Automattic CFO Intérimaire Démissionne Après Crise
Qui aurait cru qu’un géant de l’open source comme Automattic, maison mère de WordPress.com, pouvait connaître une telle instabilité en si peu de temps ? Moins de trente jours après avoir été propulsé au poste de directeur financier intérimaire, Jeremy Klaperman a décidé de tourner la page. Cette démission surprise intervient dans un contexte déjà explosif, marqué par un véritable séisme au sein du conseil d’administration. Derrière les communiqués officiels se cache une série de tensions, de désaccords et de décisions qui interrogent sur la solidité de la gouvernance d’une entreprise pourtant emblématique de la liberté numérique.
Un départ éclair après une promotion éclair
Jeremy Klaperman n’était pas un inconnu chez Automattic. Avant de devenir CFO intérimaire, il dirigeait les finances de la division VIP Enterprise, un segment stratégique dédié aux grands comptes. Sa nomination interne, annoncée en septembre, devait rassurer les équipes après le départ précipité de Mark Davies. Pourtant, le scénario a rapidement dérapé. Selon des sources internes, le conseil d’administration n’avait jamais formellement validé son titre. Pire encore, le board envisageait déjà de recruter des profils externes pour le poste permanent. Cette situation aurait profondément déstabilisé Klaperman.
Un désaccord supplémentaire avec le fondateur et CEO Matt Mullenweg a achevé de cristalliser les tensions. Le sujet portait sur un projet interne lié aux évaluations de performance des collaborateurs. Mullenweg aurait alors décidé de rétrograder Klaperman à son poste précédent au sein de VIP. Quelques jours plus tard, la démission était actée. L’entreprise a simplement communiqué un message poli : « Automattic sera toujours reconnaissante envers Jeremy Klaperman pour son leadership. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite. »
Le séisme de septembre qui a tout changé
Pour comprendre ce nouveau rebondissement, il faut revenir quelques semaines en arrière. En septembre, le conseil d’administration d’Automattic avait pris une décision radicale : placer Matt Mullenweg en congé forcé. Cette mesure n’a duré que trente-trois heures. Le fondateur a repris les rênes avec une détermination sans faille, et l’ensemble du board a été purement et simplement dissous. Certains membres ont démissionné, d’autres ont été écartés. Parmi les cadres qui ont quitté le navire dans la foulée figuraient le CFO Mark Davies et le chief legal officer Andy Missan. Les deux hommes avaient signé des accords de départ réciproques pendant la brève absence de Mullenweg.
Un nouveau conseil d’administration a rapidement été mis en place. On y retrouve des profils atypiques : l’auteur de science-fiction à succès Hugh Howey, deux co-fondateurs de l’application sociale IRL aujourd’hui disparue, Henry Khachatryan et Krutal Desai, ainsi que l’auteure Amy Chan. Cette composition originale illustre la volonté de Mullenweg de reconstruire une gouvernance alignée avec sa vision.
Chez Automattic, nous considérons comme une bonne pratique d’évaluer des candidats externes pour les postes critiques en parallèle des personnes internes qui montent en responsabilité. Nous parlons toujours avec les meilleurs talents et nous les recrutons. Parfois les gens sont offensés ou surpris par cela et ils démissionnent.
– Automattic, communiqué officiel
Une culture d’entreprise sous tension
Le message publié par Automattic sur X après la démission de Klaperman en dit long. L’entreprise assume pleinement sa politique de recrutement mixte, interne et externe. Elle reconnaît même que cette approche peut froisser certains collaborateurs. Cette transparence, rare dans le milieu des startups technologiques, révèle pourtant un paradoxe. Automattic se présente comme un modèle de liberté, d’autonomie et d’idéaux open source. Mais la réalité opérationnelle montre une concentration de pouvoir autour de son fondateur charismatique.
Les observateurs du secteur notent que ce type de turbulences n’est pas anodin. Dans une entreprise de la taille d’Automattic, qui emploie des milliers de personnes et génère des centaines de millions de dollars de revenus grâce à WordPress.com, WooCommerce et d’autres services, la stabilité financière reste un enjeu majeur. Mullenweg avait d’ailleurs tenu à rassurer les équipes lors de la nomination de Klaperman en affirmant avoir « 100 % de confiance » dans la position de trésorerie de la société.
Les leçons d’une gouvernance instable
Ce nouvel épisode soulève plusieurs questions essentielles pour les startups et scale-ups technologiques. Comment concilier l’esprit entrepreneurial d’un fondateur avec les exigences de gouvernance d’une entreprise mature ? Jusqu’où peut-on pousser la culture de la méritocratie et du recrutement ouvert sans créer de frustrations internes ? Automattic offre un cas d’école fascinant.
Plusieurs points méritent d’être soulignés :
- La rapidité avec laquelle le board a été entièrement renouvelé montre une capacité de décision radicale, mais aussi un risque de rupture de continuité.
- Le départ successif de cadres financiers et juridiques en quelques semaines affaiblit temporairement la structure de direction.
- La recherche active d’un CFO externe confirme que l’entreprise veut professionnaliser davantage sa fonction finance.
- Les désaccords sur des sujets RH, comme les évaluations de performance, illustrent des divergences de fond sur la culture managériale.
Dans le monde des startups, les fondateurs visionnaires sont souvent perçus comme indispensables. Matt Mullenweg incarne parfaitement cette figure. Créateur de WordPress, il a bâti un écosystème qui alimente près de 40 % des sites web mondiaux. Son influence reste immense. Pourtant, les dernières semaines montrent que même les leaders les plus emblématiques doivent composer avec des équipes, des boards et des processus qui ne suivent pas toujours leur rythme.
Quel avenir pour Automattic ?
Malgré ces secousses, Automattic continue d’afficher une solidité financière rassurante. La société n’a pas communiqué de difficultés de trésorerie et poursuit son activité comme si de rien n’était. Le recrutement d’un CFO permanent reste en cours. Les candidats externes seront examinés avec attention, tandis que les talents internes continueront d’être évalués. Cette double approche, revendiquée par l’entreprise, pourrait finalement renforcer la structure à moyen terme.
Pour les collaborateurs, le message est clair : personne n’est indispensable, et l’entreprise se réserve le droit de regarder en permanence vers l’extérieur. Cette philosophie, si elle peut sembler brutale, s’inscrit dans une logique de performance permanente. Elle contraste toutefois avec l’image bienveillante et collaborative souvent associée à l’univers open source.
Les prochains mois seront révélateurs. Le nouveau board, composé de personnalités venues d’horizons très différents, devra prouver sa capacité à accompagner Mullenweg tout en apportant un regard critique. Les enjeux sont multiples : croissance, innovation produit, relations avec la communauté WordPress et, bien sûr, stabilité de la direction financière.
Une histoire qui dépasse Automattic
Ce qui se joue actuellement chez Automattic résonne bien au-delà de WordPress. De nombreuses startups technologiques traversent des phases similaires lorsqu’elles passent de la phase de croissance chaotique à celle de l’institutionnalisation. Les fondateurs doivent apprendre à déléguer, les boards doivent trouver le juste équilibre entre soutien et contrôle, et les cadres dirigeants doivent accepter que leur place n’est jamais définitivement acquise.
Jeremy Klaperman a choisi de partir plutôt que d’accepter une rétrogradation et une incertitude sur son avenir. Son choix illustre une réalité du monde professionnel contemporain : la loyauté va dans les deux sens. Lorsqu’une entreprise montre qu’elle explore d’autres options, certains collaborateurs préfèrent prendre les devants.
En définitive, cet épisode rappelle que même les entreprises les plus emblématiques de la tech restent des organisations humaines, traversées par des ambitions, des ego et des désaccords. Automattic a survécu à bien des tempêtes depuis sa création. Celle-ci ne devrait pas faire exception. Mais elle laisse un goût amer et soulève des interrogations légitimes sur la manière dont se construit aujourd’hui la gouvernance des géants de l’open source.
Alors que la recherche d’un nouveau directeur financier se poursuit, une chose est certaine : chez Automattic, les chaises musicales continuent de tourner. Et chaque départ successif renforce un peu plus l’attention portée à la trajectoire de Matt Mullenweg et à la solidité de l’empire WordPress qu’il a bâti.