TechNL Priorités Pour Le Secteur Tech De Terre-Neuve
Et si la prochaine vague d’innovation canadienne ne venait ni de Toronto ni de Montréal, mais d’une province atlantique longtemps sous-estimée ? À Terre-Neuve-et-Labrador, le secteur technologique bouillonne discrètement depuis quelques années. Un rachat historique, plusieurs scale-ups bien financées et désormais une association qui met les pieds dans le plat : TechNL vient de présenter ses priorités pour libérer tout le potentiel de cet écosystème naissant. Le premier ministre provincial, Tony Wakeham, a répondu présent. L’occasion est trop belle pour ne pas creuser ce qui se joue réellement sur la côte Est.
Un Écosystème Qui Sort De L’Ombre
Pendant longtemps, Terre-Neuve-et-Labrador restait à l’écart des conversations nationales sur la tech. Pourtant, les chiffres commencent à raconter une autre histoire. Le rachat de Verafin par Nasdaq en 2020 a injecté une énergie nouvelle dans la province. Des dizaines d’entrepreneurs locaux sont devenus millionnaires, et une partie de cet argent a été réinvestie dans de nouvelles aventures. Aujourd’hui, des entreprises comme Spellbook et CoLab Software attirent des fonds de la Silicon Valley tout en gardant une forte présence locale dans leur table de capitalisation.
Cette dynamique n’est pas anodine. Elle prouve qu’il est possible de bâtir des sociétés de classe mondiale loin des grands centres urbains canadiens. Mais pour transformer un succès ponctuel en véritable moteur économique, il faut plus que du capital et du talent. Il faut un environnement réglementaire et fiscal qui favorise la création et la croissance. C’est précisément le message qu’Andrea King, nouvelle PDG de TechNL, a porté lors du sommet annuel de l’association.
Andrea King Et La Nouvelle Ambition De TechNL
Arrivée à la tête de l’organisation en août, Andrea King incarne une génération d’entrepreneurs qui connaissent le terrain. TechNL compte environ deux cents membres et joue un rôle central dans la formation, le placement de diplômés et le développement des compétences. Lors d’un entretien dans ses bureaux de St. John’s, elle a détaillé les chantiers prioritaires. Le premier concerne la simplification administrative. Les entrepreneurs passent trop de temps à remplir les mêmes formulaires pour différents programmes provinciaux et fédéraux. Accélérer les délais de traitement apparaît comme une mesure simple mais à fort impact.
Il y a d’excellentes entreprises ici qui vendent à d’autres gouvernements provinciaux, et elles ne vendent pas ici.
– Andrea King, PDG de TechNL
Cette phrase résume parfaitement le deuxième grand enjeu : la réforme des achats publics. Trop souvent, les administrations locales préfèrent des solutions étrangères ou d’autres provinces, même lorsque des alternatives innovantes existent à quelques kilomètres. Changer cette culture d’achat pourrait générer un effet d’entraînement immédiat pour les jeunes pousses de la région.
Fiscalité Plus Compétitive : L’Exemple De La Nouvelle-Écosse
Le troisième levier mis en avant par TechNL touche à la fiscalité. Actuellement, le crédit d’impôt à l’investissement dans la région de North Avalon, où se trouve St. John’s, s’élève à 20 %. La Nouvelle-Écosse propose quant à elle un taux de 35 %. Andrea King estime qu’aligner Terre-Neuve-et-Labrador sur ce niveau constituerait une victoire rapide et visible. Le message est clair : si la province veut attirer et retenir les investisseurs, elle doit offrir des conditions au moins aussi intéressantes que ses voisines.
Le premier ministre Tony Wakeham s’est montré ouvert. Lors d’une discussion sur scène avec Andrea King, il a rappelé que son gouvernement a été élu avec le mandat de faire croître l’économie et de créer des opportunités. Plus tard, face aux questions, il a insisté sur une idée simple : plus d’argent reste dans les poches des entreprises et des citoyens, plus l’État en récupère à long terme grâce à l’activité générée.
Je suis ouvert à tout ce qui améliorera les affaires et créera davantage d’opportunités à Terre-Neuve-et-Labrador.
– Tony Wakeham, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador
Attirer Les Talents Dans Un Contexte Difficile
Au-delà des questions de réglementation et d’impôt, le vrai défi reste humain. Comment convaincre des développeurs, des product managers et des entrepreneurs ambitieux de s’installer dans une province où les hivers sont longs et les distances importantes ? Andrea King a placé cette question au cœur de son intervention. Le gouvernement, de son côté, reconnaît l’enjeu mais souligne les contraintes liées à la baisse des cibles d’immigration fédérales.
Pourtant, certaines entreprises locales arrivent déjà à retenir leurs équipes. Taylor Young, directeur de la stratégie chez CoLab, explique que les liens sociaux sont particulièrement forts. Les gens veulent rester, et ceux qui partent reviennent souvent. Cette capacité à créer un sentiment d’appartenance constitue un avantage compétitif réel, à condition de l’accompagner par des opportunités professionnelles de haut niveau.
Une Stratégie Provinciale Sur L’Intelligence Artificielle
Le premier ministre a également évoqué l’élaboration d’une stratégie provinciale en matière d’intelligence artificielle. Alors que le Canada a publié sa feuille de route nationale en juin, Terre-Neuve-et-Labrador souhaite définir sa propre approche. Tony Wakeham a insisté sur la nécessité de co-construire cette vision avec les acteurs de l’industrie. Une posture collaborative qui contraste avec certaines initiatives plus descendantes observées ailleurs.
Cette volonté d’implication du secteur privé est essentielle. Les entreprises locales sont déjà présentes sur des marchés spécialisés, de la lutte contre la criminalité financière à la collaboration en ingénierie. Leur expérience peut nourrir une stratégie réaliste et orientée vers les résultats plutôt que vers les annonces spectaculaires.
Ce Que Les Autres Provinces Peuvent Apprendre
Le cas de Terre-Neuve-et-Labrador mérite d’être suivi de près par l’ensemble de l’écosystème canadien. Trop souvent, le débat public se concentre sur les grands centres. Pourtant, les régions périphériques disposent parfois d’atouts uniques : un coût de la vie plus abordable, une communauté plus soudée et une capacité à se réinventer rapidement. Lorsque ces atouts rencontrent une volonté politique claire, les résultats peuvent surprendre.
La réduction de la paperasse, la préférence raisonnée pour les solutions locales dans les appels d’offres et une fiscalité plus agressive ne sont pas des idées révolutionnaires. Elles sont simplement sous-exploitées. Si Terre-Neuve-et-Labrador parvient à les mettre en œuvre avec constance, d’autres provinces atlantiques pourraient suivre le mouvement. L’effet de halo serait bénéfique pour tout le Canada.
Les Prochaines Étapes À Surveiller
Plusieurs signaux concrets permettront de juger si les intentions se transforment en actions. L’évolution du crédit d’impôt à l’investissement sera un premier indicateur. La simplification des processus de financement en constituera un second. Enfin, la capacité de la province à intégrer davantage de solutions locales dans ses propres administrations donnera la mesure réelle de l’engagement politique.
TechNL, de son côté, continuera de jouer un rôle de relais entre les entrepreneurs et les décideurs. Son sommet annuel a déjà permis d’ouvrir des portes. Le vrai travail commence maintenant, dans les réunions techniques et les négociations budgétaires. Pour les startups de la province, chaque mois compte. Dans un secteur où la concurrence internationale est féroce, l’avantage concurrentiel se construit souvent sur des détails administratifs et fiscaux que les grandes métropoles ont parfois oubliés.
Terre-Neuve-et-Labrador dispose aujourd’hui d’une fenêtre d’opportunité. Un rachat emblématique a prouvé que l’excellence est possible. Des scale-ups attirent déjà les regards internationaux. Une association structurée formule des demandes claires. Et un gouvernement affiche une ouverture d’esprit. Si ces éléments s’alignent, la province pourrait bien écrire un nouveau chapitre de l’histoire tech canadienne. Un chapitre où la géographie n’est plus un handicap, mais une force.
Les prochains mois diront si cette ambition se concrétise. En attendant, l’écosystème local continue d’avancer, porté par des entrepreneurs qui ont choisi de bâtir ici plutôt qu’ailleurs. Leur réussite, si elle se confirme, enverra un signal fort à toutes les régions qui doutent encore de leur potentiel innovant.