Carney Et La Fiscalité Des Startups Canadiennes

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octobre 13, 2026

Carney Et La Fiscalité Des Startups Canadiennes

Deux ans après une crise de confiance majeure, le secteur technologique canadien revient à la charge. Cette fois, ce n’est plus pour protester contre une hausse d’impôt, mais pour réclamer des outils concrets destinés à retenir entrepreneurs, investisseurs et capitaux sur le territoire. L’arrivée de Mark Carney à la tête des libéraux a changé la tonalité des échanges. Là où régnait la défiance, un dialogue plus ouvert semble désormais possible. La question qui se pose à l’approche du prochain budget fédéral est simple : le gouvernement donnera-t-il enfin un vrai coup de pouce fiscal aux jeunes pousses locales ?

Un Secteur Qui Passe De La Colère À La Négociation

Il y a deux ans, l’annonce d’une augmentation du taux d’inclusion des gains en capital avait provoqué une onde de choc. De nombreux dirigeants de startups et d’investisseurs avaient vivement réagi, estimant que la mesure décourageait l’investissement à long terme et fragilisait un écosystème déjà fragile face à la concurrence américaine. Même si le projet a finalement été abandonné après le changement de leadership, le sentiment de rupture était resté. Comme l’avait résumé Latif Nanji, cofondateur de Roadmunk, « le mal était fait ».

Aujourd’hui, le ton a radicalement changé. Des centaines de PDG, d’investisseurs et de leaders d’opinion ont signé une lettre ouverte adressée au gouvernement. Ils y demandent deux mesures précises : un mécanisme de report d’imposition sur les gains en capital, souvent appelé capital gains rollover, et un dispositif inspiré du Qualified Small Business Stock américain. L’objectif est clair : réduire le risque associé aux investissements dans les entreprises domestiques et encourager le réinvestissement des profits au Canada.

Nous voulons voir les entreprises canadiennes réussir, nous voulons contrôler notre propre destin, et cela s’aligne assez bien avec les signaux que nous recevons de ce gouvernement, qui montre une volonté d’agir.

– Claudio Rojas, PDG de NACO

Cette ouverture relative marque un tournant. Après avoir envisagé un changement de régime politique, une partie significative de l’industrie tech se sent aujourd’hui légitime pour formuler des demandes ambitieuses. Le budget attendu le mois prochain constituera le premier vrai test de cette nouvelle relation.

Pourquoi Ces Mesures Fiscales Comptent Autant

Le Canada dispose d’un vivier de talents reconnu internationalement, notamment dans l’intelligence artificielle, le fintech et le deep tech. Pourtant, trop d’entreprises prometteuses finissent par déménager ou par se faire racheter par des acteurs étrangers. Les raisons sont multiples : accès plus facile au capital aux États-Unis, marché intérieur plus restreint, et cadre fiscal parfois moins attractif pour les fondateurs et les investisseurs en phase de croissance.

Un dispositif de type QSBS permettrait, par exemple, d’exonérer totalement ou partiellement les gains réalisés sur les actions de petites entreprises détenues pendant une durée minimale. Combiné à un rollover, il offrirait la possibilité de réinvestir ces gains dans d’autres startups canadiennes sans imposition immédiate. Ces outils existent déjà sous différentes formes ailleurs et ont démontré leur efficacité pour ancrer l’écosystème local.

Les signataires de la lettre ouverte insistent sur le caractère stratégique de ces mesures. Il ne s’agit pas seulement d’alléger la facture fiscale de quelques entrepreneurs fortunés, mais de créer un cercle vertueux : plus de capital patient, plus d’entreprises qui restent et grandissent au Canada, plus d’emplois qualifiés et de propriété intellectuelle conservée sur le territoire.

Au-Delà De L’Impôt : Les Autres Levier Demandés

Plusieurs voix du milieu rappellent que la fiscalité n’est qu’une pièce du puzzle. Ben Bergen, PDG de la CVCA, souligne qu’il faudra bien plus qu’un seul budget ou un changement de premier ministre pour transformer durablement le paysage. Jesse Rodgers, figure reconnue de la communauté startup, pointe un autre frein concret : l’obligation pour de nombreux fondateurs de fournir des garanties personnelles sur les prêts bancaires et les baux commerciaux.

Cette pratique expose les entrepreneurs à un risque personnel disproportionné et peut freiner la prise de décision, surtout en période de tension économique. Assouplir ces règles constituerait, selon lui, une mesure complémentaire logique et relativement peu coûteuse pour l’État.

D’autres acteurs évoquent également la nécessité d’améliorer l’accès aux marchés publics, de simplifier les programmes de soutien à l’innovation et de renforcer les ponts entre recherche universitaire et commercialisation. Le Canada excelle souvent dans la phase de découverte scientifique, mais peine parfois à transformer ces avancées en entreprises mondiales ancrées localement.

Un Écosystème Qui Continue De Bouger Malgré Tout

Pendant que les discussions fiscales avancent, l’activité sur le terrain ne ralentit pas. Des levées de fonds significatives ont récemment été annoncées, notamment dans l’intelligence artificielle et les technologies de défense. Des partenariats stratégiques se nouent entre des acteurs canadiens et des géants internationaux, tandis que de nouvelles initiatives voient le jour dans des domaines aussi variés que la construction intelligente ou la production d’énergie alternative.

Ces signaux positifs montrent que l’écosystème conserve une belle dynamique. Ils rappellent aussi que le potentiel existe bel et bien. La question n’est plus de savoir si le Canada peut produire des entreprises de classe mondiale, mais s’il dispose des conditions pour les retenir et les faire grandir jusqu’à l’échelle globale.

Dans ce contexte, le prochain budget fédéral prend une importance particulière. Une réponse favorable aux demandes du secteur enverrait un message clair : le gouvernement entend corriger le tir et placer la croissance des startups au cœur de sa stratégie économique. Une absence de mesures concrètes risquerait, au contraire, de raviver les frustrations et de confirmer les doutes de ceux qui estiment que le pays continue de sous-investir dans son avenir technologique.

Ce Que Révèle Ce Nouveau Dialogue

Le simple fait que des centaines de dirigeants se soient mobilisés pour formuler des propositions précises constitue en soi un changement notable. Il y a deux ans, le sentiment dominant était celui de l’incompréhension et de la rupture. Aujourd’hui, on observe une volonté de coconstruire des solutions. Cette évolution témoigne d’une maturité croissante de l’écosystème et d’une reconnaissance mutuelle des enjeux.

Mark Carney, fort de son expérience dans le monde financier international, est particulièrement bien placé pour comprendre les mécanismes qui attirent ou repoussent les capitaux. Les attentes sont donc élevées. Beaucoup espèrent que sa sensibilité aux questions de compétitivité se traduira par des gestes concrets dans le budget à venir.

Il reste cependant prudent de ne pas tout attendre d’une seule décision budgétaire. La transformation d’un écosystème d’innovation est un travail de longue haleine qui combine fiscalité, réglementation, accès au capital, formation des talents et culture du risque. Les mesures fiscales réclamées représentent néanmoins un signal fort et un levier immédiat.

Les Enjeux De Souveraineté Économique

Derrière les demandes techniques se cache une préoccupation plus large : celle de la souveraineté économique. Dans un monde où les technologies critiques deviennent des enjeux géopolitiques, laisser les entreprises stratégiques se faire racheter ou déménager à l’étranger a un coût élevé. Conserver la propriété intellectuelle, les emplois à haute valeur ajoutée et les centres de décision sur le territoire national n’est plus seulement une question de prestige, c’est une question de résilience.

Les signataires de la lettre ouverte le formulent explicitement : ils veulent « contrôler leur propre destin ». Cette formule résonne particulièrement dans le contexte actuel, marqué par des tensions commerciales et une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. Un cadre fiscal attractif pour les startups s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de l’autonomie canadienne dans les secteurs d’avenir.

Il ne s’agit pas de protectionnisme, mais de création des conditions pour que les entreprises locales puissent rivaliser à armes égales. Les États-Unis disposent depuis longtemps d’outils puissants pour soutenir leurs jeunes pousses. Le Canada a tout intérêt à se doter d’instruments comparables, adaptés à sa réalité et à ses forces.

Ce Que L’On Peut Attendre Du Prochain Budget

Les prochains jours et semaines seront décisifs. Les équipes ministérielles finalisent actuellement les arbitrages. Les représentants du secteur tech multiplient les contacts et les interventions publiques. L’espoir est réel, mais la prudence reste de mise. Les contraintes budgétaires sont importantes et les priorités gouvernementales multiples.

Même une mesure partielle serait interprétée comme un pas dans la bonne direction. L’introduction d’un rollover limité ou d’un dispositif QSBS adapté au contexte canadien pourrait déjà changer la donne pour de nombreux fondateurs et investisseurs. À l’inverse, une absence totale de réponse risquerait de confirmer les craintes de ceux qui estiment que le discours pro-innovation n’est pas toujours suivi d’effets.

Quoi qu’il en soit, le débat a le mérite d’exister ouvertement. Il force les décideurs à se positionner clairement sur la place qu’ils entendent donner aux startups dans le modèle économique canadien. C’est déjà un progrès par rapport à la situation de 2024.

Une Opportunité À Ne Pas Manquer

Le Canada se trouve à un moment charnière. Il dispose d’atouts considérables : une main-d’œuvre hautement qualifiée, des institutions de recherche de premier plan, une tradition d’ouverture et une qualité de vie qui attire les talents du monde entier. Ce qui lui a parfois manqué, c’est la capacité à transformer ces atouts en leadership économique durable dans les technologies de pointe.

Les demandes formulées aujourd’hui par le secteur tech ne relèvent pas du lobbying purement intéressé. Elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la compétitivité du pays. Accorder un véritable coup de pouce fiscal aux startups serait un geste fort, symbolique et opérationnel à la fois. Cela montrerait que le gouvernement a entendu le message et qu’il est prêt à passer de la parole aux actes.

Dans les semaines qui viennent, les regards seront donc tournés vers Ottawa. La réponse apportée dans le budget déterminera en grande partie si le dialogue renoué entre le pouvoir politique et l’écosystème technologique se consolide ou s’effrite à nouveau. Pour les entrepreneurs canadiens, l’enjeu est immense : il s’agit de savoir s’ils pourront continuer à bâtir ici les entreprises qui façonneront demain.

L’histoire récente a montré que les relations peuvent se dégrader rapidement. Elle montre aussi qu’elles peuvent se reconstruire lorsque les deux parties font preuve de bonne volonté. C’est précisément ce qui semble se dessiner aujourd’hui. Reste à transformer cette fenêtre d’opportunité en décisions concrètes. Le secteur tech canadien attend, prêt à s’engager si les conditions le permettent.

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