ALL IN IA : Expansion à Vancouver et Toronto
Et si le Canada décidait enfin de ne plus laisser l’intelligence artificielle se concentrer uniquement dans quelques poches géographiques ? C’est précisément le message fort envoyé par Scale AI ces derniers jours. L’organisation derrière la conférence ALL IN, déjà incontournable à Montréal, annonce une ambitieuse expansion vers l’ouest et le centre du pays. Vancouver et Toronto accueilleront bientôt leurs propres éditions satellites. Un virage stratégique qui pourrait redessiner la carte de l’innovation IA sur le territoire canadien.
Une conférence phare qui sort de ses murs
Depuis sa création, ALL IN s’est imposée comme l’un des rendez-vous les plus attendus du secteur technologique canadien. Chaque automne, des milliers de décideurs, chercheurs, entrepreneurs et élus convergent vers Montréal pour deux journées intenses de conférences, panels et networking. Mais en 2026, l’événement ne se contentera plus d’être un aimant québécois : il se démultiplie.
Scale AI vient d’officialiser deux nouvelles dates phares : le 15 avril à Vancouver et le 28 mai à Toronto. Ces « ALL IN Talks » ne remplaceront pas le grand rassemblement annuel prévu les 16 et 17 septembre à Montréal, mais viendront le compléter en touchant directement deux des autres grands pôles technologiques du pays.
Pourquoi ce choix géographique ?
Vancouver et Toronto ne sont pas choisies par hasard. La métropole britanno-colombienne abrite un écosystème particulièrement dynamique dans la robotique humanoïde et l’IA incarnée. Toronto, quant à elle, reste la ville qui concentre le plus grand nombre de startups IA au Canada, avec des institutions de recherche de rang mondial comme le Vector Institute.
En posant ses valises dans ces deux villes, Scale AI ne cherche pas simplement à multiplier les événements. L’objectif affiché est beaucoup plus large : créer des ponts concrets entre les différentes forces vives de l’IA canadienne, accélérer les collaborations inter-régionales et surtout rapprocher les entreprises utilisatrices des solutions développées localement.
Nous voulons engager les innovateurs dans les marchés clés et débloquer de nouvelles opportunités de collaboration et d’adoption réelle de l’IA partout au Canada.
– Isabelle Turcotte, CEO de ALL IN
Cette citation résume parfaitement l’ambition : passer d’un modèle de conférence phare à un véritable réseau national d’événements thématiques.
Vancouver, le 15 avril : focus robotique et souveraineté
La première escale aura lieu sur la côte ouest. Sanctuary AI, l’une des pépites canadiennes les plus en vue dans le domaine des robots humanoïdes, sera représentée par son PDG James Wells. Angelica Lim, professeure associée à Simon Fraser University, apportera également son éclairage sur les interactions humain-machine.
Point d’orgue de cette journée : Telus, qui avait déjà fait sensation l’an dernier en dévoilant son usine d’IA souveraine lors de l’édition montréalaise, co-organise l’événement. Ce partenariat illustre bien la volonté de mêler grands opérateurs télécoms et startups de pointe pour accélérer le passage de la recherche à l’industrialisation.
- Robotique humanoïde et applications industrielles
- IA souveraine et infrastructures télécoms
- Écosystème IA de la Colombie-Britannique
Ces trois axes devraient dominer les discussions de cette première édition ouest-canadienne.
Toronto, le 28 mai : l’économie ontarienne à l’honneur
Quelques semaines plus tard, cap sur Toronto. L’événement coïncidera avec la deuxième édition de Toronto Tech Week, ce qui devrait mécaniquement booster la fréquentation. Le Vector Institute, véritable locomotive de la recherche appliquée en IA au Canada, jouera un rôle central dans la programmation.
Les organisateurs promettent un focus marqué sur les applications sectorielles : santé, manufacturing, logistique… avec un fil rouge clair : démontrer comment l’IA peut devenir un levier de croissance économique pour l’Ontario et au-delà.
Ce positionnement pragmatique, orienté retombées économiques concrètes, répond à une demande croissante des décideurs politiques et des grands comptes industriels qui veulent voir rapidement des cas d’usage tangibles.
Montréal reste le point d’orgue
Malgré cette décentralisation, le flagship reste incontestablement l’événement des 16 et 17 septembre à Montréal. Plus de 7 500 participants issus de 40 pays sont attendus. L’Allemagne sera cette année le pays à l’honneur, suite à la signature d’une déclaration commune sur l’IA entre les ministres canadien et allemand.
Le casting des éditions précédentes donne une idée du niveau : Yoshua Bengio, Evan Solomon, Mélanie Joly, des dirigeants de Cohere, Nvidia… La barre est placée très haut et l’édition 2026 devrait encore élever le curseur.
Un soutien politique sans ambiguïté
Les ministres fédéraux n’ont pas manqué de saluer l’initiative. Mélanie Joly et Evan Solomon ont tous deux tenu à souligner l’importance stratégique de renforcer les chaînes de valeur canadiennes en intelligence artificielle.
En réunissant leaders, innovateurs et entrepreneurs à Vancouver et Toronto, Scale AI crée de nouvelles opportunités de collaboration et de croissance.
– Mélanie Joly, ministre de l’Industrie
Derrière ces déclarations se dessine une volonté claire : faire de l’IA l’un des principaux moteurs de la prochaine vague de productivité canadienne, tout en évitant une trop forte concentration géographique des talents et des investissements.
Quelles retombées attendre pour l’écosystème ?
À court terme, ces ALL IN Talks devraient permettre de :
- Augmenter la visibilité des scale-ups régionales
- Faciliter les mises en relation avec de grands donneurs d’ordre
- Renforcer le sentiment d’appartenance à un écosystème national
- Attirer davantage d’investisseurs étrangers curieux de l’offre canadienne
À plus long terme, si la formule fait ses preuves, on peut imaginer que d’autres villes (Calgary, Ottawa, Halifax ?) rejoignent le réseau ALL IN dans les prochaines années. Le Canada aurait alors construit l’un des rares réseaux d’événements IA véritablement nationaux au monde.
Un signal fort dans un contexte mondial tendu
Alors que les États-Unis et la Chine continuent d’accaparer l’essentiel des manchettes, le Canada cherche à consolider sa troisième place mondiale en recherche fondamentale tout en accélérant drastiquement sa capacité d’industrialisation et de commercialisation.
L’expansion géographique d’ALL IN s’inscrit dans cette double stratégie : conserver l’excellence académique tout en construisant des ponts solides vers le marché. Un équilibre compliqué, mais que Scale AI semble aujourd’hui bien parti pour tenir.
Reste désormais à suivre la fréquentation, la qualité des annonces et surtout le nombre de partenariats concrets qui naîtront de ces nouvelles rencontres. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour mesurer la véritable portée de cette ambitieuse décentralisation.
Une chose est sûre : l’intelligence artificielle made in Canada ne compte plus se contenter d’une seule scène. Elle veut désormais jouer sur tous les tableaux.