
Atos relève les défis de sa transformation numérique
Confronté à de sérieuses difficultés financières, le géant français de l'informatique Atos est contraint de se réinventer pour survivre dans un secteur IT en pleine mutation. Entre levée de fonds, cessions d'actifs et recentrage sur ses activités stratégiques, le groupe s'efforce de retrouver son équilibre et sa place sur le marché.
Un appel d'air financier vital
Pour renflouer ses caisses et assurer la pérennité de l'entreprise, Atos a dû se résoudre à une augmentation de capital de 233 millions d'euros fin novembre. Malgré un droit préférentiel de souscription, seuls 29% des nouvelles actions ont trouvé preneur auprès des actionnaires historiques. Les 71% restants ont été acquis par les créanciers du groupe, qui détiendront ainsi plus de 90% du capital.
Cette opération s'inscrit dans un plan de sauvetage plus vaste, validé par le tribunal de commerce de Nanterre en octobre. Les créanciers ont accepté d'abandonner 3,1 milliards d'euros de dettes en échange d'actions et s'engagent à apporter jusqu'à 1,675 milliard d'euros supplémentaires.
Atos n'avait pas d'autre choix que de s'en remettre à ses créanciers pour éviter la faillite. C'est un bouleversement majeur de sa structure actionnariale.
– Un analyste financier
Un recentrage salutaire sur les activités clés
Parallèlement à cette restructuration financière, Atos procède à des cessions d'actifs jugés non essentiels afin de se recentrer sur ses activités les plus porteuses. Le groupe a ainsi annoncé le 2 décembre la vente de sa filiale Worldgrid, éditeur de logiciels pour le nucléaire, à Alten pour 270 millions d'euros.
De même, Atos est entré en négociations exclusives avec l'État français en vue de lui céder sa branche "Advanced Computing" incluant ses serveurs haute performance et ses supercalculateurs. La transaction pourrait atteindre 625 millions d'euros. D'autres activités restent en vente.
En se séparant d'actifs non stratégiques, Atos entend se donner les moyens de mieux se positionner sur les segments les plus porteurs du marché, comme le cloud, la cybersécurité ou la transformation digitale des entreprises. Des domaines sur lesquels le groupe compte s'appuyer pour renouer avec la croissance.
Cap sur le cloud et la "data"
Conscient que l'avenir se jouera dans le cloud computing et la valorisation des données, Atos mise une grande partie de sa stratégie sur ces deux axes. Le groupe s'appuie pour cela sur sa division "Digital, Cloud, Security & Decarbonization", cœur de son offre et de son savoir-faire.
L'objectif est d'accompagner les clients dans leur propre transformation numérique, en leur proposant une gamme complète de services cloud, de solutions d'analyse des données et de cybersécurité. Un marché très concurrentiel sur lequel Atos devra faire ses preuves, face à des géants comme AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud.
Pour y parvenir, le groupe mise aussi sur l'innovation et la R&D, en renforçant ses partenariats technologiques et en développant des solutions de pointe, notamment dans l'IA ou le quantique. Des investissements coûteux mais nécessaires pour rester dans la course.
Les défis de la transformation
Malgré ces efforts de restructuration et de repositionnement, l'avenir d'Atos reste incertain. Le groupe doit en effet mener de front plusieurs chantiers complexes :
- Rééquilibrer ses comptes et restaurer la confiance des investisseurs
- Réussir son virage vers le cloud et les services à forte valeur ajoutée
- Faire face à une concurrence exacerbée sur ses marchés cibles
- Attirer et retenir les talents dans un secteur en tension
Autant de défis qui nécessiteront une exécution sans faille de la part de la direction et une adhésion de toutes les parties prenantes. Les prochains mois seront décisifs pour dessiner le nouveau visage d'Atos et juger de la pertinence de sa stratégie.
Si le groupe parvient à mener à bien sa mue, il pourrait redevenir un acteur majeur du secteur IT, plus agile et innovant. Mais le chemin sera long et semé d'embûches. Les dirigeants devront faire preuve de vision et de détermination pour imposer ce nouveau modèle et convaincre le marché.
Une chose est sûre : la transformation d'Atos sera scrutée avec attention par tout l'écosystème numérique. L'enjeu dépasse le simple cas de l'entreprise. C'est toute une industrie qui cherche à se réinventer pour rester compétitive et créer de la valeur à l'ère du digital. Le pari est audacieux mais incontournable.