de code informatique, mais d’une chose bien plus universelle : la peur qui précède chaque grand défi. C’est exactement ce qui s’est passé à Startupfest à Montréal, où Georges St-Pierre et Harley Finkelstein ont livré une conversation aussi inspirante que pragmatique.
Quand le combat et l’entrepreneuriat se rencontrent
Le monde des startups semble parfois à des années-lumière des cages octogonales de l’UFC. Pourtant, les parallèles entre la préparation d’un athlète d’élite et celle d’un fondateur d’entreprise sautent aux yeux une fois qu’on y prête attention. Stress intense, incertitude permanente, nécessité d’une concentration absolue : les deux univers exigent une résilience mentale hors du commun.
À l’occasion de l’édition 2026 de Startupfest, ce duo inattendu a ouvert l’événement avec une franchise rafraîchissante. Leurs témoignages ont rapidement dépassé le simple partage d’anecdotes pour devenir une véritable masterclass sur la gestion de l’anxiété de performance et la construction d’une ambition durable.
La peur n’est pas l’ennemie
Georges St-Pierre, légende vivante des arts martiaux mixtes, n’a jamais caché ses luttes intérieures. Atteint de trouble obsessionnel compulsif, il a appris très tôt que la confiance ne signifie pas l’absence totale de peur. Au contraire, elle repose sur une préparation rigoureuse qui permet de transformer cette émotion en alliée.
Être confiant, ce n’est pas l’absence de peur. C’est savoir que vous avez tout ce qu’il faut pour réussir. Il y a une grande différence.
– Georges St-Pierre
Cette distinction fondamentale a résonné dans toute la salle. Pour un entrepreneur, l’équivalent d’un combat titre peut être une levée de fonds décisive, le lancement d’un produit majeur ou une présentation devant des investisseurs exigeants. La peur est là, palpable, mais elle devient un signal indiquant qu’il faut se préparer davantage.
La préparation comme fondation de la confiance
Harley Finkelstein, président de Shopify, a abondé dans le même sens. Diriger une entreprise cotée en bourse impose une pression constante, particulièrement lors des appels de résultats trimestriels. Pourtant, il explique que la routine de préparation reste similaire à celle d’un athlète : répétition, visualisation et ajustement continu.
Les deux hommes insistent sur un point crucial : la confiance se construit par l’action répétée. St-Pierre passait des heures à étudier ses adversaires, à répéter chaque mouvement jusqu’à ce qu’il devienne instinctif. De la même manière, un entrepreneur doit maîtriser son pitch, anticiper les objections et tester son produit jusqu’à ce que chaque détail soit parfaitement rodé.
Santé mentale : un sujet central dans l’écosystème startup
Les statistiques sont éloquentes. Selon la Banque de développement du Canada, 36 % des propriétaires d’entreprise rapportent que des défis de santé mentale affectent leur travail au moins une fois par semaine. Chez les entrepreneurs de moins de 40 ans, ce chiffre grimpe à 60 %. Ces données soulignent un problème systémique dans le milieu des startups.
St-Pierre a partagé ouvertement ses propres batailles avec le TOC. Loin de les présenter comme une faiblesse, il les a transformées en source de discipline. Cette transparence a touché de nombreux fondateurs présents dans la salle, rappelant que même les plus grands champions connaissent des moments de vulnérabilité.
Transformer la peur en carburant
Plutôt que de chercher à éliminer complètement l’anxiété, les deux intervenants conseillent de l’utiliser comme motivation. Cette approche change tout : au lieu d’éviter la peur, on l’accepte et on la canalise vers une préparation plus poussée.
- Anticiper les scénarios les plus difficiles pour réduire l’effet de surprise.
- Créer des routines quotidiennes qui renforcent la discipline mentale.
- Visualiser le succès tout en se préparant aux obstacles potentiels.
- Entourer soi-même de personnes qui challengent et soutiennent.
Ces principes s’appliquent autant à un combattant qui monte sur le ring qu’à un CEO qui présente devant des milliers d’actionnaires.
Après le sommet : trouver une nouvelle ambition
Georges St-Pierre a pris sa retraite du combat professionnel en 2019. Pourtant, il n’a pas ralenti. Il s’est lancé dans l’entrepreneuriat avec une marque de vêtements basée à Montréal et un projet de vodka artisanale avec la Société des alcools de Terre-Neuve-et-Labrador. Cette transition démontre que l’esprit compétitif ne s’éteint pas : il se redirige simplement vers de nouveaux défis.
Il avoue toutefois qu’aucun succès entrepreneurial ne procure exactement le même rush qu’une victoire en championnat du monde. Cette prise de conscience l’a poussé à redéfinir ses objectifs, prouvant qu’il est possible de maintenir une flamme intérieure même après avoir atteint les plus hauts sommets.
Leçons pratiques pour les fondateurs de startups
La conversation a offert plusieurs takeaways concrets que tout entrepreneur peut appliquer immédiatement :
D’abord, la préparation ne s’arrête jamais. Même après des années de succès, St-Pierre continuait à s’entraîner comme un débutant. Finkelstein prépare chaque intervention majeure avec le même sérieux. Cette humilité face au travail reste la clé d’une performance durable.
Ensuite, la vulnérabilité est une force. En partageant ses difficultés avec le TOC, St-Pierre a normalisé la discussion autour de la santé mentale. Dans un écosystème startup souvent glorifié pour sa résilience sans faille, ce message arrive à point nommé.
La façon dont vous augmentez votre niveau de confiance, c’est par la préparation.
– Georges St-Pierre
L’importance du focus dans un monde distrayant
Dans l’ère des notifications constantes et des réseaux sociaux, maintenir un focus profond devient un avantage compétitif majeur. Les deux leaders ont insisté sur la nécessité de créer des environnements propices à la concentration intense. Pour St-Pierre, c’était la salle d’entraînement. Pour Finkelstein, ce sont des périodes dédiées sans interruption.
Cette capacité à plonger dans un état de flow permet non seulement de produire un travail de meilleure qualité, mais aussi de mieux gérer le stress inhérent à ces carrières exigeantes.
Montréal, terre d’innovation et de résilience
Le choix de Startupfest pour cette discussion n’est pas anodin. La métropole québécoise cultive depuis longtemps une scène technologique dynamique, marquée par une culture entrepreneuriale qui valorise à la fois l’audace et la persévérance. Accueillir des figures comme St-Pierre et Finkelstein renforce cette identité et inspire toute une nouvelle génération de fondateurs.
Les participants ont quitté la salle avec une énergie renouvelée, conscients que le chemin vers le succès passe nécessairement par des moments de doute, mais que ces moments peuvent être surmontés grâce à une préparation méthodique et une ambition bien canalisée.
Appliquer ces principes au quotidien
Pour un entrepreneur en phase de croissance, cela peut signifier mettre en place un rituel de préparation avant chaque pitch important. Pour un dirigeant expérimenté, cela peut vouloir dire créer des espaces de réflexion loin des urgences quotidiennes. Peu importe le stade, la leçon reste la même : la maîtrise de soi précède la maîtrise du marché.
St-Pierre et Finkelstein montrent que le véritable champion n’est pas celui qui n’a jamais peur, mais celui qui avance malgré elle. Cette mentalité peut faire toute la différence entre une startup qui survit et une qui marque son époque.
En définitive, cette rencontre à Startupfest rappelle que les plus grandes réussites naissent souvent d’une compréhension profonde de la nature humaine. Que l’on évolue dans le sport de haut niveau ou dans le monde impitoyable des affaires, les outils mentaux restent étonnamment similaires. Et c’est peut-être là le secret le mieux gardé de ceux qui atteignent l’excellence sur le long terme.
Les entrepreneurs qui ont eu la chance d’assister à cet échange repartent avec bien plus qu’une simple inspiration : ils emportent une véritable méthode pour transformer leurs propres peurs en avantages stratégiques. Dans un écosystème où l’incertitude reste la seule constante, cette capacité à naviguer les émotions devient l’un des facteurs de différenciation les plus puissants.
Alors que Startupfest continue de révéler les tendances et les talents de demain, cette ouverture avec deux figures aussi respectées pose le ton parfait : le futur de l’innovation technologique ne dépendra pas seulement des meilleures idées ou des meilleurs produits, mais aussi de celles et ceux qui sauront cultiver la force mentale nécessaire pour les porter jusqu’au succès.