Andreessen Horowitz Lève 15 Milliards
Imaginez un fonds d'investissement qui, en à peine seize années d'existence, parvient à rivaliser avec les mastodontes historiques du capital-risque. Un fonds qui soulève aujourd'hui 15 milliards de dollars d'un seul coup, soit plus de 18 % de tout le capital investi aux États-Unis l'année précédente. C'est précisément ce que vient d'accomplir Andreessen Horowitz, plus communément appelé a16z.
Le 9 janvier 2026, la firme a officialisé cette levée monumentale qui porte ses actifs sous gestion au-delà des 90 milliards de dollars. Un chiffre qui la place désormais au coude-à-coude avec Sequoia Capital pour le titre officieux de plus grand fonds de venture au monde. Mais au-delà des chiffres impressionnants, c'est surtout la manière dont a16z s'est imposé qui fascine et interroge.
Une ascension fulgurante et controversée
Créé en 2009 par Marc Andreessen et Ben Horowitz, le fonds a rapidement bouleversé les codes du capital-risque traditionnel. Là où les anciens se concentraient sur la discrétion, a16z a choisi la visibilité maximale : blog influent, podcast à succès, conférences grand public, recrutement de stars du journalisme et de la politique… La firme s'est construite comme une véritable marque média autant que comme un investisseur.
Cette stratégie audacieuse a porté ses fruits. Aujourd'hui, a16z emploie plusieurs centaines de personnes réparties sur cinq bureaux principaux et des antennes sur six continents. L'ouverture récente d'un bureau à Séoul dédié à la crypto en dit long sur l'ambition globale du fonds.
Répartition des 15 milliards : une stratégie tous azimuts
Le montant record se répartit sur plusieurs véhicules d'investissement :
- 6,75 milliards pour le growth (investissements dans des entreprises déjà matures)
- 1,7 milliard pour les applications grand public
- 1,7 milliard pour l'infrastructure technologique
- 1,176 milliard pour le fonds American Dynamism
- 700 millions pour la biotech et la santé
- 3 milliards pour diverses autres stratégies de venture
Cette répartition révèle une vision très claire : le fonds parie massivement sur les technologies qui comptent pour l'avenir de la puissance américaine, tout en continuant d'arroser les secteurs plus classiques de la tech (applications, infrastructure, IA, santé).
American Dynamism : quand la défense devient sexy
Le fonds American Dynamism cristallise peut-être le mieux la nouvelle orientation stratégique d'a16z. Ce thème regroupe les investissements dans la défense, l'aérospatial, la cybersécurité nationale, la production industrielle, le logement, l'éducation... Des secteurs longtemps considérés comme peu attractifs par le capital-risque classique.
Parmi les paris les plus visibles : Anduril (systèmes de défense autonomes), Shield AI (drones militaires intelligents), Saronic Technologies (navires autonomes) ou encore Castelion (missiles hypersoniques). Des noms qui sonnent comme une réponse technologique directe aux tensions géopolitiques actuelles, notamment avec la Chine.
Dans un conflit autour de Taïwan, les États-Unis épuiseraient l'intégralité de leur stock de missiles en huit jours seulement. Il faudrait ensuite trois ans pour reconstituer ces stocks.
– Andreessen Horowitz, dans une note récente
Ce positionnement n'est pas anodin. Il s'inscrit dans un contexte où la Silicon Valley, longtemps très éloignée des sphères militaires, se rapproche de plus en plus du Pentagone. a16z apparaît clairement comme l'un des fers de lance de ce mouvement.
Des connexions qui interrogent
La firme cultive des relations particulièrement étroites avec plusieurs acteurs géopolitiques majeurs. On sait par exemple que Sanabil Investments, le bras venture du fonds souverain saoudien Public Investment Fund, compte a16z parmi ses investissements.
Marc Andreessen et Ben Horowitz ont également multiplié les apparitions dans des événements organisés par des fonds souverains du Golfe. Plus récemment, la proximité affichée avec l'administration Trump 2.0 (visites répétées à Mar-a-Lago, rôle d'"internes non rémunérés" au DOGE d'Elon Musk, nomination de Scott Kupor à un poste clé fédéral) renforce l'idée que le fonds joue désormais dans la cour des très grands de la politique américaine.
Le pari IA : le plus risqué, le plus prometteur ?
Parallèlement à cette stratégie de défense et de réindustrialisation, a16z reste extrêmement actif sur l'ensemble de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle. Le fonds est présent :
- dans l'infrastructure (Databricks)
- chez plusieurs acteurs de modèles de fondation (OpenAI, Mistral, xAI)
- dans des centaines d'applications grand public (Character.AI, etc.)
Ce positionnement "omnicanal" sur l'IA est sans doute le pari le plus ambitieux et le plus risqué de l'histoire du fonds. Il pourrait aussi être celui qui rapportera le plus si l'une des grandes promesses de l'IA se concrétise dans les prochaines années.
Un modèle qui divise la Silicon Valley
Si personne ne conteste la réussite financière et l'influence croissante d'Andreessen Horowitz, la manière dont la firme opère suscite de nombreuses critiques. On reproche souvent à a16z son opacité sur ses investisseurs (les LPs), son goût prononcé pour la communication de masse, et surtout son positionnement politique de plus en plus marqué.
Certains y voient un simple opportunisme commercial. D'autres pensent qu'il s'agit d'une véritable vision idéologique : celle d'un capitalisme technologique américain fort, capable de s'imposer face aux autres grandes puissances mondiales.
Ben Horowitz ne s'en cache d'ailleurs pas dans son dernier billet de blog :
En tant que leader américain du capital-risque, une partie du destin des nouvelles technologies aux États-Unis repose sur nos épaules.
– Ben Horowitz
Et demain ?
Avec 90 milliards sous gestion et 15 milliards frais de plus, Andreessen Horowitz dispose désormais d'une puissance de feu sans équivalent dans l'histoire récente du venture capital. La question n'est plus de savoir si le fonds peut influencer l'écosystème tech mondial — il le fait déjà massivement.
La vraie question est désormais : comment cette influence va-t-elle s'exercer dans les années à venir ? Va-t-on assister à l'émergence d'un véritable "complexe militaro-capitaliste-technologique" centré sur la Silicon Valley ? Ou bien cette puissance sera-t-elle finalement diluée par les cycles classiques du marché ?
Une chose est sûre : avec ce nouveau cycle de 15 milliards, Andreessen Horowitz ne compte pas jouer les seconds rôles. Le fonds entend bien continuer à écrire, à sa manière, les prochaines pages de l'histoire technologique mondiale.
Et si l'avenir de l'innovation passait désormais autant par les bureaux de Menlo Park que par ceux du Pentagone ou de Riyad ? L'histoire ne fait que commencer.