Background Work Révolutionne le Casting d’Extras
Vous est-il déjà arrivé, en regardant une série comme Shoresy ou un film de Noël comme Hot Frosty, de vous demander qui sont tous ces gens qui remplissent l'écran en arrière-plan ? Ces spectateurs dans les gradins, ces passants dans les rues enneigées ? Ce sont les figurants, ces acteurs invisibles mais indispensables qui donnent vie aux scènes. Et pourtant, les caster reste un casse-tête monumental pour les productions.
Une startup d'Ottawa a décidé de changer la donne. En à peine un an, elle a déjà placé plus de 7 000 personnes sur des tournages majeurs. Son nom ? Background Work. Derrière cette plateforme se cache une idée simple mais puissante : rendre le casting de figurants aussi fluide et professionnel que celui des rôles principaux.
Background Work : la plateforme qui met les figurants au premier plan
Dans l'industrie du cinéma, on pense souvent aux stars en tête d'affiche. Mais sans les figurants, les scènes paraissent vides, artificielles. Ilona Smyth, fondatrice et PDG de Background Work, sait cela mieux que quiconque. Avec plus de vingt ans d'expérience comme directrice de casting, elle a vu de près la difficulté de recruter des dizaines, parfois des centaines de personnes pour une seule journée de tournage.
« Négocier un gros contrat pour un rôle principal ou faire venir cinquante figurants sur un plateau ? La seconde option est bien plus compliquée », confie-t-elle. Et surtout, il n'existait aucun outil adapté pour simplifier ce processus.
« On veut changer la perception du rôle des figurants dans l'œuvre cinématographique. Ils sont souvent pensés en dernier. »
– Ilona Smyth, PDG de Background Work
C'est là qu'intervient Background Work : une plateforme SaaS entièrement bootstrappée qui connecte directement les productions avec un vivier de talents non professionnels prêts à devenir figurants. N'importe qui peut s'inscrire, payer un abonnement annuel modeste et accéder à des offres vérifiées et rémunérées.
Comment fonctionne concrètement la plateforme ?
Le principe est limpide. Les aspirants figurants créent un profil complet : photos, vidéos, mensurations, compétences particulières (patinage, conduite, langues parlées, etc.). Les directeurs de casting accèdent à cette base de données centralisée et sélectionnent précisément les profils dont ils ont besoin.
Pour Shoresy, par exemple, il était crucial de trouver des personnes capables de patiner convincingly. Grâce aux vidéos uploadées sur la plateforme, les casteurs ont pu vérifier cette compétence essentielle avant même les auditions.
Le résultat ? Plus de 7 000 bookings en 2025, principalement en Ontario, pour des productions de Lifetime, Hallmark, Paramount ou encore le premier film réalisé par Michael Cera avec Pamela Anderson.
La plateforme se distingue des outils existants comme CastingBook, qui se concentrent uniquement sur les rôles parlants. Background Work cible spécifiquement la niche des figurants, bien plus complexe logistiquement.
Une collaboration entre expertise cinéma et savoir-faire tech
Background Work n'aurait pas vu le jour sans la rencontre entre deux mondes. D'un côté Ilona Smyth et son agence Smyth Casting, de l'autre Saman Raza et son partenaire Bryan Belanger, spécialisés dans le conseil technologique.
« Nous sommes dans une sorte de mariage. Ilona est l'artiste, et nous sommes le pinceau. »
– Saman Raza, co-fondateur
Cette complémentarité a permis de concevoir un outil qui comprend vraiment les contraintes du terrain : délais serrés, besoins spécifiques, gestion des disponibilités, coordination massive.
Le modèle économique repose sur un abonnement annuel de 99 dollars pour les figurants. En échange, ils accèdent non seulement aux offres d'emploi mais aussi à des ressources éducatives sur l'industrie du cinéma. Une approche qui professionnalise ce métier souvent perçu comme accessoire.
Un contexte canadien particulier
La startup arrive à un moment charnière pour l'industrie audiovisuelle canadienne. Le système de crédits d'impôt généreux attire toujours de nombreuses productions étrangères, surtout américaines. Des séries comme North of North ou Heated Rivalry rencontrent un succès international.
Cependant, l'ombre des menaces de tarifs douaniers brandies par le président américain plane sur le secteur. Dans ce climat d'incertitude, des outils comme Background Work permettent aux productions de gagner en efficacité et de réduire les coûts liés au casting.
La plateforme aide aussi à respecter les exigences des crédits d'impôt régionaux, qui imposent souvent d'embaucher localement. La centralisation des profils canadiens devient alors un atout stratégique.
Les défis à venir et les ambitions mondiales
Malgré son jeune âge, Background Work pense déjà à l'avenir. La sécurité des données personnelles constitue une priorité. Les figurants doivent souvent fournir des informations sensibles pour permettre aux productions de réclamer les crédits d'impôt. Les méthodes actuelles sont jugées obsolètes par les fondateurs.
La startup prévoit donc d'intégrer des mesures de protection avancées pour rassurer à la fois les acteurs et les producteurs.
Sur le plan géographique, l'expansion est déjà en marche. Après l'Ontario, un gros projet arrive au Manitoba. L'objectif : couvrir tout le Canada, puis s'attaquer au marché international.
« Il n'y a pas de limite à l'utilisation de cette plateforme, car les films se tournent de la même manière partout dans le monde. »
– Ilona Smyth
Cette vision mondiale repose sur un constat simple : le problème du casting de figurants est universel. Partout, les productions galèrent avec les mêmes contraintes logistiques.
Pourquoi cette startup illustre parfaitement l'innovation canadienne
Background Work incarne plusieurs tendances fortes de l'écosystème startup canadien. D'abord le bootstrapping : pas de levée de fonds massive, mais une croissance organique basée sur un vrai besoin du marché.
Ensuite, la spécialisation dans une niche précise. Plutôt que de vouloir révolutionner tout le casting, l'entreprise se concentre sur un segment mal servi mais crucial.
Enfin, l'alliance entre expertise métier et technologie. Trop de startups tech échouent parce qu'elles ignorent les réalités du terrain. Ici, l'expérience d'Ilona Smyth garantit que la solution répond réellement aux besoins des professionnels.
Avec ses 10 employés environ, Background Work prouve qu'une petite équipe déterminée peut avoir un impact significatif sur une industrie établie.
Ce que cela signifie pour les aspirants figurants
Pour les Canadiens qui rêvent de fouler un plateau de tournage, même pour une simple apparition, la plateforme démocratise l'accès. Plus besoin de connexions personnelles ou de passer des heures à scruter les annonces dispersées.
Les avantages sont multiples :
- Accès à des jobs vérifiés et rémunérés
- Possibilité de mettre en avant des compétences spécifiques
- Ressources pédagogiques pour mieux comprendre l'industrie
- Visibilité directe auprès des directeurs de casting
- Opportunités partout au pays, et bientôt à l'international
En résumé, Background Work transforme un métier souvent précaire en opportunité accessible et structurée.
Dans un monde où le contenu audiovisuel explose grâce aux plateformes de streaming, la demande de figurants ne cesse de croître. Cette petite startup ottavienne pourrait bien devenir un acteur incontournable du paysage cinématographique mondial. Une belle histoire d'innovation qui rappelle que les plus grandes révolutions commencent parfois par la résolution d'un problème apparemment anodin.
Et qui sait ? La prochaine fois que vous regarderez une série canadienne à succès, peut-être reconnaîtrez-vous quelqu'un casté grâce à cette plateforme ingénieuse.