Amazon et « Melania » : 7 M$ au Box-Office
Imaginez un documentaire qui, avant même sa sortie, fait déjà couler beaucoup d’encre. Un film dont le budget dépasse largement celui de la plupart des longs-métrages documentaires, porté par une major du streaming, et qui parvient à attirer plus de 7 millions de dollars au box-office dès son premier week-end. C’est l’histoire récente du projet « Melania », qui secoue à la fois le monde du cinéma indépendant et celui de la politique américaine.
Sorti en salles en février 2026, ce portrait de l’ancienne Première dame américaine a surpris tout le monde : les analystes tablaient sur 3 à 5 millions de dollars maximum, et le résultat final avoisine les 7,04 millions. Un démarrage honorable pour un genre souvent confidentiel, mais qui pose immédiatement une question essentielle : ce succès est-il purement cinématographique ou relève-t-il d’une stratégie beaucoup plus large ?
Un budget colossal pour un documentaire
Amazon n’a pas lésiné sur les moyens. L’entreprise a déboursé 40 millions de dollars pour acquérir les droits du film, puis investi environ 35 millions supplémentaires dans la promotion. Un total qui place Melania parmi les documentaires les plus coûteux de l’histoire récente, hors licences musicales très onéreuses.
Pour comparaison, des documentaires primés comme Free Solo ou They Shall Not Grow Old tournaient généralement avec des budgets bien inférieurs à 10 millions de dollars. Ici, on parle d’un investissement qui dépasse largement les standards du genre. Mais pourquoi un tel pari ?
« Comment ne pas y voir une tentative de se mettre dans les bonnes grâces de l’administration Trump ? »
– Ted Hope, ancien cadre d’Amazon Studios
Cette phrase résume parfaitement le sentiment qui domine dans une partie de l’industrie. Amazon aurait battu Disney de 26 millions de dollars lors des enchères pour décrocher le projet. Un écart suffisamment important pour alimenter les spéculations sur les motivations réelles du géant du e-commerce.
Un retour controversé pour Brett Ratner
Le film marque également le retour à la réalisation de Brett Ratner, absent des plateaux depuis 2017 suite à de multiples accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles (qu’il a toujours niées). Ce choix a immédiatement suscité de vives réactions.
Selon plusieurs médias spécialisés, deux tiers de l’équipe technique new-yorkaise ont exigé de ne pas apparaître au générique. Un détail qui en dit long sur l’ambiance qui a régné pendant le tournage et sur la perception du projet dans le milieu professionnel.
Malgré ces turbulences en coulisses, le film a trouvé son public en salles. Preuve que la curiosité, voire la polémique, peut parfois se transformer en billets vendus.
Des critiques très sévères
Amazon a choisi de ne pas organiser de projections presse avant la sortie. Conséquence logique : les premières critiques sont arrivées après le démarrage commercial, et elles sont particulièrement rudes.
Sur Metacritic, le film affiche un score de 7 %, synonyme de « rejet massif ». Sur Rotten Tomatoes, on atteint péniblement les 10 %. La critique du New York Times parle d’un « récit très encadré et soigneusement mis en scène » qui suit la vie de Melania Trump pendant les vingt jours précédant l’investiture de 2025.
Ces notes catastrophiques n’ont pourtant pas empêché le public de se déplacer. Un paradoxe classique dans l’histoire récente du cinéma : la mauvaise presse peut parfois générer de la curiosité supplémentaire.
Quel avenir pour le film sur Prime Video ?
Même si le box-office reste modeste au regard des sommes engagées, Amazon mise clairement sur une deuxième vie en streaming. Kevin Wilson, responsable de la distribution domestique chez Amazon MGM, évoque déjà un « cycle de vie long » pour le film et surtout pour la docu-série qui l’accompagne.
La plateforme espère que l’intérêt politique autour de la famille Trump et la curiosité suscitée par la controverse permettront d’attirer durablement les abonnés Prime. Une stratégie qui rappelle celle adoptée pour d’autres contenus à forte charge émotionnelle ou polémique.
Un symbole des nouveaux rapports entre Big Tech et pouvoir politique
Au-delà des chiffres et des critiques, Melania illustre une évolution profonde dans les relations entre les géants technologiques et le monde politique. Amazon, comme d’autres acteurs majeurs (Meta, Google, Apple), cherche constamment à sécuriser ses intérêts réglementaires, fiscaux et stratégiques.
Produire ou financer un contenu favorable (ou du moins non hostile) à l’administration en place peut apparaître comme un investissement indirect dans ces relations. Même si rien ne prouve formellement une intention de « corruption » ou de favoritisme, la question mérite d’être posée.
- Investissement total Amazon : environ 75 millions de dollars
- Recettes week-end 1 : 7,04 millions de dollars
- Score Metacritic : 7 %
- Score Rotten Tomatoes : 10 %
- Position au box-office US : 3e place
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : le pari financier est loin d’être gagné en salles, mais l’opération de communication et d’influence pourrait porter ses fruits sur le long terme.
Le cinéma documentaire à l’ère des plateformes
Depuis une dizaine d’années, les documentaires ont trouvé une seconde jeunesse grâce aux plateformes de streaming. Netflix, Amazon, Apple TV+ et Disney+ ont multiplié les projets ambitieux, souvent avec des budgets conséquents.
Mais Melania pousse cette logique encore plus loin en combinant sortie en salles traditionnelle et stratégie streaming. Un modèle hybride qui pourrait inspirer d’autres majors à l’avenir, surtout pour des sujets à forte résonance médiatique et politique.
Le risque, cependant, est de voir le genre documentaire se transformer progressivement en outil de communication plutôt qu’en œuvre journalistique ou artistique indépendante. Une dérive que beaucoup regrettent déjà dans l’industrie.
Et maintenant ?
Le véritable test pour Melania aura lieu dans les mois à venir sur Prime Video. Si la docu-série rencontre un succès d’audience important, Amazon pourra revendiquer une opération gagnante malgré les pertes en salles. Dans le cas contraire, le projet restera comme l’un des plus coûteux et des plus controversés de l’histoire récente du documentaire.
Quoi qu’il arrive, ce film aura marqué les esprits et ouvert un débat nécessaire sur les liens croissants entre Big Tech, cinéma et pouvoir politique. À l’heure où les géants du numérique influencent déjà largement l’information et la culture, Melania pourrait bien devenir un cas d’école.
Et vous, que pensez-vous de ce type de productions ? Simple business ou calcul politique assumé ? Le débat est ouvert.